
Selon une analyse publiée ce 27 janvier par ONE Data, les pays africains transfèrent désormais plus d’argent vers la Chine au titre du remboursement de leur dette qu’ils n’en reçoivent sous forme de nouveaux prêts. Ce retournement de situation marque un tournant dans les relations financières sino-africaines, alors même que les échanges commerciaux et les investissements continuent de progresser.
Un basculement inédit des flux financiers
C’est un renversement historique que révèle le rapport inaugural de ONE Data publié lundi 26 janvier 2026. Les pays à faible et moyen revenu, et particulièrement ceux d’Afrique, transfèrent désormais davantage de fonds vers la Chine au titre du service de leur dette qu’ils n’en reçoivent en nouveaux financements. Pour l’Afrique, l’impact est spectaculaire : un afflux de 30 milliards de dollars sur la période 2015-2019 s’est transformé en une sortie nette de 22 milliards de dollars entre 2020 et 2024.
« Le fait qu’il y ait moins de prêts entrants, alors que les emprunts précédents doivent toujours être remboursés. C’est la source de ces sorties de capitaux », explique David McNair, directeur exécutif de ONE Data. Ce retournement s’accompagne d’une montée en puissance des institutions multilatérales : celles-ci ont augmenté leurs financements nets de 124 % sur la dernière décennie et représentent désormais 56 % des flux nets, soit 379 milliards de dollars entre 2020 et 2024.
Des échanges commerciaux en plein essor
Paradoxalement, cette inversion des flux de dette n’affecte pas la dynamique commerciale. La valeur des échanges entre la Chine et l’Afrique a atteint 222 milliards de dollars sur les huit premiers mois de 2025, en progression de 15,4 % par rapport à 2024. Cette hausse s’explique notamment par l’envolée de 24,7 % des exportations chinoises vers le continent, dans un contexte de guerre commerciale avec Washington.
La structure des échanges demeure toutefois asymétrique : le déficit commercial africain vis-à-vis de Pékin s’est creusé, passant de 47 milliards de dollars en 2022 à 63 milliards en 2023. L’Afrique exporte essentiellement des matières premières tandis que la Chine fournit des produits manufacturés à forte valeur ajoutée.
Les investissements chinois sur le continent atteignent des niveaux inédits. En 2025, ils culminent à 39 milliards de dollars, en hausse de 20 % par rapport à l’année précédente. Le Nigeria concentre à lui seul 21 milliards de dollars, soit plus de la moitié de l’enveloppe globale. Dans le cadre des Nouvelles routes de la soie, la Chine a réalisé des projets d’une valeur de 29,2 milliards de dollars en Afrique en 2024, soit une augmentation de 34 % par rapport à 2023.
Une nouvelle architecture des paiements
L’architecture financière sino-africaine connaît une mutation avec l’essor du système de paiement interbancaire chinois (CIPS). En juin 2025, Afreximbank et Standard Bank ont officiellement rejoint ce système concurrent du réseau SWIFT. Ainsi, en 2024, 52 000 milliards de yuans ont transité via le CIPS, représentant 58 % des échanges transfrontaliers de la Chine.
Entre 2000 et 2022, la Chine a accordé plus de 170 milliards de dollars de prêts à 49 pays africains. Pour alléger ce fardeau, Pékin a annoncé l’annulation des prêts intergouvernementaux sans intérêt arrivés à échéance fin 2024 pour les pays les moins avancés. Mais selon David McNair de One Data, cette tendance constitue quand même « un net négatif » pour les nations africaines, dont beaucoup peinent à financer leurs services publics et leurs investissements.




