
Une nouvelle page institutionnelle s’ouvre ce dimanche 8 février 2026 au Bénin. Les 109 députés élus à l’issue des élections législatives du 11 janvier dernier seront officiellement installés au Palais des gouverneurs à Porto-Novo, marquant le début de la 10e législature de l’Assemblée nationale.
La cérémonie d’installation des nouveaux parlementaires est conforme aux dispositions de l’article 147 du Code électoral, qui fixe l’entrée en fonction des députés au deuxième dimanche du mois de février de l’année électorale.
Une cérémonie solennelle et hautement symbolique
La cérémonie d’installation, très codifiée, consacre juridiquement le mandat des nouveaux parlementaires appelés à exercer, pour les sept prochaines années, les missions constitutionnelles essentielles de l’Assemblée nationale, à savoir : voter les lois et contrôler l’action du gouvernement. Elle ouvre également la voie à la mise en place des instances internes du Parlement, notamment l’élection du président de l’Assemblée nationale, du bureau, ainsi que la constitution des commissions permanentes.
Au-delà de son caractère protocolaire, ce rendez-vous revêt une forte portée politique. Il acte en effet une recomposition profonde du paysage parlementaire béninois, avec une Assemblée entièrement dominée par la mouvance présidentielle.
Une Assemblée monocolore : l’opposition absente
Contrairement à la 9e législature, la 10e se distingue par l’absence totale de l’opposition au sein de l’hémicycle. Le parti Les Démocrates, dirigé par l’ancien Président Boni Yayi, n’a pas atteint le seuil de 20 % des suffrages requis pour participer à la répartition des sièges, conformément au cadre électoral en vigueur. Résultat : aucun député issu de cette formation ne siègera au Parlement.
Les 109 sièges sont ainsi répartis entre deux partis de la mouvance présidentielle : l’Union Progressiste le Renouveau (UPR), qui obtient 60 sièges, et le Bloc Républicain (BR), avec 49 sièges. Cette configuration confère au pouvoir exécutif une majorité parlementaire écrasante, sans contrepoids institutionnel direct à l’Assemblée nationale.
La question sensible de la pluralité et du débat démocratique
Cette absence de l’opposition soulève de nombreuses interrogations sur la qualité du débat parlementaire, le pluralisme politique et l’effectivité du contrôle de l’action gouvernementale. Face à ces préoccupations, le gouvernement tente de relativiser l’idée d’un Parlement verrouillé.
Le porte-parole du gouvernement, Wilfried Houngbédji, a ainsi évoqué l’existence de six députés démissionnaires du parti Les Démocrates, élus sur les listes de la mouvance présidentielle, comme un possible gage de diversité de sensibilités au sein de l’hémicycle. Lors d’une rencontre avec la presse le 23 janvier 2026 à Cotonou, il déclarait : « J’ai la conviction que ce n’est pas parce qu’ils ont été élus qu’ils vont perdre la substance de leur idéal politique. (…) Les critiques qu’ils ont toujours formulées contre la gouvernance actuelle ne vont pas disparaître ».
Un argument qui peine toutefois à convaincre une partie de l’opinion publique et des observateurs, pour qui la discipline de parti et la logique de majorité risquent de limiter l’expression de voix véritablement dissonantes au Parlement.
Une législature sous le signe de la responsabilité
Avec une Assemblée nationale largement acquise à la cause du Président Patrice Talon, la 10e législature apparaît comme un test majeur pour les institutions béninoises. Si cette configuration peut faciliter l’adoption rapide des réformes et des projets de loi du gouvernement, elle place aussi une responsabilité accrue sur les épaules des députés de la majorité.
Dans un contexte de concentration du pouvoir politique, l’enjeu central sera de démontrer que l’Assemblée nationale peut demeurer un espace de débat, de contrôle et de redevabilité, au-delà des appartenances partisanes. L’installation des députés, ce dimanche, ne marque donc pas seulement le début d’un nouveau mandat parlementaire, mais aussi l’ouverture d’une phase délicate pour la démocratie béninoise, appelée à concilier stabilité institutionnelle et exigence de pluralisme.




