Bénin, hommage aux anciens présidents de l’Assemblée nationale : Vlavonou célèbre l’héritage de Amoussou, Idji et Nago


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Louis Vlavonou, entouré de ses prédécesseurs, Porto-Novo, le 5 février 2026
Louis Vlavonou, entouré de ses prédécesseurs, Porto-Novo, le 5 février 2026

L’Assemblée nationale du Bénin a vécu le jeudi 5 février 2026, un moment rare de mémoire institutionnelle et de reconnaissance républicaine. Après l’hommage rendu la veille à Me Adrien Houngbédji, le président du Parlement, Louis Gbèhounou Vlavonou, a organisé une cérémonie solennelle en l’honneur de ses trois prédécesseurs restants : Bruno Amoussou, Antoine Kolawolé Idji et Mathurin Coffi Nago. Un événement inédit dans l’histoire parlementaire béninoise, tenu dans le cadre prestigieux du Palais des gouverneurs à Porto-Novo.

La cérémonie a rassemblé de nombreuses personnalités politiques, judiciaires et administratives, parmi lesquelles la vice-présidente de la République, Mariam Chabi Talata, le président de la Cour suprême, Victor Dassi Adossou, le président de la CENA, Sacca Lafia, l’ancien président de la Cour constitutionnelle, Joseph Fifamin Djogbénou, ainsi que des députés de toutes les législatures. Parents, amis, anciens collaborateurs et compagnons de lutte des trois anciens présidents ont effectué le déplacement depuis différentes régions du pays, témoignant de l’importance accordée à cet hommage.

Un hommage fondé sur le savoir et la mémoire parlementaire

Au-delà du caractère solennel, la cérémonie s’est distinguée par sa dimension intellectuelle et scientifique. Après l’introduction protocolaire, les professeurs Gildas Enagnon, Mohamed Aboudou et Joël Adéloui ont présenté les synthèses d’études universitaires rigoureuses consacrées respectivement aux parcours de Bruno Amoussou, Antoine Kolawolé Idji et Mathurin Coffi Nago. Ces travaux ont donné lieu à des ouvrages collectifs mêlant analyses scientifiques, témoignages, contributions de chercheurs et regards croisés sur l’histoire parlementaire béninoise.

Dans son allocution, Louis Gbèhounou Vlavonou a souligné la portée de ces publications, qu’il a qualifiées de « lectures exigeantes de parcours, de méthodes et de moments clés de notre histoire parlementaire ». Insistant sur le sens de la démarche, il a rappelé que cet hommage relevait d’un engagement personnel et institutionnel : reconnaître, de leur vivant, ceux qui ont contribué à façonner durablement le Parlement béninois.

Bruno Amoussou, la constance et l’art de l’équilibre

L’ouvrage consacré à Bruno Amoussou retrace un parcours d’exception, intimement lié à l’évolution politique et institutionnelle du Bénin. Homme d’État aguerri, il est présenté comme une figure de constance, de méthode et de profonde connaissance des rouages de l’État.

À la tête de l’Assemblée nationale entre le 4 avril 1995 et le 19 avril 1999, Bruno Amoussou a incarné une présidence marquée par la recherche permanente de l’équilibre institutionnel et du dialogue entre les pouvoirs. Pour Louis Gbèhounou Vlavonou, son action rappelle que la présidence du Parlement n’est pas seulement un poste d’autorité, mais aussi une mission de médiation, située au cœur de la consolidation démocratique. Sa capacité à privilégier la concertation et le respect mutuel a fait de lui un artisan discret mais déterminant de la stabilité institutionnelle. Une trajectoire qui illustre, selon les intervenants, l’idée d’Alexis de Tocqueville selon laquelle la solidité des institutions repose autant sur les règles que sur les mœurs.

Antoine Kolawolé Idji, l’autorité dans la retenue

Président de la 4ᵉ législature (avril 2003-avril 2007), Antoine Kolawolé Idji est mis en lumière comme un homme de retenue, de disponibilité et d’écoute. L’ouvrage qui lui est consacré revient sur une présidence exercée dans un esprit profondément humain, à une période où l’Assemblée nationale devait consolider ses pratiques et renforcer sa crédibilité dans l’architecture du renouveau démocratique.

« Ce livre ne célèbre pas seulement une présidence, il éclaire une manière d’habiter la fonction parlementaire », a souligné Louis Gbèhounou Vlavonou. Sous la conduite d’Idji, le Parlement a évolué dans un climat d’apaisement, de pédagogie politique et de respect mutuel. Sa présidence s’est également illustrée par une ouverture accrue de l’Assemblée nationale sur son environnement extérieur. La diplomatie parlementaire béninoise a alors connu un essor notable, renforçant la présence du Parlement dans les espaces interparlementaires régionaux et internationaux.

Mathurin Coffi Nago, la présidence de l’action et de la réforme

L’ouvrage dédié à Mathurin Coffi Nago revient sur une présidence exercée dans un contexte exigeant, parfois tendu, marqué par la nécessité de concilier réformes, stabilité institutionnelle et responsabilité politique. Président des 5ᵉ et 6ᵉ législatures (2007-2015), le professeur Nago s’est distingué par son souci constant de l’efficacité du travail parlementaire et du renforcement de la gouvernance interne de l’institution.

Louis Vlavonou a salué une conception de la présidence fondée sur la capacité à décider, à réformer et à assumer des choix parfois impopulaires. Pour lui, le parcours de Mathurin Nago rappelle que la démocratie parlementaire se construit aussi dans l’épreuve, dans la fermeté institutionnelle et dans la volonté de préserver la cohérence et l’autorité du Parlement face aux défis politiques.

Des trajectoires distinctes, une même exigence républicaine

Au fil des hommages, le président de l’Assemblée nationale a invité l’assistance à une lecture transversale de ces parcours. À travers Bruno Amoussou, Antoine Kolawolé Idji et Mathurin Coffi Nago se dessine une histoire parlementaire faite de continuités, mais aussi de styles et de choix différents, adaptés à des contextes politiques spécifiques. Une histoire non linéaire, marquée par des débats, des ajustements et parfois des tensions, mais toujours animée par la volonté de préserver la place centrale du Parlement dans l’architecture institutionnelle.

Paraphrasant Jean Monnet, Louis Vlavonou a rappelé que « rien n’est possible sans les hommes, rien n’est durable sans les institutions », exhortant à tirer de ces expériences un enseignement utile pour l’avenir de la démocratie béninoise.

L’appel de Bruno Amoussou à l’avenir

Prenant la parole au nom des anciens présidents honorés, Bruno Amoussou a exprimé sa gratitude à Louis Vlavonou pour avoir initié cette cérémonie, saluant le choix de rendre hommage aux anciens dirigeants du Parlement de leur vivant. Il a également félicité le président de l’Assemblée nationale pour la conduite des 8ᵉ et 9ᵉ législatures (2019-2026), qu’il a qualifiées de législatures de rupture et de réformes profondes.

Appelant à la construction d’une conscience africaine nouvelle, Bruno Amoussou a insisté sur la nécessité d’une diplomatie parlementaire plus offensive et pluridimensionnelle, afin de renforcer le rayonnement du Parlement béninois et de porter des idées novatrices sur la scène internationale. « L’important maintenant est de consolider ce qui a été fait », a-t-il conclu. À travers cette cérémonie, l’Assemblée nationale du Bénin a posé un acte fort de reconnaissance et de transmission, inscrivant la mémoire de ses anciens présidents au cœur de la consolidation institutionnelle et démocratique du pays.

Serge Ouitona
Serge Ouitona, historien, journaliste et spécialiste des questions socio-politiques et économiques en Afrique subsaharienne.
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