
Selon le dernier rapport du Centre for Economics and Business Research (CEBR), le PIB ivoirien devrait plus que doubler au cours des quinze prochaines années. Une trajectoire impressionnante qui confirme le statut de locomotive régionale d’Abidjan, bien que la stabilité politique reste le talon d’Achille de cette croissance.
La Côte d’Ivoire s’impose comme l’une des économies africaines les plus dynamiques. C’est le constat dressé par le rapport du Centre for Economics and Business Research (CEBR), publié fin décembre 2025. Le cabinet britannique prévoit une ascension fulgurante pour le pays : une progression de 13 places dans le classement mondial, propulsant la nation de la 78e à la 65e position d’ici 2040.
Cette projection optimiste repose sur plusieurs piliers structurels :
- Un tissu manufacturier en pleine expansion.
- Une filière agro-industrielle robuste.
- Des exportations diversifiées (cacao, or, énergie).
- Le rôle central du Port d’Abidjan, véritable hub logistique pour l’Afrique de l’Ouest.
Une décennie de stabilisation comme moteur
Le CEBR insiste sur le fait que ce miracle économique ivoirien n’est pas un hasard. Il est le fruit d’une stabilisation politique acquise lors de la dernière décennie. Après la crise post-électorale de 2010-2011, Abidjan a renoué avec des taux de croissance régulièrement supérieurs à 6 % (avant la pandémie).
Ce calme relatif a favorisé un climat des affaires propice aux investissements étrangers (IDE) et à la modernisation des infrastructures. Le développement du métro d’Abidjan, les extensions portuaires et les vastes projets routiers témoignent de cette ambition : transformer la Côte d’Ivoire en plateforme régionale incontournable.
Des fragilités politiques et sociales persistantes
Malgré ces chiffres flatteurs, le rapport pointe des « signes de fragilité à court terme ». Plusieurs facteurs de risque pourraient enrayer cette mécanique bien huilée, notemment :
- L’incertitude politique : La question de la succession du président Alassane Ouattara reste sensible. La gestion des échéances électorales sera déterminante pour maintenir la confiance des investisseurs.
- La fracture territoriale : La croissance reste très concentrée à Abidjan et dans le Sud (zones cacaoyères). Le Nord, moins développé, reste en marge, alimentant des tensions sociales que le PIB ne reflète pas.
Le pari risqué de la transformation agricole
Premier producteur mondial de cacao, la Côte d’Ivoire reste dépendante des fluctuations des cours mondiaux. Pour sortir de cette volatilité, le gouvernement mise sur la transformation locale (« l’or brun »).
L’objectif est ambitieux : transformer 50 % de la production nationale d’ici 2030, contre environ 35 % actuellement. Un défi industriel qui nécessite des investissements massifs et une montée en compétence rapide de la main-d’œuvre locale.
Un modèle de stabilité pour l’Afrique de l’Ouest ?
Dans une sous-région secouée par l’instabilité avec des coups d’État au Mali, au Burkina Faso et au Niger, la Côte d’Ivoire fait figure d’exception. Son appartenance à l’UEMOA et à la zone franc offre une prévisibilité monétaire précieuse.
Cependant, les projections du CEBR, bien que prometteuses, reposent sur une double hypothèse : une continuité politique sans heurts et un environnement international favorable. Deux variables que l’histoire récente de l’Afrique de l’Ouest incite à surveiller avec la plus grande prudence.




