RDC : la C64 se déchire sur la médiation entre Tshisekedi et Kabila


Lecture 3 min.
Les ténors de la C64
Les ténors de la C64

À peine le conclave de Rome achevé, les premières fissures apparaissent au sein de la Coalition Article 64 (C64). La volonté de ses cinq principaux dirigeants de rencontrer Félix Tshisekedi et Joseph Kabila pour favoriser un dialogue national inclusif suscite une levée de boucliers. Treize membres de la Conférence des présidents contestent cette initiative et accusent le présidium de s’affranchir des règles internes de la plateforme.

L’unité affichée à Rome n’aura pas résisté longtemps. Mercredi 28 octobre 2026, au lendemain de la clôture du conclave, treize membres de sa Conférence des présidents de la C64 ont publiquement désavoué une orientation majeure de leur direction : l’idée de jouer les intermédiaires entre Félix Tshisekedi et Joseph Kabila.

Dans leur déclaration, Jeannot Lompempe, Jean-Claude Kibala, Emery Okundji, Ados Ndombasi et plusieurs autres responsables reprochent au présidium d’avoir engagé la coalition sur une question aussi sensible sans respecter les procédures prévues par son Pacte de confiance.

Le présidium rappelé à l’ordre

Au cœur de la contestation se trouve une question de légitimité. Les signataires rappellent que la Conférence des présidents constitue l’organe décisionnel de la C64 et que le présidium ne peut lui imposer des orientations stratégiques. « Le présidium ne peut être plus grand que son Pacte de confiance, ni s’éloigner de la mission fondatrice de la coalition », avertissent-ils.

Les contestataires estiment que la C64 risque de dénaturer sa vocation en s’improvisant médiatrice entre un chef de l’État qu’elle combat et un ancien président désormais à la tête d’un mouvement armé. Joseph Kabila dirige en effet le Front pour la refondation de la nation (FRN), mouvement politico-militaire annoncé le 12 octobre à Goma, dont Corneille Nangaa et Bertrand Bisimwa sont vice-présidents. À leurs yeux, la priorité demeure la défense de la Constitution, des libertés démocratiques et de l’alternance politique. Ils préfèrent confier la facilitation d’un dialogue national à la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), à l’Église du Christ au Congo (ECC), à l’Union africaine et aux partenaires internationaux.

Une coalition fragilisée au mauvais moment

Cette contestation survient alors que Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Jean-Marc Kabund, Augustin Matata Ponyo et Delly Sesanga venaient de tenter de donner une nouvelle impulsion à leur plateforme. Réunis à Rome les 26 et 27 octobre, les cinq opposants avaient annoncé leur intention de rencontrer séparément Félix Tshisekedi et Joseph Kabila. Ils avaient également condamné toute modification constitutionnelle destinée à prolonger le mandat présidentiel, tout report des élections prévues en 2028, ainsi que le recours aux armes pour conquérir le pouvoir.

Les treize contestataires réclament par ailleurs la libération immédiate de personnes détenues dont le porte-parole de la coalition, Prince Epenge, empêché de se rendre à Rome. Cette fronde place la C64 dans une position inconfortable car comment pourrait-elle contribuer à réconcilier les protagonistes de la crise congolaise si ses propres dirigeants peinent à s’accorder sur la démarche à suivre ? Pour une coalition qui ambitionne de défendre l’ordre constitutionnel et de peser sur l’avenir politique du pays, le défi commence manifestement en son sein. : elle s’apprête à porter sa démarche à l’extérieur alors que ses propres instances la contestent. Selon l’agence italienne Nova, ses dirigeants envisagent une tournée à Paris et Bruxelles, puis à Luanda et Brazzaville.

Serge Ouitona
Serge Ouitona, historien, journaliste et spécialiste des questions socio-politiques et économiques en Afrique subsaharienne.
Newsletter Source préférée