RDC : après l’ultimatum, la C64 passe à l’offensive et fixe le 15 septembre


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Lancement de la coalition C64 en RDC
Lancement de la coalition C64 en RDC

Après plusieurs semaines de pression et d’attente, la C64 passe à la vitesse supérieure. La coalition d’opposition a annoncé, ce samedi 15 août 2026, une marche pacifique nationale le 15 septembre prochain pour s’opposer à toute révision ou modification de la Constitution et, plus largement, à l’organisation d’un éventuel référendum.

Cap sur le 15 septembre pour la C64. Après la réunion des leaders de la coalition de l’opposition, ce samedi, la date du 15 septembre a été retenue pour l’organisation d’une marche de protestation. Le choix de cette date n’est pas anodin. À Kinshasa, les manifestants devraient se retrouver en plusieurs points avant de converger vers le Palais du Peuple, siège du Parlement, au moment où s’ouvre la session parlementaire de septembre.

La mobilisation annoncée marque surtout la fin de l’ultimatum lancé par l’opposition au pouvoir. La C64 avait donné au Président Félix Tshisekedi jusqu’au 15 août pour poser des actes concrets en faveur du dialogue national inclusif.

La crainte d’un troisième mandat en toile de fond

Derrière le débat juridique, c’est l’avenir politique de Félix Tshisekedi qui cristallise les inquiétudes de la coalition. La C64 estime qu’aucune réforme institutionnelle ne doit permettre au Président de briguer un troisième mandat. La coalition invoque notamment les articles 70 et 220 de la Constitution congolaise. Le premier fixe la durée du mandat présidentiel et le second protège la limitation du nombre de mandats contre une révision constitutionnelle.

Son message est donc sans ambiguïté : pas question, selon elle, de permettre au pouvoir de contourner ces garde-fous par une révision constitutionnelle ou par un référendum. La C64 résume sa position dans un mot d’ordre devenu le fil conducteur de sa mobilisation : « Pas de troisième mandat pour Félix Tshisekedi ! »

Le référendum reste la principale ligne rouge

Le projet de loi portant organisation du référendum demeure au centre de la controverse. La Cour constitutionnelle l’avait déclaré conforme à la Constitution le 28 juillet, tout en formulant plusieurs réserves d’interprétation. Félix Tshisekedi a ensuite demandé une nouvelle délibération du texte par le Parlement. Cette démarche doit permettre de tenir compte des observations du juge constitutionnel avant la poursuite de la procédure parlementaire. Pour le pouvoir, cette étape s’inscrit dans le cadre normal de la procédure législative et ne préjuge pas, à elle seule, de l’issue du débat sur une éventuelle révision constitutionnelle.

Pour la C64, c’est le moment plus que jamais de maintenir la pression sur le camp présidentiel. Elle redoute notamment que le référendum ne devienne, à terme, l’instrument permettant de contourner les dispositions constitutionnelles relatives à la limitation des mandats présidentiels.

La guerre dans l’Est comme argument politique

L’opposition ne limite pas son argumentaire à la question du troisième mandat. Elle estime qu’une réforme constitutionnelle dans le contexte actuel serait particulièrement dangereuse pour le pays.

La RDC reste confrontée à la guerre dans l’Est, notamment dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, où l’AFC/M23 contrôle plusieurs territoires. De l’avis des leaders de la C64, ouvrir simultanément un chantier constitutionnel pourrait accentuer les divisions internes au moment où le pays fait face à une crise territoriale et sécuritaire majeure.

La coalition redoute notamment que les tensions politiques ne viennent fragiliser davantage la cohésion nationale et la souveraineté du pays déjà mises à mal par des années de guerre dans les provinces orientales.

Septembre, mois de tous les dangers politiques ?

Avec cette marche, la C64 donne désormais un rendez-vous précis au pouvoir et à ses partisans. Le 15 septembre pourrait ainsi devenir le rendez-vous de tous les dangers depuis l’ouverture des manifestations de l’opposition contre le projet de loi référendaire. La coalition appelle les Congolais à défendre la Constitution du 18 février 2006 et le principe de l’alternance démocratique. Elle entend également maintenir la pression en faveur d’un dialogue national inclusif.

Dans ce pays où chaque camp n’hésite pas à rendre à l’autre la monnaie de sa pièce, la réponse des soutiens du pouvoir ne tardera sans doute pas. Une chose est certaine : après ce 15 août, le bras de fer ne retombe pas. Il change de date et de dimension. Le 15 septembre, la C64 veut transformer son opposition au changement constitutionnel en démonstration de force nationale. Et au cœur de cette bataille se trouve une question qui pourrait dominer la vie politique congolaise jusqu’à la prochaine présidentielle : Félix Tshisekedi quittera-t-il le pouvoir en 2028 au terme de son second mandat, comme le prévoit la Constitution ?

Serge Ouitona
Serge Ouitona, historien, journaliste et spécialiste des questions socio-politiques et économiques en Afrique subsaharienne.
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