Accusations contre la France : une diversion qui interroge la stratégie russe en Afrique


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Drapeau de la Russie
Drapeau de la Russie

Les accusations russes affirmant que la France préparerait des coups d’État en Afrique relancent un narratif déjà bien installé. Leur absence de preuves publiques et leur calendrier interrogent fortement les observateurs. Cette prise de parole intervient alors que la stratégie sécuritaire russe montre des limites sur le continent et que le recrutement d’Africains pour la guerre en Ukraine suscite des questions. Pour beaucoup d’analystes, il s’agirait surtout d’une offensive informationnelle destinée à détourner l’attention.

En accusant la France de préparer des coups d’État en Afrique, Moscou relance un narratif désormais familier. Mais le calendrier et le contexte de cette prise de parole interrogent. Pour de nombreux observateurs, ces accusations apparaissent surtout comme une tentative de diversion, à un moment où la stratégie sécuritaire russe en Afrique montre ses limites et où des questions émergent sur le recrutement de ressortissants africains pour la guerre en Ukraine.

Une accusation spectaculaire sans éléments publics

Le 2 février 2026, le Service de renseignement extérieur de la Fédération de Russie (SVR) publie un communiqué affirmant que la France préparerait des coups d’État au Burkina Faso, au Mali, en République centrafricaine et chercherait à déstabiliser Madagascar. Le message est relayé dans les jours suivants par plusieurs ambassades russes en Afrique, donnant à l’accusation une visibilité inhabituelle.

À ce stade, aucune preuve tangible n’a été rendue publique pour étayer ces affirmations. Aucun complot déjoué, aucune arrestation, aucun élément matériel n’est venu confirmer l’existence des manœuvres alléguées. Plusieurs jours après la publication du communiqué, les coups d’État annoncés ne se sont pas matérialisés.

Un contexte sécuritaire délicat pour Moscou

Cette prise de parole intervient dans un contexte particulièrement sensible pour la Russie en Afrique. Le 29 janvier 2026, une attaque revendiquée par l’État islamique au Sahel a visé l’aéroport international Diori Hamani de Niamey, l’un des sites les plus stratégiques du Niger. Malgré la présence des forces nigériennes et de leurs partenaires russes de l’Africa Corps, l’attaque n’a pas été anticipée, mettant en évidence des failles dans le dispositif de renseignement et de prévention.

Au-delà du Niger, d’autres théâtres illustrent les difficultés rencontrées par le modèle sécuritaire russe. Au Mali, les attaques djihadistes se sont multipliées, y compris dans la capitale. En République centrafricaine, pourtant présentée comme un pilier de la coopération avec Moscou, le coût et l’efficacité du dispositif russe font l’objet de débats croissants. Dans plusieurs pays partenaires, la promesse d’une stabilisation durable apparaît de plus en plus fragile.

L’Africa Corps sous pression

Créé pour remplacer le groupe Wagner et incarner une nouvelle offre sécuritaire russe plus institutionnalisée, l’Africa Corps devait marquer une rupture. Deux ans après sa montée en puissance, les résultats sont contrastés. Les revers opérationnels, l’incapacité à anticiper certaines attaques majeures et les critiques sur les coûts financiers pèsent sur la crédibilité du dispositif.

Dans ce contexte, l’accusation portée contre la France peut être interprétée comme une tentative de déplacement du débat. En mettant en avant des menaces extérieures supposées, Moscou détourne l’attention des difficultés rencontrées par ses propres dispositifs sur le terrain africain.

Le recrutement de ressortissants africains, une autre zone d’ombre

Parallèlement aux questions sécuritaires, un autre sujet sensible commence à émerger : le recrutement de ressortissants africains pour participer à l’effort de guerre russe en Ukraine. Des recoupements issus de sources ouvertes font état de plusieurs centaines de recrues africaines, notamment en Égypte, au Cameroun ou au Ghana. Si ces chiffres restent difficiles à consolider de manière exhaustive, leur existence soulève des interrogations politiques et morales dans les pays concernés.

Aucun État africain n’est officiellement en guerre contre l’Ukraine. Pourtant, des Africains se retrouvent impliqués dans un conflit européen, via des circuits contractuels souvent opaques, loin du débat public et des cadres institutionnels habituels.

Une offensive informationnelle plus qu’un signal factuel

Dans ce double contexte, fragilisation de l’offre sécuritaire russe et interrogations croissantes sur le recrutement de combattants africains, la communication du SVR prend une dimension particulière. Le recours direct au renseignement extérieur, rarement mobilisé publiquement sur les dossiers africains, suggère que le sujet est traité au plus haut niveau de l’État russe.

Pour de nombreux analystes, cette séquence relève avant tout d’une offensive informationnelle visant à reprendre l’initiative narrative. À défaut de faits confirmant les accusations portées contre la France, le communiqué apparaît surtout comme un outil de diversion, destiné à déplacer l’attention vers un ennemi extérieur et à préserver un récit stratégique de plus en plus contesté.

Sidoine
Sidoine observe, écoute et raconte l’Afrique telle qu’elle se vit au quotidien. Sur Afrik.com, il mêle récits, portraits et analyses pour donner chair aux événements et aux débats qui animent le continent
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