RDC : Joseph Kabila à la tête du FRN, ce que révèle son rapprochement avec la rébellion


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L'ancien Président, Joseph Kabila, à Goma
L'ancien Président, Joseph Kabila, à Goma

Pendant longtemps, Joseph Kabila a contesté les accusations portées contre lui, dénoncé un procès politique et s’est présenté comme un ancien Président préoccupé par le sort de son pays. Mais l’annonce de sa désignation à la tête du Front pour la refondation de la Nation (FRN), à Goma. En plaçant son nom au sommet d’une structure politico-militaire où figurent plusieurs dirigeants de l’AFC/M23. Cette désignation, annoncée par les fondateurs du mouvement, donne une dimension nouvelle aux accusations de proximité avec la rébellion formulées depuis plusieurs mois contre l’ancien chef de l’État.

Le 9 octobre, Joseph Kabila appelait encore les Congolais à se mobiliser face à un pays qu’il estime en péril. Trois jours plus tard, il est annoncé à la tête d’un mouvement créé dans une ville contrôlée par la rébellion, aux côtés de Corneille Nangaa, de Bertrand Bisimwa et de Sultani Makenga. Le premier dirigeait jusque là l’AFC, le deuxième est une figure historique du M23 et le troisième est présenté comme chef d’état-major général de l’Armée révolutionnaire congolaise (ARC), avec rang de vice-président. Cette composition traduit une convergence politique désormais affichée entre l’ancien président et plusieurs des principaux responsables de la rébellion.

Un rapprochement déjà documenté par l’ONU

Cette réorganisation avait été envisagée plusieurs mois avant l’annonce du FRN. Dans son rapport publié en juin 2026, le Groupe d’experts des Nations unies sur la RDC évoquait déjà une restructuration possible de l’AFC/M23, accompagnée d’un changement de nom et de l’attribution d’un rôle de premier plan à Joseph Kabila. Les experts rapportaient également que l’ancien président s’était rendu à plusieurs reprises dans les territoires contrôlés par le mouvement depuis mai 2025 et avait rencontré ses principaux responsables.

L’annonce du FRN fait aujourd’hui directement écho à ces éléments. Ce qui relevait jusqu’ici de soupçons documentés par des sources onusiennes prend la forme d’un rapprochement politique et organisationnel affiché par les fondateurs du nouveau mouvement. Cela ne suffit pas à établir automatiquement toutes les accusations formulées contre Joseph Kabila et qui lui avaient valu la condamnation à mort par contumace, le 30 septembre 2025. Mais cette évolution soulève de nouvelles questions sur la nature et l’étendue de ses relations avec l’AFC/M23. L’annonce de sa présidence renforce ainsi les interrogations sur son rôle politique au sein de la rébellion, sans constituer pour autant une preuve de sa participation personnelle aux opérations armées.

Une réserve importante demeure cependant car si les fondateurs du FRN affirment avoir désigné Joseph Kabila à l’unanimité, aucune déclaration personnelle confirmant explicitement son acceptation de cette fonction n’avait été identifiée au moment de l’annonce, le 12 octobre.

Quelle place pour le dialogue face au recours à la force ?

Joseph Kabila a longtemps plaidé pour un dialogue national inclusif, présenté comme une voie de sortie à la crise congolaise. Sur le principe, le dialogue n’a rien d’illégitime. Un pays meurtri par les conflits a besoin de chercher des solutions politiques. Mais sa désignation annoncée à la tête d’une structure réunissant plusieurs dirigeants de la rébellion pose une question : comment concilier cette nouvelle responsabilité avec son appel au dialogue national ?

La déclaration politique du FRN, datée du 12 octobre, accentue cette interrogation. Le mouvement annonce vouloir combattre le pouvoir de Kinshasa « par tous les moyens y compris la force ». Il revendique également la succession de l’AFC, sans préciser séparément le devenir du M23. Ces orientations vont au-delà d’une simple opposition politique au président Félix Tshisekedi et placent la question du recours aux armes au cœur du nouveau dispositif. Encore faut-il clarifier sa propre position.

En l’absence de prise de position personnelle de Joseph Kabila sur les objectifs et les moyens du FRN, il serait toutefois prématuré d’affirmer qu’il a définitivement renoncé à toute négociation.

Serge Ouitona
Serge Ouitona, historien, journaliste et spécialiste des questions socio-politiques et économiques en Afrique subsaharienne.
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