RDC : face à la rébellion de Kabila, Tshisekedi rassure mais entretient le flou sur 2028


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Félix Tshisekedi, Président en exercice de la République Démocratique du Congo
Félix Tshisekedi, Président en exercice de la République Démocratique du Congo

Félix Tshisekedi se veut rassurant face à la nouvelle menace incarnée par Joseph Kabila. Réunis samedi 24 octobre, les parlementaires de l’Union sacrée ont entendu un Président convaincu de maîtriser la situation politique et sécuritaire du pays. Mais sur la question du troisième mandat qui suscite les craintes de l’opposition, la position affichée par Félix Tshisekedi ne rassure guère.

Joseph Kabila, ancien chef de l’État, a officiellement pris le 12 octobre, à Goma, la tête du Front pour la refondation de la nation (FRN), une coalition politico-militaire qui a absorbé l’AFC/M23. Un ralliement ouvert à la rébellion pour un homme condamné à mort par contumace en septembre 2025 pour complicité avec le M23. Ce nouveau positionnement de l’ancien dirigeant continue de susciter de nombreuses réactions, y compris dans les rangs de la majorité présidentielle. C’est dans ce climat que Félix Tshisekedi a reçu, samedi 24 octobre, les députés et sénateurs de l’Union sacrée. Son message était destiné autant aux élus qu’à l’opinion nationale : la situation demeure sous contrôle.

Kabila, l’adversaire devenu ennemi

Le Président congolais a demandé à ses partisans de rester unis et de rassurer les populations. Il s’est montré confiant dans la montée en puissance des Forces armées de la RDC (FARDC), malgré les difficultés persistantes sur le terrain. Félix Tshisekedi n’a pas ménagé son prédécesseur. Il lui reproche d’avoir choisi les armes contre un pays qu’il a pourtant gouverné pendant dix-huit ans. Selon lui, Joseph Kabila aurait été contraint de sortir de l’ombre pour donner une façade congolaise à une rébellion qu’il considère comme une entreprise téléguidée depuis Kigali. « Joseph Kabila est un peureux », a-t-il lancé, selon les propos rapportés par Actualité.cd.

Le chef de l’État congolais a également accusé Paul Kagame d’avoir longtemps bénéficié d’une avance diplomatique sur Kinshasa. Il estime avoir inversé cette tendance grâce à une offensive internationale qui aurait progressivement compliqué les ambitions rwandaises dans l’Est du Congo.

L’ombre d’un troisième mandat

C’est probablement le passage le plus révélateur de cette rencontre. Abordant le dialogue national, Tshisekedi a assuré qu’il ne cherchait pas à prolonger son séjour au pouvoir. Son ambition, a-t-il expliqué, serait de rétablir la paix et de remettre le pays sur les rails. Pourtant, ses propos sur la Constitution pourraient produire l’effet inverse. « Cette Constitution, je ne l’aime pas, et vous le savez », a-t-il déclaré, toujours selon Actualite.cd, avant de renvoyer aux parlementaires la responsabilité d’une éventuelle modification. Plus troublante encore, cette précision : « Si, en 2028, vous refusez, je m’arrête là. »

Pourquoi conditionner ainsi son départ alors que la Constitution actuelle limite à deux le nombre de mandats présidentiels et que son article 220 interdit toute révision sur ce point ? Cette formulation, qui est une constante chez Félix Tshisekedi depuis quelques mois, conforte ceux qui soupçonnent le pouvoir de préparer une révision constitutionnelle susceptible d’ouvrir la voie à un troisième mandat. Surtout que l’Assemblée nationale vient d’adopter la loi relative au référendum, contestée par l’opposition. Cette opposition, réunie au sein de la C64, doit tenir les 26 et 27 octobre un conclave à Rome.

Serge Ouitona
Serge Ouitona, historien, journaliste et spécialiste des questions socio-politiques et économiques en Afrique subsaharienne.
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