RDC : « L’Est du pays n’est plus en crise, il est en effondrement », Néné Bintu


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RDC : "L’Est du pays n’est plus en crise, il est en effondrement", Néné Bintu
Néné Bintou Iragi

Les violences armées, l’exploitation des ressources minières et l’épidémie d’Ebola continuent d’aggraver la situation dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Devant le Conseil de sécurité des Nations unies, Néné Bintu Iragi, représentante de la société civile du Sud-Kivu, a alerté sur la dégradation des conditions de vie des populations, et a lancé un appel à des mesures concrètes pour protéger les civils.

Depuis plusieurs mois, les processus de Washington, de Doha et de l’Union africaine se succèdent pour tenter de ramener la paix dans l’est de la RDC. Le gouvernement congolais et l’Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23) ont repris leurs discussions en août en Suisse. Parallèlement, les premières missions du mécanisme de vérification du cessez-le-feu ont été déployées à Minembwe, dans le Sud-Kivu, puis à Masisi, au Nord-Kivu.

Mais ces avancées diplomatiques coexistent avec une situation sécuritaire toujours instable. Selon James Swan, chef de la MONUSCO, les affrontements se poursuivent dans les territoires de Masisi et Walikale, au Nord-Kivu, tandis que les violences persistent dans les hauts plateaux du Sud-Kivu. L’utilisation d’armes lourdes et de drones continue de provoquer des déplacements de populations et de compliquer l’accès humanitaire.

« L’Est n’est plus en crise, il est en effondrement »

C’est dans ce contexte que Néné Bintou Iragi, présidente de la Coordination du bureau de la société civile du Sud-Kivu, a alerté les membres du Conseil de sécurité. « L’Est n’est plus en crise, il est en effondrement », a-t-elle déclaré. Dans les zones contrôlées par l’AFC/M23, elle a dénoncé des exactions contre les civils ainsi que la mise en place d’une administration parallèle imposant des taxes aux populations.

La représentante de la société civile a également placé l’exploitation des ressources minières au cœur de la crise. Elle a dénoncé ce qu’elle présente comme une « guerre économique » alimentée par les minerais. Pour elle, le contrôle des ressources naturelles et les revenus tirés de leur exploitation contribuent à entretenir la guerre. Elle a par ailleurs appelé toutes les parties à respecter le droit international humanitaire et les droits humains.

Ebola aggrave une situation déjà fragile

À la crise sécuritaire s’ajoute désormais une urgence sanitaire. Au 28 septembre, la RDC comptait 8 067 cas confirmés d’Ebola et 3 901 décès dans sept provinces, selon les données présentées par James Swan au Conseil de sécurité. L’Ituri reste l’épicentre de l’épidémie, tandis que le nombre de cas augmente également au Nord-Kivu, où l’insécurité complique le travail des équipes sanitaires.

Cette flambée est devenue la plus importante et la plus meurtrière jamais enregistrée en RDC. La MONUSCO apporte un soutien logistique à la riposte menée par les autorités congolaises avec l’appui de l’Organisation mondiale de la santé. James Swan a appelé toutes les parties à garantir un accès humanitaire sûr et sans entrave.

Les besoins humanitaires restent considérables. Le plan humanitaire révisé des Nations unies, qui prévoit 2,13 milliards de dollars pour venir en aide à 10,7 millions de personnes parmi les plus vulnérables, n’était financé qu’à hauteur de 50,5 % au 28 septembre.

Face à cette situation, Néné Bintou Iragi estime qu’une réponse militaire ne peut suffire. Elle plaide pour un dialogue politique inclusif, la diplomatie et le renforcement de la confiance entre les parties. Pour James Swan également, l’enjeu consiste désormais à transformer les engagements pris dans les différents processus de paix en résultats concrets sur le terrain.

Casimir Vodjo Kpenou
LIRE LA BIO
Vodjo Kpenou Casimir est un journaliste béninois basé à Cotonou, titulaire d'une licence en journalisme de l'Institut Universitaire Panafricain de Porto-Novo (2019). Il a forgé son expérience dans des rédactions web africaines. Engagé dans la lutte contre la désinformation, il est membre actif de l'African Fact-Checking Alliance et contributeur au réseau Wikipédia pour l'Afrique francophone.
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