Guerre en Ukraine : 14 Sénégalais parmi 1416 Africains engagés aux côtés de la Russie


Lecture 5 min.
Soldats africains envoyés en Ukraine par la Russie
Soldats africains envoyés en Ukraine par la Russie

L’ombre de la guerre en Ukraine s’étend bien au-delà de l’Europe de l’Est. Des centaines de jeunes Africains, séduits par des promesses de revenus élevés et de naturalisation rapide, se retrouvent engagés dans les rangs de l’armée russe. Parmi eux, 14 Sénégalais ont été identifiés, dont six ont péri au combat. Une enquête conjointe de Inpact et du projet Khachu Zhit/I want to live met au goût du jour les mécanismes de ce recrutement et les zones d’ombre qui l’entourent, sur fond de Guerre en Ukraine.

Un nouveau rapport de l’ONG Inpact, réalisé en partenariat avec le projet Khachu Zhit/I want to live, révèle l’ampleur du recrutement de ressortissants africains dans les rangs de l’armée russe engagée dans la Guerre en Ukraine. Selon les données compilées par les auteurs, 1 416 combattants originaires de 35 pays africains auraient été enrôlés pour participer aux opérations militaires contre l’Ukraine. Parmi eux figurent 14 Sénégalais, dont six auraient perdu la vie au front.

Six Sénégalais tués sur le front ukrainien

D’après les informations consultées par la presse sénégalaise, qui s’appuie sur le document d’Inpact, les six ressortissants sénégalais décédés sont âgés de 25 à 37 ans. Leur disparition met en exergue la réalité brutale d’un conflit qui, depuis février 2022, attire des combattants étrangers de divers horizons. Depuis le début de la guerre, plusieurs rapports indépendants ont signalé la présence de volontaires étrangers des deux côtés du front.

Si l’Ukraine a officiellement constitué une « Légion internationale » pour accueillir des combattants étrangers, la Russie, de son côté, s’appuie sur des circuits plus discrets, mêlant contrats militaires classiques et réseaux d’intermédiaires. Au cœur du dispositif de recrutement figure une offre financière particulièrement séduisante pour de jeunes Africains confrontés au chômage ou à la précarité.

Des promesses financières attractives

Le rapport évoque une prime à la signature pouvant atteindre 30 000 dollars (environ 16 millions de F CFA). À cela s’ajouterait un salaire mensuel oscillant entre 2 200 et 2 500 dollars, soit plus d’un million de F CFA. Les recrues bénéficieraient également d’une assurance maladie et d’une procédure accélérée de naturalisation. En trois à six mois, l’obtention d’un passeport russe serait théoriquement possible.

Dans des contextes où la mobilité internationale est limitée par les restrictions de visas, cette perspective peut constituer un puissant levier d’attraction. Cependant, le rapport nuance fortement ces promesses. Selon les auteurs, de nombreux combattants n’obtiendraient jamais la nationalité annoncée. Les retards administratifs, voire l’absence totale de régularisation, seraient fréquents.

Formation expéditive et déploiement immédiat

Au-delà des incitations financières, les conditions de préparation militaire suscitent des inquiétudes. La formation dispensée aux recrues étrangères serait très brève, parfois limitée à quelques semaines. Dans certains cas documentés, elle serait même quasi inexistante. Le déploiement sur les zones de combat interviendrait presque immédiatement après la signature du contrat. Cette précipitation augmenterait considérablement les risques encourus par des combattants souvent peu expérimentés.

Les pertes enregistrées parmi les ressortissants africains viendraient confirmer la dangerosité d’un tel dispositif. Le rapport d’Inpact et de Khachu Zhit/I want to live fait ressortir l’existence de réseaux transnationaux sophistiqués. Agences de voyage, publicités ciblées sur les réseaux sociaux, intermédiaires locaux et anciens recrues devenues relais d’influence : le système reposerait sur une chaîne bien organisée.

Exploitation des difficultés économiques

Les campagnes en ligne joueraient un rôle central. Des annonces promettant emplois, formations ou opportunités de résidence en Russie serviraient parfois de porte d’entrée avant la proposition d’un engagement militaire. Les recruteurs exploiteraient les difficultés économiques et le manque de perspectives professionnelles dans plusieurs pays africains. Au-delà des volontaires attirés par les gains financiers, le rapport documente une autre réalité plus préoccupante.

En effet, il y a la situation d’Africains déjà présents en Russie pour des études ou un emploi et qui se retrouveraient contraints de signer un contrat militaire. Certains témoignages évoquent des pressions liées au renouvellement de visas, à des difficultés financières ou à des menaces implicites d’expulsion. Des étudiants, confrontés à l’augmentation du coût de la vie ou à la suspension de bourses, auraient ainsi vu dans l’engagement militaire une solution par défaut.

Coût humain d’un engagement dans une guerre lointaine

Alors que le conflit se prolonge et que les besoins en effectifs militaires demeurent élevés, la question du recrutement étranger pourrait continuer à prendre de l’ampleur. Pour de nombreux jeunes Africains en quête d’opportunités, la promesse d’un avenir meilleur en Russie peut sembler séduisante. Mais derrière les chiffres et les contrats, la réalité du front ukrainien pose sur la table des débats le coût humain d’un engagement dans une guerre lointaine.

Alioune Diop
Une plume qui balance entre le Sénégal et le Mali, deux voisins en Afrique de l’Ouest qui ont des liens économiques étroits
Newsletter Suivez Afrik.com sur Google News