Sénégal : la rupture Faye-Sonko menace le programme FMI


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Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko
Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko

Le rejet du budget rectificatif par la majorité Pastef déborde désormais du conflit entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko. En menaçant le programme négocié avec le FMI et la restructuration de la dette, la rupture entre les deux hommes pèse directement sur le risque financier associé au Sénégal.

Au Sénégal, la crise politique a désormais un prix. En refusant d’approuver en commission, le 23 octobre, le projet de loi de finances rectificative pour 2026, les députés du Pastef ont infligé un revers au gouvernement et fragilisé le calendrier financier sur lequel repose le redressement d’un pays confronté à une dette évaluée par le FMI à 132 % du produit intérieur brut fin 2024.

La scène résume l’étrange architecture du pouvoir sénégalais. Bassirou Diomaye Faye occupe la présidence, mais son ancien allié Ousmane Sonko dirige le Pastef, qui dispose de 130 sièges sur 165 à l’Assemblée nationale. Écarté de la Primature en mai, Sonko a ensuite été élu président de l’Assemblée. Faye a, de son côté, créé sa propre formation politique et nommé Ahmadou Alhaminou Mohamed Lô à la tête d’un gouvernement dont le Pastef a refusé de faire partie.

Le Sénégal vit ainsi une situation presque inversée par rapport à une cohabitation classique car le chef de l’État et la majorité parlementaire sont issus du même projet politique, mais fonctionnent désormais comme deux pouvoirs rivaux.

Un budget sous surveillance du FMI

Le conflit porte aujourd’hui sur le budget rectificatif. Le texte ramène la prévision de croissance pour 2026 de 5 % à 2,7 % et relève le déficit public de 5,4 % à 7,6 % du PIB. Il intègre aussi l’explosion des subventions à l’énergie, qui passeraient de 250 à 790,3 milliards de francs CFA.

Le Pastef conteste certains arbitrages, les mécanismes de financement retenus et ce qu’il considère comme des garanties insuffisantes accordées au Parlement. Le Premier ministre fait valoir, lui, que le rejet du texte retarderait le paiement des entreprises du bâtiment et des travaux publics, et par ricochet de leurs salariés. Il reconnaît avoir déjà différé 295 milliards de francs CFA de dépenses prévues dans le Plan de redressement économique et social, dont les recettes n’atteignaient que 173 milliards fin septembre.

Ces désaccords techniques engagent le programme de 2,2 milliards de dollars sur trente-six mois négocié avec le FMI, qui a fait l’objet d’un accord préliminaire en septembre. Son versement dépend de l’adoption d’une trajectoire budgétaire crédible et de la mise en œuvre de la restructuration de la dette. Sans budget rectificatif, Dakar risque de retarder le soutien du Fonds, mais aussi les négociations avec ses créanciers.

Ces derniers s’organisent déjà. Selon Reuters, le comité des banques créancières, constitué après une rencontre avec le gouvernement le 25 septembre, a retenu le cabinet américain Houlihan Lokey comme conseiller financier, signe que la restructuration entre dans une phase opérationnelle.

Le souverainisme à l’épreuve de la dette

Le conflit entre Faye et Sonko repose sur deux visions du redressement. Le président privilégie une normalisation rapide avec le FMI et les créanciers. Sonko s’est longtemps opposé à une restructuration, redoutant qu’elle ne place le Sénégal sous tutelle financière et n’impose une hausse des prix de l’énergie.

Cette résistance correspond au discours souverainiste qui a porté le Pastef au pouvoir. En bloquant les instruments nécessaires au refinancement du pays, le parti risque pourtant d’aggraver la dépendance qu’il dénonce. Chaque semaine d’incertitude politique conduit les créanciers à exiger davantage de garanties et renchérit le coût du financement, ce qui réduit d’autant la marge de manœuvre budgétaire de Dakar.

Pour les investisseurs, la « prime de risque » a désormais une composante politique. Au niveau de la dette et aux recettes attendues du pétrole et du gaz s’ajoute la capacité de l’exécutif à faire voter ses textes par une Assemblée contrôlée par son ancien allié.

Le rejet en commission n’est cependant pas définitif. Le projet doit être examiné en séance plénière le mardi 27 octobre et le Pastef affirme rester disposé à négocier.

Un compromis reste possible. Mais même adopté, le budget laissera entière la question de la conduite d’une restructuration aussi sensible, alors que le président, le gouvernement et la majorité parlementaire ne partagent plus la même stratégie.

Criss Bailly
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Criss Bailly est un journaliste collaborant avec afrik.com, où il couvre une large palette de sujets allant de la politique à la culture, en passant par la santé et la société. Ses articles abordent des thématiques variées, telles que la responsabilité sociétale des entreprises en Afrique, la situation épidémiologique du Covid-19 au Gabon, ou encore des enquêtes sur des scandales internationaux impliquant des figures publiques. Il met également en lumière des figures marquantes du continent, comme l’écrivain Serge Bilé ou la chanteuse Dobet Gnahoré, à travers des interviews et des analyses approfondies. Son travail reflète un engagement à décrypter les dynamiques africaines contemporaines, tout en donnant une voix aux acteurs influents du continent.
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