
Le roi du Maroc s’offre un strapontin doré dans le « Conseil de la paix » trumpien. Pendant ce temps, les hôpitaux manquent de lits et les diplômés de travail. Récit d’un choix qui passe mal.
À Davos, Donald Trump n’a pas seulement lancé une énième initiative diplomatique. Il a ouvert un guichet. Son « Board of Peace« , présenté comme l’outil de reconstruction de Gaza, fonctionne selon une logique que le milliardaire new-yorkais connaît bien : qui paie, décide. Et Mohammed VI s’est précipité pour signer le chèque.
Le club des milliardaires de la paix
Le dispositif est simple, presque brutal dans sa franchise. Vous voulez siéger ? Trois ans de mandat, renouvelable. Vous voulez compter ? Un milliard de dollars, et vous devenez membre « permanent« , un statut qui, dans la grammaire trumpienne, signifie : vous êtes dans la pièce quand les vraies décisions se prennent.
Le Maroc n’a pas hésité. Mohammed VI, dont l’absence a pesé durant la CAN qui vient de se terminer par la défaîte du maroc à domicile devant le Sénégal, a décidé que son royaume serait le premier pays africain, premier pays arabe à lever la main. Mohammed VI veut être « fondateur« . Pas invité mais fondateur de ce Club de Trump à côté de Netanyahou, l’autre grand allié. Pour définir l’avenir de la Palestine, on pouvait réver mieux comme attelage.
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La manœuvre diplomatique se comprend. Le Sahara occidental, obsession géopolitique de Rabat, dépend largement du bon vouloir américain. Trump avait déjà reconnu la souveraineté marocaine sur ce territoire en 2020. En achetant sa place au premier rang du nouveau joujou présidentiel, Mohammed VI s’assure, espère-t-il, un accès direct, permanent, à l’oreille de la Maison-Blanche. Mais à quel prix politique intérieur ?
« Des stades, mais où sont les hôpitaux ? »
Car c’est là que le calcul royal devient périlleux. Le Maroc de 2025 n’est plus celui des années 2000. Une génération a grandi avec des promesses de développement, de modernisation, d’équité territoriale. Elle se retrouve face à des urgences hospitalières saturées, un chômage des diplômés qui explose, des territoires ruraux oubliés.
Et voilà qu’on lui annonce que le royaume peut mobiliser un milliard de dollars pour s’asseoir à une table avec Trump ! Le slogan des prochaines manifestations est déjà prêt : « Un siège à l’étranger ou des lits dans nos hôpitaux ? »
Le silence du Palais
À ce jour, Rabat n’a ni confirmé ni démenti le versement effectif. La communication officielle se contente de célébrer le statut de « membre fondateur« , sans préciser s’il s’agit de la version à trois ans ou de la version à neuf zéros.
Ce flou arrange peut-être le Palais à court terme. Il l’expose à moyen terme. Car si la facture est réelle, chaque fermeture de dispensaire rural, chaque promotion de médecins partie exercer en France, chaque jeune diplômé au chômage deviendra un procureur silencieux de ce choix.
Le Caire a également accepté l’invitation trumpienne. Mais au sud du Sahara, c’est le silence radio. Le ticket d’entrée et l’architecture très « présidentialiste » du dispositif refroidissent les enthousiasmes, ou révèlent, par contraste, l’empressement trop visible de Rabat.
Un test pour la monarchie
Mohammed VI a bâti sa légitimité sur un contrat implicite : modernisation économique contre stabilité politique. Ce contrat tient tant que la population perçoit des dividendes, ce qui déjà n’est plus le cas.
En misant sur le « Board of Peace » de Trump, le roi fait un pari. Que les retombées diplomatiques et économiques à venir sur le Sahara occidental, sur l’accès aux marchés, sur le prestige international, compenseront le coût symbolique.
Mais les symboles, au Maroc comme ailleurs, finissent toujours par peser dans la balance politique. Et celui d’un milliard offert à un club de riches pour participer à un Club pour la Paix, pendant que la jeunesse attend des réponses, pourrait bien devenir le plus encombrant de tous.




