
Face à une Assemblée nationale qui vient d’adopter la loi référendaire par 346 voix sur 347 votants, Salomon Kalonda appelle le Sénat et Félix Tshisekedi à empêcher son entrée en vigueur. Mais le sénateur d’opposition dispose de peu de leviers institutionnels. Son combat semble désormais autant politique que parlementaire
Salomon Kalonda prêche-t-il dans le désert ? Le sénateur d’Ensemble pour la République, formation de Moïse Katumbi, multiplie les mises en garde contre la loi référendaire, mais les rapports de force politiques ne semblent guère lui laisser de prise. Sa nouvelle interpellation du Sénat et de Félix Tshisekedi est rendue publique le 25 octobre 2026, à un moment où le projet de loi est sur le point d’atterrir au Sénat dont il est membre. Il s’agit en fait d’une lettre ouverte qu’il avait adressée le 15 juin dernier au Président Tshisekedi, qu’il a décidé de publier à nouveau, jugeant son contenu toujours pertinent au regard du processus en cours.
Vendredi 23 octobre, à l’Assemblée nationale le texte est adopté par 346 voix favorables sur 347 votants. Aucun député n’a voté contre. Une seule abstention a été enregistrée. L’opposition, qui dénonce un passage en force, n’a pas participé au scrutin. Ces chiffres résument toute la difficulté du combat engagé par Salomon Kalonda. Comment espérer renverser une dynamique parlementaire aussi favorable à la majorité présidentielle ?
Un Sénat qui a déjà donné son accord
L’obstacle est d’autant plus important que la chambre haute, sur laquelle repose désormais l’espoir du sénateur, s’est déjà prononcée favorablement sur cette proposition de loi. Le 15 juin dernier, les 89 sénateurs présents avaient voté à l’unanimité pour son adoption, après y avoir apporté plusieurs amendements. Aucun vote négatif, aucune abstention. Certes, le texte revient aujourd’hui devant eux après la prise en compte des treize réserves d’interprétation de la Cour constitutionnelle. Mais entre-temps, rien n’a changé dans l’environnement politique dont les équilibres institutionnels restent favorables au pouvoir. De leur côté, les parlementaires favorables au texte le présentent comme un instrument nécessaire à l’exercice de la souveraineté populaire.
Cependant rien ne semble émousser l’ardeur du sénateur Salomon Kalonda qui exhorte ses collègues à retrouver leur indépendance et à mesurer les conséquences historiques de leur décision. Il leur rappelle que le Sénat doit incarner la sagesse et préserver les équilibres institutionnels et comme il l’a déclaré, « Ce n’est pas une formalité. C’est un rendez-vous avec l’Histoire. »
Un appel à Tshisekedi qui se heurte à la logique du pouvoir
L’autre pari de Salomon Kalonda paraît tout aussi compliqué. Il demande à Félix Tshisekedi de ne pas promulguer la loi, alors que le chef de l’État a lui-même sollicité une nouvelle délibération pour intégrer les observations de la Cour constitutionnelle. L’autre pari de Salomon Kalonda paraît tout aussi difficile. Il demande à Félix Tshisekedi de renoncer à promulguer une loi dont le chef de l’État a lui-même sollicité le réexamen. Mais cette demande se heurte aussi à une difficulté juridique car l’article 140 de la Constitution prévoit une promulgation de droit lorsque le président ne respecte pas les délais constitutionnels. L’appel du sénateur possède donc une portée davantage politique qu’institutionnelle.
Pour convaincre, le sénateur invoque l’héritage démocratique d’Étienne Tshisekedi et les sacrifices consentis pour l’avènement de la Constitution de 2006. Il redoute, comme d’ailleurs toute l’opposition, qu’un nouveau cadre référendaire serve à contourner les limitations présidentielles et à ouvrir la voie à un troisième mandat. Une inquiétude alimentée par les propres déclarations du chef de l’État. Le 6 mai dernier, Félix Tshisekedi s’était dit disposé à revenir au pouvoir si les Congolais le lui demandaient, tout en affirmant que la réforme constitutionnelle ne devait pas nécessairement être liée à un troisième mandat. Cette ambiguïté nourrit depuis plusieurs mois les soupçons de l’opposition.
Derrière cette bataille parlementaire se joue une question autrement plus sensible : la possibilité de modifier les règles constitutionnelles qui encadrent le pouvoir présidentiel. L’article 220 de la Constitution de 2006 interdit expressément toute révision du nombre et de la durée des mandats présidentiels. Mais le nouveau dispositif référendaire soulève la question d’un changement constitutionnel plus large, susceptible de remettre en cause ces protections. La loi ne modifie pas elle-même les mandats, mais elle pourrait faciliter l’ouverture d’un processus politique en ce sens.
Faute de pouvoir infléchir directement le vote parlementaire, Salomon Kalonda semble ainsi déplacer son combat sur le terrain de la mémoire politique. En invitant les Congolais à retenir les noms des responsables qui soutiendront le texte, il cherche à inscrire leur décision dans l’histoire. Même si Kalonda sait que le vote semble presque acquis, il peut chercher à transformer une défaite parlementaire prévisible en instrument de mobilisation politique, notamment dans la perspective de 2028




