
Le dialogue national voulu par le Président Félix Tshisekedi devait ouvrir une porte de sortie à la RDC, pays confronté à la guerre dans ses provinces orientales, aux tensions politiques et à une crise de confiance entre les acteurs. Mais à peine les contours du processus ont-ils été dévoilés que la principale coalition de l’opposition, la C64, les a rejetés. Une nouvelle fois, Kinshasa se retrouve face à une équation délicate : comment réunir autour d’une même table des acteurs qui ne s’entendent même pas sur la forme du dialogue ?
Dans son adresse à la Nation du 27 août, Félix Tshisekedi a présenté un processus précédé de consultations dans les 26 provinces et destiné à déboucher sur des assises nationales à Kinshasa. Il a également exclu l’AFC/M23 des discussions nationales, considérant que la question de la rébellion relève du cadre de paix de Doha. Le chef de l’État congolais assure par ailleurs que les institutions issues des élections de 2023 ne seront pas remises en cause.
Suffisant pour faire bondir la C64. La plateforme de l’opposition estime que cette architecture ne correspond pas au dialogue qu’elle réclame. Dans une déclaration publiée le 28 août, Martin Fayulu et ses alliés ont opposé un « non catégorique » aux consultations annoncées, les considérant comme une initiative qui ne répond ni à la guerre, ni à l’insécurité, ni aux difficultés sociales qui frappent le pays. La coalition soupçonne surtout le pouvoir de chercher, derrière cette démarche, à préparer le terrain à une modification de la Constitution afin d’ouvrir la voie à un éventuel troisième mandat de Félix Tshisekedi.
Le dialogue risque de commencer sans les principaux contestataires
Le premier risque est donc celui d’un dialogue à participation réduite, avec le pouvoir et ses alliés d’un côté, et une partie importante de l’opposition à distance. Une telle configuration affaiblirait d’emblée la portée politique des conclusions éventuelles.
Le gouvernement, lui, peut difficilement renoncer à son propre schéma. Le Président présente le processus comme une initiative souveraine, destinée à recueillir les préoccupations de la population avant de dégager un pacte national pour la paix et la refondation de l’État. Plusieurs responsables de la majorité, dont Vital Kamerhe, ont salué cette démarche et y voient une rupture avec les précédentes rencontres politiques souvent accusées de déboucher sur des compromis de circonstance.
En attendant de régler le problème de la participation de l’opposition, des questions s’invitent dans le débat : Qui choisira les participants ? Quelle place pour les forces politiques critiques ? Comment seront sélectionnées les contributions issues des provinces ? Et surtout, quelles garanties seront offertes pour que les consultations ne soient pas perçues comme une simple opération de communication ?
Peut-il encore y avoir un compromis ?
Le rejet du dispositif présidentiel ne signifie pas que l’opposition renonce à agir. La C64 maintient sa mobilisation et a déjà annoncé une marche nationale le 15 septembre contre tout changement de Constitution. Elle entend ainsi déplacer le débat des salons politiques vers la rue. Dans ces conditions, le pouvoir devra alors éviter que le désaccord sur le dialogue ne se transforme en confrontation permanente. La porte n’est cependant pas totalement fermée. Le fait que les deux camps continuent de parler de dialogue montre qu’ils reconnaissent, au moins en théorie, la nécessité d’une concertation. Le véritable obstacle porte aujourd’hui sur le cadre, les participants et les limites de la discussion.
Un compromis pourrait passer par une clarification des mécanismes de consultation, la transparence sur la sélection des participants et des garanties plus solides sur le rôle de l’opposition. Le pouvoir pourrait également être amené à rassurer davantage sur ses intentions constitutionnelles, tandis que l’opposition devrait décider jusqu’où elle souhaite aller dans son refus. Mais en réalité, le calendrier joue contre Kinshasa. Plus les semaines passeront sans accord sur les règles du jeu, plus le dialogue risque d’être éclipsé par la confrontation politique.





