
Depuis Moscou, Félix Tshisekedi a réaffirmé ses conditions pour la tenue d’un dialogue national en République démocratique du Congo. Le président exclut toute participation de ceux qu’il considère comme des relais du Rwanda et exige que la réconciliation passe par la justice. Une position qui relance le débat sur l’inclusivité d’un processus censé rassembler les Congolais, alors que plusieurs mouvements d’opposition réclament un dialogue sans exclusive.
Félix Tshisekedi ne veut pas d’un dialogue national qui servirait de tribune à ceux qu’il accuse de défendre les intérêts de Kigali en République démocratique du Congo (RDC). Devant des membres de la diaspora congolaise réunis à Moscou, vendredi 30 octobre, le chef de l’État a de nouveau posé ses conditions à la participation aux prochaines assises. « On ne va pas faire le dialogue avec les supplétifs des Rwandais », a-t-il lancé.
Cette déclaration intervient alors que les appels à un dialogue inclusif se multiplient, aussi bien au sein de l’opposition congolaise que parmi les partenaires internationaux de Kinshasa. Elle pose une question centrale : qui décidera des acteurs autorisés à participer à une réconciliation nationale ?
La réconciliation, mais pas au prix de l’impunité
Pour prendre part au dialogue, les personnes soupçonnées d’avoir collaboré avec Kigali devront, selon Tshisekedi, rompre publiquement avec leurs anciens alliés et dénoncer leurs liens avec le Rwanda. Le président considère qu’un dialogue auquel participeraient des acteurs poursuivant un agenda extérieur ne pourrait servir les intérêts de la nation.
Il a notamment évoqué des revendications concernant l’inscription du kinyarwanda parmi les langues nationales et une éventuelle gestion commune de Goma, qu’il présente comme des illustrations de l’influence rwandaise. Ces accusations, formulées par le chef de l’État, ne permettent toutefois pas, à elles seules, d’établir les responsabilités individuelles des personnes susceptibles d’être exclues du dialogue.
Le dirigeant congolais refuse également que les négociations politiques débouchent sur un simple partage des postes au sein des institutions. À ses yeux, la sortie de crise doit s’accompagner d’un examen des responsabilités dans les violences qui ont endeuillé le pays. Ceux qui ont participé aux massacres de Congolais ne sauraient retrouver une place dans les institutions sans répondre de leurs actes. « Cette fois-ci, ça ne se fera pas sans la justice », a-t-il insisté.
Cette exigence répond à une critique récurrente des accords politiques conclus au fil des crises congolaises, qui ont parfois permis la réintégration d’anciens responsables de violences. Mais elle soulève une autre question : qui déterminera les responsabilités et selon quelles procédures, alors que le pouvoir entend lui-même fixer les conditions de participation au dialogue ?
Une opposition qui réclame un dialogue sans exclusive
L’initiative présidentielle, annoncée en août dernier, prévoit des consultations dans les 26 provinces avant la tenue d’assises nationales à Kinshasa. Le processus devrait durer au maximum trois mois. Mais ses modalités continuent de susciter des réserves au sein de l’opposition.
La Coalition Article 64 (C64), réunie à Rome du 25 au 27 octobre, défend une autre approche. Tout en condamnant la prise du pouvoir par les armes, cette plateforme de l’opposition, qui rassemble notamment Martin Fayulu, Moïse Katumbi et Delly Sesanga, réclame un dialogue sans exclusive. Elle dénonce également les restrictions aux libertés politiques et les projets susceptibles de remettre en cause l’alternance démocratique en 2028.
Ses responsables souhaitent rencontrer séparément Félix Tshisekedi et Joseph Kabila afin de favoriser une issue négociée à la crise. Cette démarche souligne la nécessité de distinguer l’opposition politique pacifique des acteurs directement impliqués dans la rébellion armée.
Un dialogue national sous le regard de la communauté internationale
Le Groupe de contact international pour les Grands Lacs a, lui aussi, appelé le 30 octobre à un dialogue intercongolais inclusif, tout en condamnant le recours aux armes par les mouvements rebelles. Les partenaires internationaux de la RDC défendent ainsi une double exigence : permettre aux forces politiques congolaises de participer à la recherche d’une solution, sans pour autant légitimer la violence armée.
En parallèle, les discussions de Doha entre Kinshasa et l’AFC/M23, dont les dirigeants ont annoncé la transformation en Front pour la refondation de la nation (FRN), doivent traiter spécifiquement du conflit dans l’Est. Washington presse les parties de finaliser les protocoles encore en négociation.
Reste une question que les déclarations de Moscou ne résolvent pas : qui décidera des participants au dialogue national et sur quels critères ? Si l’exigence de justice pour les victimes des violences paraît difficilement contestable, son application ne saurait dépendre des seules accusations du pouvoir. En excluant à l’avance certains interlocuteurs, Félix Tshisekedi prend aussi le risque de transformer un processus de réconciliation nationale en dialogue entre acteurs politiques déjà acquis à ses conditions.









