
Alors que la République démocratique du Congo fait face à une crise sécuritaire persistante dans l’Est, la question du dialogue national refait surface avec acuité. L’entretien d’environ une heure entre le président Félix Tshisekedi et l’opposant Martin Fayulu, organisé en marge du National Prayer Breakfast à Washington le 5 février, cristallise les tensions sur le format et la légitimité de ce processus tant attendu.
Le bras de fer sur la facilitation du dialogue
Au cœur des divergences : qui doit piloter les assises nationales ? Martin Fayulu maintient sa ligne : seul le tandem CENCO-ECC (Conférence épiscopale nationale du Congo et Église du Christ au Congo) peut garantir la neutralité indispensable. Cette position n’est pas nouvelle. Depuis plus d’un an, les deux institutions religieuses portent l’initiative d’un « pacte social pour la paix » et jouissent d’une crédibilité certaine auprès de larges pans de la population congolaise.
Face à cette exigence, la présidence campe sur ses positions : le dialogue doit se tenir sur le sol congolais et être conduit par les institutions de la République. Cette divergence dépasse la simple question procédurale. Elle touche au cœur d’un débat politique plus profond : le pouvoir en place peut-il être juge et partie dans un processus censé rassembler toutes les forces vives du pays ?
Une médiation américaine discrète mais significative
Le choix de Washington comme lieu de cette rencontre n’est pas anodin. Deux mois après la signature des accords visant à stabiliser la région des Grands Lacs, la capitale américaine s’impose comme un acteur incontournable dans la résolution des crises congolaises. L’implication des organisateurs du National Prayer Breakfast dans la facilitation de cet échange témoigne d’une volonté américaine d’encourager le dialogue politique interne, complément indispensable aux efforts diplomatiques régionaux.
Il est révélateur que Félix Tshisekedi n’ait pas rencontré les représentants de la CENCO-ECC présents eux aussi à Washington. Ce non-rendez-vous en dit long sur les réticences du pouvoir vis-à-vis d’une facilitation religieuse perçue comme potentiellement critique.
L’urgence d’un consensus face à la crise sécuritaire
Pendant que les tractations diplomatiques se poursuivent entre Kinshasa et Washington, entre le pouvoir et l’opposition, la situation dans le Nord et le Sud-Kivu continue de se dégrader. Les processus de Doha et de Washington, malgré leurs ambitions, peinent à produire des résultats tangibles sur le terrain. Cette réalité confère une urgence particulière à la nécessité d’un front uni national.
L’inclusivité maximale réclamée par Fayulu répond à cette urgence : comment mobiliser toutes les énergies du pays face à l’agression extérieure et aux violences internes si une partie significative de la classe politique se sent exclue des décisions ? La question de la légitimité institutionnelle, ligne rouge brandie par Tshisekedi, risque de se heurter à cette exigence d’union sacrée.
Un précédent à confirmer
Cette deuxième rencontre en moins d’un an (après celle du 5 juin 2025 au Palais de la Nation) suggère l’émergence d’un canal de communication entre les deux camps. Reste à savoir si ce dialogue de façade pourra déboucher sur des concessions substantielles de part et d’autre.
Le véritable test sera la capacité des protagonistes à dépasser leurs positions de principe pour construire un compromis acceptable : un dialogue national suffisamment inclusif pour être crédible, suffisamment encadré pour être efficace, et suffisamment légitime pour mobiliser l’ensemble de la nation congolaise face aux défis sécuritaires et politiques qui menacent sa cohésion.



