
Né en Israël de parents venus du Maroc, l’ancien chef d’état-major pourrait devenir le premier Premier ministre mizrahi du pays. Au soir des législatives du 27 octobre, les sondages de sortie des urnes placent son camp devant celui de Benjamin Netanyahou, mais loin de la majorité.
Dans la bataille pour remplacer Benjamin Netanyahou, Gadi Eisenkot porte une histoire familiale longtemps restée aux portes de la direction du gouvernement israélien. Ses parents sont des juifs marocains. Lui est né à Tibériade, en 1960, avant de grandir à Eilat. À 66 ans, le dirigeant du parti Yashar pourrait devenir le premier Premier ministre issu des communautés mizrahies, ces juifs originaires du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord.
Rien n’est joué. Mardi soir, les sondages de sortie des urnes de Kan et des chaînes 12 et 13 accordaient 52 à 53 sièges au bloc d’Eisenkot, contre 50 à celui de Netanyahou. Le Likoud restait le premier parti (24 à 25 sièges), devant Yashar (21 à 23). Seule la chaîne 14 donnait 60 sièges au camp du Premier ministre sortant. Aucun bloc n’atteignait les 61 élus nécessaires à une majorité, dans un scrutin marqué par une participation proche de 78 %, inédite depuis 1999.
Eisenkot a vu dans ces chiffres un désaveu de Netanyahou et a promis de former au plus vite un gouvernement « sioniste ». Ce ne sont pourtant que des projections : le Comité central des élections a entamé le dépouillement et prévoit de publier les résultats définitifs jeudi 29 octobre à midi.
Des racines marocaines devenues un argument électoral
Son nom peut tromper sur ses origines. Eisenkot est pourtant bien le fils d’immigrés juifs marocains, élevé dans une famille modeste du sud d’Israël. Son père travaillait dans les mines de cuivre de Timna, près d’Eilat. Ce parcours l’éloigne de l’image des élites européennes auxquelles est associé Netanyahou.
Cette filiation a trouvé une traduction très concrète dans la campagne. À Sdérot, ville où la présence juive marocaine est importante, des affiches favorables à Eisenkot mêlaient hébreu et arabe marocain : « Rosh Memshala Dialna », soit un Premier ministre « à nous », a relevé Deutsche Welle. Le message s’adressait à des électeurs traditionnellement acquis à la droite.
Dans l’histoire israélienne, les populations mizrahies ont subi des discriminations et une relégation sociale, notamment dans les villes périphériques. Leur poids électoral n’a pourtant jamais porté l’un des leurs à la tête du gouvernement, occupée depuis 1948 par des responsables d’ascendance européenne.
Un faucon venu de l’état-major
La trajectoire d’Eisenkot s’est d’abord construite dans l’armée. Engagé dans la brigade Golani en 1978, il a gravi les échelons jusqu’à devenir chef d’état-major, de 2015 à 2019. Son autorité publique repose largement sur cette carrière, et sur un deuil : son fils Gal a été tué à Gaza en décembre 2023.
Il reste associé à la doctrine dite de Dahiya, qui prévoit l’emploi d’une force disproportionnée contre les zones utilisées par les groupes armés, avec des destructions d’infrastructures civiles, et qu’il a revendiquée pendant la campagne, selon Reuters. Son opposition à Netanyahou n’en fait donc pas une figure de rupture avec les pratiques militaires israéliennes.
Une ascendance qui ne dit rien de sa politique
L’éventualité d’un Premier ministre d’ascendance marocaine possède une force symbolique particulière pour le Maghreb. Elle ne permet cependant pas de présumer sa politique envers les Palestiniens. Durant la campagne, Eisenkot a rejeté la création d’un État palestinien et défendu la colonisation, à condition qu’elle soit « légale » et serve l’intérêt national, d’après Reuters.
Une majorité encore introuvable
Les partis arabes, crédités d’un nombre record de 17 à 20 sièges, pèsent lourd dans l’arithmétique. Or Eisenkot a exclu de s’allier avec eux, maisnil peut cependant accepter leur soutien pour acceder au pouvoir. Une fois les résultats officiels proclamés, le président Isaac Herzog consultera les partis élus avant de confier à la personnalité la mieux placée la tâche de former un gouvernement. Si Eisenkot y parvenait, un fils de juifs marocains prendrait pour la première fois la tête de l’exécutif israélien.




