
Près de 2 000 personnes se sont rassemblées vendredi au pabellón municipal de Manlleu pour rendre un dernier hommage aux cinq adolescents d’origine marocaine, âgés de 14 à 17 ans, morts asphyxiés lundi dans l’incendie d’un débarras. Les dépouilles doivent être rapatriées au Maroc. Un drame qui met en lumière la précarité de la diaspora marocaine dans les quartiers populaires de Catalogne.
Mohamed, Adam, Amine, Mustapha et Mochi. Cinq prénoms, cinq adolescents d’origine marocaine âgés de 14 à 17 ans, fauchés dans la soirée du lundi 17 février à Manlleu, petite ville industrielle de Catalogne. Ils sont morts asphyxiés par la fumée d’un incendie qui s’est déclaré dans un débarras mansardé où ils avaient l’habitude de se retrouver, au dernier étage d’un immeuble vétuste du quartier populaire du Erm. Leurs familles, originaires du Maroc et installées de longue date dans cette commune de 21 000 habitants, sont anéanties. Le consulat général du Royaume à Barcelone s’est immédiatement mobilisé pour accompagner les proches et organiser le rapatriement des dépouilles.
Un piège mortel sans fenêtre ni ventilation
Selon les informations recoupées auprès de la presse espagnole, le drame s’est noué au numéro 66 de la rue Montseny, dans l’un des quarante cagibi aménagés sur la terrasse d’un immeuble de cinq étages construit avant 1979. L’espace, exigu, sans fenêtre, sans ventilation ni éclairage, était transformé en repaire informel par les jeunes du quartier. Ainsi, il y avaient disposé des matelas et un vieux canapé et se retrouvaient après les cours pour passer le temps et vapoter, selon leurs proches.
Peu après 21 heures, des résidents alertent les secours après avoir constaté une épaisse fumée dans la cage d’escalier. Treize unités de pompiers sont mobilisées. Le feu est maîtrisé en moins de trente minutes, mais il est trop tard : les cinq adolescents ont succombé à l’inhalation de fumée toxique qui a saturé le réduit en quelques instants. Un détail glaçant : l’un des jeunes, asthmatique, aurait tenté d’appeler le 112, mais la mauvaise qualité du signal n’a permis de capter que des cris.
Piste accidentelle, enquête en cours
Les Mossos d’Esquadra (police catalane) privilégient la thèse de l’accident. Une cigarette ou un briquet aurait enflammé l’un des matelas, provoquant une combustion rapide dans cet espace clos. La piste d’une bombonne de protoxyde d’azote (« gaz hilarant »), un temps évoquée, a été écartée. En effet, aucune bombonne retrouvée sur place. Les autopsies, réalisées à Barcelone, doivent confirmer la cause exacte des décès.
Les cinq victimes étaient scolarisées dans deux établissements secondaires de Manlleu, en troisième et quatrième année d’ESO. « Mon fils est parti vers vingt heures et je ne le reverrai plus jamais », a confié la mère de l’une des victimes à La Vanguardia. Leur disparition, survenue quelques heures avant le début du Ramadan, a décuplé l’émotion au sein de la communauté musulmane locale.
2 000 personnes aux funérailles
Le vendredi 20 février, près de 2 000 personnes se sont rassemblées au pabellón municipal de deportes, la mosquée locale étant trop exiguë, pour la prière funèbre. Le maire Arnau Rovira, qui avait décrété trois jours de deuil et organisé une minute de silence en présence du président de la Generalitat Salvador Illa, était présent aux côtés des familles. Au pied de l’immeuble sinistré, un mémorial spontané : « Manlleu est éteint sans toi, Musta. » « Repose en paix, Morchi. » sont quelques une des épitaphes.
Les fragilités de la diaspora en miroir
Au-delà de l’émotion, ce drame met en lumière des réalités que connaît la diaspora marocaine en Espagne. Le quartier du Erm, où 32,5 % des habitants sont d’origine étrangère, concentre des familles attirées par l’emploi dans l’industrie agroalimentaire locale. L’immeuble du numéro 66, bâtiment de plus d’un demi-siècle, abritait des ménages en grande précarité. Le trastero du dernier étage n’était rien d’autre que la réponse de fortune de cinq gamins en quête d’un lieu à eux, dans un quartier où les structures d’accueil pour la jeunesse font cruellement défaut. Une réponse qui leur a coûté la vie.


