Zones humides : L’urgence de réhabiliter le « calendrier invisible » des savoirs ancestraux


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Lush mangrove forest lining Mida Creek in Malindi, Kenya.Timothy K. Unsplash
Lush mangrove forest lining Mida Creek in Malindi, Kenya.Timothy K. Unsplash

À l’occasion de la Journée mondiale des zones humides 2026, la Convention de Ramsar tire la sonnette d’alarme : pour sauver ces écosystèmes vitaux, la science moderne doit impérativement s’allier aux traditions séculaires. Focus sur une révolution silencieuse de la gouvernance environnementale.

Souvent reléguées au second plan derrière la majesté des forêts ou l’immensité des océans, les zones humides sont pourtant le cœur battant de notre résilience climatique. Mais là où les politiques publiques échouent parfois, des communautés locales réussissent depuis des millénaires. Selon une récente publication de l’ONU, le secret de cette longévité réside dans un « calendrier invisible » : une lecture fine des cycles de l’eau, du vent et du vivant, transmise de génération en génération.

Des gardiens de l’ombre aux résultats concrets

De l’Afrique à l’Amérique latine, les exemples de réussite abondent, prouvant que la conservation est d’abord une affaire de culture. Dans le delta de l’Okavango, au Botswana, les peuples WaYei et San ne se contentent pas de pêcher ou de cultiver ; ils obéissent au rythme des crues saisonnières, garantissant ainsi la régénération naturelle des ressources.

En Angola, c’est une figure locale, « Mama Laurinda« , qui coordonne la récolte des huîtres dans les mangroves. Sans manuel de gestion complexe, elle sait d’instinct quand une zone doit être mise au repos. « Rien n’est écrit. Les règles viennent des années passées sur l’eau et de l’attention portée aux changements », note le rapport. Ce pragmatisme communautaire s’avère souvent plus efficace que les décrets lointains.

Vers une gouvernance inclusive

Le tournant majeur s’est opéré lors de la COP15 à Victoria Falls, au Zimbabwe. Les États membres ont renforcé l’idée que l’implication des peuples autochtones n’est plus une option « éthique« , mais une nécessité stratégique. La Secrétaire générale, Dr Musonda Mumba, insiste sur ce point : l’intégration des valeurs culturelles dans les budgets et les plans nationaux est la clé du succès.

Cependant, le tableau n’est pas sans ombres. Malgré les succès éclatants, comme celui de Dayana Blanco Quiroga en Bolivie récompensée par le prix Ramsar pour avoir restauré le lac pollué d’Uru Uru grâce au droit et aux savoirs ancestraux, de nombreux obstacles subsistent. L’insécurité foncière et le manque d’accès aux financements « verts » freinent encore l’essor de ces initiatives locales.

Dr. Musonda Mumba Secretary General, Convention on Wetlands
Dr. Musonda Mumba Secretary General, Convention on Wetlands

En fin de compte, le message de l’ONU est clair : pour que les zones humides continuent de filtrer notre eau et de protéger notre biodiversité, nous devons cesser de les voir comme des terrains vagues à aménager. Ce sont des bibliothèques vivantes de savoir-faire. Comme le conclut le Dr Mumba, le savoir traditionnel n’est pas une relique du passé, mais « l’un des guides les plus efficaces dont nous disposons pour la suite ».

Hélène Bailly
Spécialiste de l'actualité d'Afrique Centrale, mais pas uniquement ! Et ne dédaigne pas travailler sur la culture et l'histoire de temps en temps.
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