
Présent de longue date sur le continent africain, Canal+ assume désormais une stratégie plus offensive. Au cœur de cette nouvelle phase : la relance de MultiChoice, opérateur panafricain historique, portée par une logique de volume, d’accessibilité tarifaire et de recentrage sur les usages locaux. Une orientation détaillée par le nouveau PDG du groupe, David Mignot, dans une longue interview accordée le 19 février au média sud-africain TechCentral.
Une Afrique stratégique pour Canal+
Pour Canal+, l’Afrique est devenue le pilier central de son développement. Le groupe y revendique plus de 26 millions d’abonnés, une implantation dans une vingtaine de pays, et une connaissance fine des marchés francophones comme anglophones. L’intégration progressive de MultiChoice s’inscrit dans cette logique de consolidation, à l’heure où la télévision payante est bousculée par la concurrence du streaming global et par la pression sur le pouvoir d’achat.
Dans ce contexte, Canal+ cherche à bâtir une offre africaine par essence : plus souple, plus segmentée et plus proche des usages réels des foyers. Un impératif face à la progression des géants du straming comme Netflix.
La « stratégie de volume » au cœur du redéploiement
Dans son entretien à TechCentral, David Mignot assume clairement le virage stratégique : l’objectif n’est plus la maximisation de la valeur par abonné, mais l’élargissement massif de la base clients. Cette « stratégie de volume » repose sur plusieurs leviers.
D’abord, une politique tarifaire plus accessible, avec des bouquets simplifiés et des prix d’entrée revus pour toucher les classes moyennes et populaires. Ensuite, une meilleure adaptation aux réalités économiques locales, notamment via des formules prépayées, des abonnements flexibles et une distribution plus capillaire, y compris hors des grandes métropoles.
Enfin, la relance passe par une rationalisation des coûts et une plus grande efficacité opérationnelle, sans renoncer à l’investissement dans les contenus.
Contenus locaux et synergies panafricaines
Sur le fond éditorial, la feuille de route est claire : renforcer les contenus africains. Sports, séries locales, productions en langues nationales et programmes familiaux restent au cœur de l’attractivité de MultiChoice, notamment via DStv et Showmax.
Là encore, l’appui de Canal+ est déterminant. Le groupe français apporte son savoir-faire en matière de production, de coproduction et de distribution, tout en cherchant à créer des synergies entre ses catalogues francophones et anglophones. L’enjeu est double : mutualiser les investissements et proposer des contenus capables de circuler d’un pays à l’autre, voire d’un continent à l’autre.
Un pari assumé face aux géants du streaming
La relance de MultiChoice intervient dans un environnement ultra-concurrentiel, dominé par les plateformes internationales. Mais David Mignot le souligne : le combat ne se joue pas seulement sur la technologie, il se joue sur la pertinence locale. Là où les géants du streaming peinent encore à monétiser durablement leurs offres en Afrique, Canal+ et MultiChoice misent sur la proximité culturelle, la maîtrise des réseaux de distribution et une relation de long terme avec les abonnés.
À travers cette stratégie de volume, Canal+ envoie un message clair : l’Afrique n’est pas un marché périphérique, mais un terrain d’innovation stratégique. Et MultiChoice, loin d’être un actif à restructurer a minima, devient l’un des leviers majeurs de cette ambition continentale.




