RDC : Martin Fayulu exige un dialogue national inclusif et met Félix Tshisekedi face à l’échéance de 2028


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Martin Fayulu
Martin Fayulu de Lamuka

Alors que le Président Félix Tshisekedi a annoncé, le 17 juillet 2026, l’organisation d’un dialogue national inclusif en République Démocratique du Congo, Martin Fayulu appelle à un processus « sincère », court et capable de traiter les causes profondes de la crise congolaise. Dans une interview accordée à RFI, l’opposant conteste notamment l’idée que le chef de l’État puisse fixer seul le cadre du dialogue et défend la participation de toutes les forces impliquées dans la crise, y compris Joseph Kabila et Corneille Nangaa.

Le dialogue national voulu en RDC entre dans une phase décisive, mais les contours du processus restent au cœur des divergences politiques. Le 17 juillet, Félix Tshisekedi a annoncé, par l’intermédiaire des responsables des confessions religieuses, son choix d’engager le pays vers un « dialogue national inclusif ». Le gouvernement avait ensuite indiqué qu’une ordonnance présidentielle devait en fixer les modalités. Pour Martin Fayulu, cette procédure ne doit toutefois pas permettre à la Présidence de déterminer seule les questions à débattre. Il réclame un dialogue de fond sur la crise politique, institutionnelle et sécuritaire qui traverse la RDC.

Martin Fayulu veut un dialogue « sincère » sur les causes de la crise

Pour le président de l’ECiDé, le futur dialogue ne doit pas être une nouvelle rencontre politique destinée à régler ponctuellement une crise. Il doit, selon lui, s’attaquer aux racines du problème congolais. « Pour nous, le dialogue doit être un dialogue sincère, un dialogue qui aborde toutes les questions qui concernent le Congo », a-t-il confié à RFI.

Martin Fayulu souhaite ainsi que soient examinées aussi bien les causes internes que les facteurs extérieurs de la crise, qu’ils soient anciens ou récents. Son objectif affiché : « mettre le pays sur les rails ». L’opposant compare cette ambition à l’esprit de la Conférence nationale souveraine organisée au début des années 1990, tout en rejetant un processus aussi lourd. Il préconise une réunion beaucoup plus resserrée, limitée à trois semaines, voire un mois, avec les responsables religieux comme médiateurs.

Le désaccord sur le rôle de Félix Tshisekedi

« C’est une réunion, un dialogue qui doit être court dans le temps. […] un dialogue qui a un seul objectif, c’est-à-dire comment sortir le Congo du trou dans lequel il est mis aujourd’hui », poursuit le responsable politique. La question du cadre juridique du dialogue constitue l’un des principaux points de friction. Le gouvernement congolais avait annoncé une ordonnance présidentielle destinée à préciser les termes et les modalités du processus.

Fayulu refuse que Félix Tshisekedi puisse déterminer lui-même les matières à traiter, considérant que le président est également une partie prenante de la crise politique. « Ce n’est pas à Félix Tshisekedi de fixer le cadre ou de fixer les matières à traiter », peste-t-il. Selon lui, le chef de l’État doit plutôt travailler avec les évêques et les pasteurs pour permettre la convocation rapide du dialogue. Cette position intervient alors que, plus d’un mois après l’annonce présidentielle du 17 juillet, le processus reste sans concrétisation complète.

Joseph Kabila et Corneille Nangaa au cœur du débat

Début août, des acteurs politiques regroupés au sein de la coalition C64 déploraient encore l’absence d’ordonnance présidentielle. Fayulu soupçonne ainsi le pouvoir de chercher à gagner du temps. Il place déjà le calendrier électoral au centre de son argumentaire. « L’échéance, c’est 2028. En décembre 2028, qu’il le veuille ou pas […] Félix doit partir », met-il en garde. L’opposant réaffirme donc son rejet de tout troisième mandat pour Félix Tshisekedi, tout en présentant 2028 comme une échéance politique incontournable.

Autre sujet sensible : la participation au dialogue de l’ancien président Joseph Kabila et de Corneille Nangaa, coordonnateur de l’AFC/M23. Fayulu estime que leur exclusion serait contradictoire avec l’objectif d’un dialogue réellement inclusif. Il s’appuie notamment sur le fait que Kinshasa négocie déjà avec l’AFC/M23 dans le cadre du processus de Doha. Le gouvernement congolais et l’AFC/M23 ont signé en novembre 2025 un accord-cadre de paix à Doha, et les discussions se sont poursuivies en 2026 sur plusieurs protocoles, notamment concernant l’accès humanitaire, la protection judiciaire et le cessez-le-feu.

Un dialogue sous pression

Fayulu estime dès lors que les acteurs impliqués dans la crise doivent pouvoir exposer leurs revendications devant un cadre national. « Non, nous disons qu’il faut que tout le monde y soit. Tous ceux qui ont contribué à la déstabilisation du Congo, qui ont des raisons, qu’ils viennent évoquer ces raisons », indique le patron de de l’ECiDé. Pour répondre à l’objection liée aux condamnations judiciaires de certains protagonistes, il invoque le précédent de la Conférence nationale souveraine, au cours de laquelle des personnes condamnées avaient pu participer après des mesures de décrispation.

La proposition de Martin Fayulu intervient dans un contexte où deux processus se superposent : le dialogue politique interne et les négociations destinées à mettre fin au conflit dans l’est de la RDC. Le processus de Doha entre Kinshasa et l’AFC/M23 continue parallèlement d’avancer, avec l’appui notamment du Qatar, des États-Unis, de l’Union africaine et de la Suisse.

Le dialogue, un instrument de gestion du temps politique ?

La MONUSCO a salué en avril les progrès réalisés sur l’accès humanitaire et la protection des civils. Pour Fayulu, le futur dialogue national doit précisément éviter que ces dossiers soient traités séparément. Il veut en faire un cadre politique global permettant d’aborder la crise sécuritaire, la gouvernance, les responsabilités et l’avenir institutionnel du pays.

À travers cette interview, l’opposant fixe donc trois exigences : un dialogue réellement inclusif, une médiation confiée aux confessions religieuses et un calendrier court. Mais surtout, il entend empêcher que le dialogue ne devienne un instrument de gestion du temps politique. Son message à Félix Tshisekedi est sans ambiguïté : pour lui, aucune manœuvre institutionnelle ne doit permettre de repousser l’échéance de 2028.

Etienne Dione
Très attaché à l’Afrique Centrale que je suis avec une grande attention. L’Afrique Australe ne me laisse pas indifférent et j’y fais d’ailleurs quelques incursions
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