
Après l’invalidation de ses premiers tarifs douaniers par la Cour suprême, Donald Trump réplique avec une surtaxe mondiale uniforme de 15%. Entre perte de privilèges pour le Maroc et « remise de peine » inattendue pour l’Algérie et la Tunisie, le paysage commercial nord-africain est en plein séisme.
Le « Big Bang » de la Section 122
Ce week-end, la Maison Blanche a abattu une nouvelle carte juridique : la Section 122 du Trade Act de 1974. Contrairement aux tentatives précédentes, cette mesure instaure un droit de douane uniforme de 15% sur l’ensemble des importations américaines. Le piège est que ce taux ne remplace pas les droits existants, il s’y additionne. Pour les partenaires des États-Unis, c’est une douche froide : même un produit entrant habituellement à 0% pourrait désormais être frappé par cette surtaxe transversale.
Maroc : Un avantage historique sous oxygène
Pour Rabat, l’heure est à l’incertitude. Depuis 2006, l’Accord de libre-échange (ALE) offrait au Royaume un accès privilégié au marché américain. Aujourd’hui, ce bouclier vacille.
En effet, si aucune exemption spécifique n’est gravée dans le marbre pour les pays signataires d’un ALE (hors bloc USA-Canada-Mexique), le textile ou l’industrie marocaine perdront leur compétitivité immédiate. Or, jusqu’ici, le Maroc boxait dans une catégorie à part (10% lors des précédentes annonces). À 15% pour tout le monde, son avantage comparatif s’efface au profit de pays dont les coûts de production sont moindres. Cela signifie que que sans une exemption diplomatique rapide, le Maroc passe d’un statut de partenaire privilégié à celui de contributeur standard au fisc américain.
Algérie & Tunisie : une facture divisée par deux ?
Paradoxalement, la rigueur de Trump profite aux épénalisé » de la liste précédente. En 2025, les grilles de « tarifs réciproques » (désormais invalidées) projetaient des taxes punitives frôlant les 30% pour Alger et Tunis. Le soulagement est réel, car passer de 30% à 15% ressemble à une victoire. Pour les exportateurs tunisiens d’huile d’olive ou les acteurs énergétiques algériens, la pression s’allège par rapport au scénario du printemps dernier.
Attention toutefois à l’optimisme trompeur. Si l’on compare ces 15% aux droits de douae classiques de l’OMC, la facture reste plus salée qu’en 2024. C’est une baisse par rapport au pire, mais une hausse par rapport à la normale, c’est à dire l’absence de taxe.
Les trois points chauds à surveillerLes décrets d’application
Le diable se cache dans les détails du Customs and Border Protection (CBP). Des exemptions sectorielles (engrais, énergie) pourraient encore changer la donne. Le Maroc va devoir activer ses leviers à Washington pour faire valoir l’exceptionnalité de son ALE, sous peine de voir ses exportations industrielles lourdement freinées. L’engagement de Mohammed VI dans le Club de la Paix de Trump va peut être servir de monnaie d’échange.
La Section 122 est temporaire (150 jours). Ce délai servira soit de base de renégociation pour des accords bilatéraux musclés, soit de tremplin vers une loi protectionniste permanente.



