
Le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI-RDA) traverse une période de fortes secousses après le cycle électoral de 2025. Alors que l’Assemblée nationale procède à la structuration de ses instances, une fracture notable est apparue au grand jour. Trois figures de proue de la formation politique, cumulant les mandats de députés et de maires dans des communes stratégiques d’Abidjan, ont officiellement décliné l’invitation à rejoindre le groupe parlementaire de leur propre parti.
Cette décision marque un tournant symbolique dans la vie interne de la plus ancienne formation politique du pays.
Une dissidence portée par des figures majeures d’Abidjan
Le mouvement de retrait concerne des cadres de premier plan : Sylvestre Emmou de Port-Bouët, Jean-Marc Yacé de Cocody et Jacques Gabriel Ehouo du Plateau. Bien qu’élus sous la bannière du PDCI-RDA, ces trois élus ont choisi de siéger en dehors du groupe désormais présidé par Me Chrysostome Blessy. Sur les 31 députés que compte le parti, seuls 28 ont répondu à l’appel de la direction. Cette situation est d’autant plus délicate que le parti sort d’un revers électoral lors des législatives de décembre 2025, où sa représentation parlementaire a été divisée par deux face à la domination du RHDP.
Le poids des mots et le manque de concertation
L’étincelle de ce divorce parlementaire semble être autant une affaire de forme que de fond. Des sources internes indiquent que la désignation de Me Chrysostome Blessy à la tête du groupe se serait faite sans une concertation élargie, provoquant des frustrations. Le malaise s’est aggravé suite à la fuite de messages internes qualifiant les trois élus de « perturbateurs ». En l’absence d’excuses formelles ou de clarifications de la part de la direction du parti, les députés maires ont choisi la politique de la chaise vide au sein du groupe. Pour ces élus, ce manque de considération est le symptôme d’une crise de gouvernance plus profonde.
Une remise en question de la ligne stratégique
Au-delà de l’incident protocolaire, cette prise de distance cache des désaccords structurels sur l’avenir du PDCI-RDA. Les frondeurs expriment ouvertement leurs doutes concernant les récentes alliances, notamment le Front commun avec le PPA-CI de Laurent Gbagbo. Cette stratégie avait abouti au boycott de la présidentielle de 2025, un choix que certains cadres jugent aujourd’hui préjudiciable. Les trois députés-maires appellent désormais à une introspection globale, réclamant la convocation urgente d’un bureau politique et d’un congrès pour moderniser les statuts et redéfinir le mode de prise de décision.
La direction du parti privilégie la main tendue
Malgré cette rupture apparente, la direction du PDCI-RDA tente de désamorcer la crise par la diplomatie. Le porte-parole du parti, Dr Soumaïla Kouassi Bredoumy, a affirmé que la porte restait ouverte pour un éventuel retour des trois élus. Aucune mesure disciplinaire n’a été engagée pour le moment, signe que le parti souhaite éviter une escalade qui l’affaiblirait davantage face à la majorité présidentielle. L’enjeu est désormais de savoir si le dialogue pourra restaurer une cohésion devenue fragile, alors que le parti entame sa phase de reconstruction.




