Sénégal : face aux pénuries d’eau chroniques, le calvaire quotidien d’une population à sec


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Le filet d'eau d'une fontaine
Le filet d'eau d'une fontaine

Après avoir subi des vagues successives de délestages électriques, une grande partie de la population sénégalaise fait désormais face à une crise hydraulique. À Dakar comme à l’intérieur du pays, les interruptions prolongées de la distribution d’eau paralysent l’économie domestique et menacent directement l’hygiène publique. Dans un contexte sanitaire de résurgence inquiétante de la diphtérie dans la région de Ziguinchor et des alertes constantes sur les maladies tropicales en Afrique de l’Ouest, cette pénurie de liquide précieux installe une psychose générale au sein des foyers.

A Dakar,

Au Sénégal, le réveil dans les quartiers populaires de la presqu’île s’apparente chaque matin à un parcours du combattant pour les mères de famille. Dès l’aube, le constat est identique dans les concessions des Parcelles Assainies, de Grand Yoff ou de Guédiawaye : le robinet reste désespérément sec. Cette situation bloque instantanément la préparation des enfants pour l’école, une urgence quotidienne devenue impossible à gérer sans réserves préalables accumulées au milieu de la nuit.

Le calvaire matinal des familles dakaroises

« Nous vivons une double peine insupportable entre le manque d’électricité et ces coupures d’eau à n’en plus finir », s’indigne Aminata Diouf, ménagère et mère de quatre enfants résidant à Thiaroye. Pour cette famille, la vie quotidienne s’organise désormais autour du rythme des camions-citernes ou de la recherche de forages privés. « Préparer les enfants pour les cours à sept heures du matin sans une seule goutte d’eau relève du miracle. Nous devons acheter des bidons d’eau minérale au tarif fort simplement pour leur laver le visage ».

Cette rupture d’approvisionnement affecte de plein fouet le secteur éducatif, qui vient à peine de lancer sa rentrée scolaire après plusieurs reports liés aux inondations. Dans de nombreuses écoles publiques de la banlieue, les blocs sanitaires manquent d’eau courante pour assurer l’entretien de base des locaux. Les enseignants signalent des difficultés pour faire respecter les consignes élémentaires de propreté aux élèves, un facteur qui accroît la vulnérabilité des enfants face aux infections microbiennes en milieu scolaire.

Une urgence sanitaire sous la menace de la diphtérie

L’inquiétude de la population s’accentue en raison du contexte épidémiologique particulièrement lourd qui pèse sur l’Afrique de l’Ouest. Les autorités académiques et sanitaires ont récemment dû intégrer des protocoles stricts dans le Sud, notamment à Ziguinchor, pour contrer la propagation active de la diphtérie. Cette maladie bactérienne hautement contagieuse, qui affecte les voies respiratoires supérieures, exige un lavage des mains fréquent et une hygiène corporelle irréprochable pour limiter les risques de transmission directe.

« Sans eau courante aux robinets, appliquer les recommandations médicales de prévention devient une pure fiction technique », avertit le Dr Amadou Fall., médecin de santé publique dans un district sanitaire de la capitale. Selon ce praticien, la rareté du liquide précieux pousse les populations à stocker l’eau dans des récipients ouverts et mal entretenus. Ce qui a pour effets de créer des conditions favorables à la prolifération de vecteurs pathogènes. « Nous surveillons également de près la progression des maladies tropicales à nos frontières, et le manque d’assainissement actuel constitue un terreau fertile pour le retour en force du choléra ou des fièvres hémorragiques ».

Les défaillances techniques du réseau en accusation

Les usagers pointent du doigt les infrastructures de production de la société de distribution d’eau, jugées insuffisantes pour couvrir les besoins d’une population urbaine en pleine expansion démographique. Les incidents techniques sur les conduites principales de l’usine de Keur Momar Sarr (KMS) ou les baisses de tension électrique sur les stations de pompage sont fréquemment avancés pour justifier le tarissement des réseaux.

« Nous payons régulièrement des factures pour un service qui n’existe pas la majorité du temps », dénonce avec amertume Ibrahima Sall, président d’un collectif de résidents à la Patte d’Oie. Pour ce représentant communautaire, les investissements lourds annoncés par l’État dans le secteur de l’hydraulique urbaine ne se traduisent pas par une amélioration visible au niveau des compteurs des ménages. « On nous parle de forages neufs et de réseaux modernisés, mais la réalité factuelle est que nos femmes passent des nuits blanches à guetter un mince filet d’eau qui s’arrête avant six heures du matin ».

Alioune Diop
Une plume qui balance entre le Sénégal et le Mali, deux voisins en Afrique de l’Ouest qui ont des liens économiques étroits
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