
Longue de plus de 400 kilomètres, la route Kalemie-Manono affiche désormais 85 % d’exécution de sa première phase. Derrière ce chantier se joue une partie de l’avenir économique du Tanganyika : désenclavement des territoires, exploitation du lithium de Manono, développement de Kalemie comme plateforme logistique et ouverture vers la Tanzanie. Une transformation sur laquelle le gouverneur Christian Kitungwa entend appuyer le développement de sa province.
À mesure que les kilomètres de route sont réhabilités entre Kalemie et Manono, c’est une nouvelle géographie économique qui se dessine dans le Tanganyika. Selon l’Agence congolaise des Grands Travaux (ACGT), la première phase du chantier affiche désormais un taux global d’exécution de 85 %. Plus de 392 kilomètres d’emprise ont été dégagés, près de 378 kilomètres de couche de forme réalisés, cinq des six ponts achevés et 262 des 285 ouvrages hydrauliques programmés construits. La livraison de cette première phase est annoncée pour novembre 2026.
Lancés en octobre 2024, quelques mois après l’arrivée de Christian Kitungwa à la tête de la province, les travaux portent sur l’un des axes les plus stratégiques du Tanganyika. La route assure notamment la jonction entre les RN5 et RN33 et relie Kalemie à l’intérieur de la province. Dès le lancement du chantier, le gouverneur en soulignait l’enjeu : permettre «l’interconnexion des territoires de Nyunzu, Kongolo, Kabalo et Manono ».
Désenclaver pour développer
Dans le Tanganyika, la route est d’abord une question de développement.
L’immensité du territoire et l’état des infrastructures ont longtemps rendu difficiles et coûteux les déplacements entre les différents bassins de production et Kalemie. La modernisation de l’axe doit réduire les temps et les coûts de transport, faciliter l’approvisionnement des villes et permettre aux productions agricoles, commerciales et minières de circuler plus facilement.
Pour Christian Kitungwa, l’enjeu dépasse donc le seul chantier routier. Il s’agit de créer les infrastructures nécessaires à la valorisation des ressources de la province et de rapprocher des territoires longtemps pénalisés par leur enclavement.
Cette dimension économique s’est également manifestée récemment sur la question du péage. Après les protestations des transporteurs et opérateurs économiques, son tarif sur l’axe Manono-Kalemie a été revu à la baisse en juillet, une mesure saluée par les usagers et destinée à faciliter la mobilité et les échanges.
Mais depuis quelques mois, un autre facteur donne à cette route une importance nouvelle : le lithium.
Manono change d’échelle
Le sous-sol du Tanganyika recèle notamment de l’or, de la cassitérite, du colombo-tantalite, du wolframite, du fer, du charbon et surtout d’importantes ressources de lithium.
À Manono, les chiffres donnent la mesure du potentiel. Le ministère du Commerce extérieur estime le gisement à plus de 400 millions de tonnes de minerai. Manono Lithium prévoit une première phase de production de 500 000 tonnes de concentrés par an, avant de porter progressivement sa capacité à environ un million de tonnes annuelles.
Autrement dit, près de 2 700 tonnes de concentrés pourraient, à terme, être produites chaque jour en moyenne.
À cette échelle, disposer d’une liaison performante entre Manono et Kalemie n’est plus seulement un enjeu de désenclavement : c’est une condition de la compétitivité de la nouvelle filière.
L’ambition affichée par les autorités congolaises est par ailleurs de ne pas se limiter à l’exportation du minerai. Une partie de la production doit être transformée localement, notamment en sulfate de lithium, afin de conserver davantage de valeur ajoutée et d’emplois en RDC.
Du lithium de Manono aux marchés mondiaux
Cette nouvelle économie n’est déjà plus théorique. Le 22 juillet, au port de Kalemie, Christian Kitungwa a présidé le départ du premier navire transportant des concentrés de lithium produits à Manono vers Kigoma, sur la rive tanzanienne du lac Tanganyika.

L’événement marque l’entrée effective du Tanganyika dans les circuits internationaux d’exportation d’un minerai devenu stratégique pour les batteries, les véhicules électriques et le stockage de l’énergie.
Surtout, cette première cargaison matérialise une chaîne logistique que la province cherche désormais à consolider : Manono pour la production, la route pour l’acheminement, Kalemie comme plateforme logistique, puis le lac Tanganyika comme ouverture vers la Tanzanie et les marchés internationaux.
Kalemie, porte vers l’Océan indien
C’est là que la stratégie prend une dimension régionale. Située sur le lac Tanganyika face à la Tanzanie, Kalemie dispose d’une position susceptible d’en faire une porte d’entrée et de sortie des marchandises de la province. À mesure que l’axe avec Manono devient praticable et que les volumes miniers augmentent, cette fonction logistique peut prendre une tout autre ampleur.

Transport, stockage, maintenance, commerce, services aux entreprises et sous-traitance minière pourraient accompagner l’augmentation des flux. L’enjeu pour l’exécutif provincial sera précisément d’éviter que le lithium ne constitue une enclave minière et de faire en sorte que son exploitation irrigue davantage l’économie locale.
Pour Christian Kitungwa, le défi est désormais de transformer cette conjonction favorable en développement durable. Le Tanganyika dispose du minerai, d’une ouverture naturelle vers l’Afrique de l’Est et, progressivement, des infrastructures permettant de relier les deux.

Moins de deux ans après le lancement des travaux, les 85 % d’exécution de la première phase de la route Kalemie-Manono prennent ainsi une signification qui dépasse largement le chantier lui-même. Cette route pourrait devenir l’axe autour duquel s’organisera une partie de la nouvelle économie du Tanganyika.




