
La situation humanitaire dans l’est de la République démocratique du Congo continue de révéler l’ampleur des violences commises lors de l’occupation rebelle d’Uvira. Dans un rapport présenté le 7 avril, le ministre congolais des Droits humains, Samuel Mbemba, affirme que plus de 14 400 femmes ont été victimes de violences sexuelles durant la période de contrôle de la ville par les rebelles de l’Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23). Ce document officiel met en lumière une crise humanitaire majeure dans la région d’Uvira, marquée par des violations massives des droits humains, des déplacements de populations et la découverte de fosses communes.
Quelques semaines après le retrait de l’AFC/M23 d’Uvira, l’horreur est révélée au monde. Un rapport rendu public par le gouvernement congolais a documenté les crimes commis par le mouvement rebelle en moins de deux mois d’occupation. Une situation qui questionne sur les intentions réelles de ce mouvement qui tente pourtant de se faire passer pour un groupe au service de la cause des populations de l’est congolais.
Des violences sexuelles massives dans un climat de terreur
Selon le rapport gouvernemental, les violences sexuelles ont été recensées dans plusieurs localités d’Uvira et dans ses environs. Ces exactions se seraient déroulées dans un contexte d’affrontements armés et d’insécurité généralisée. Le ministère des Droits humains souligne que ces viols ont été commis parallèlement à d’autres violations graves, notamment : des bombardements de zones habitées, des exécutions sommaires, des enlèvements de civils, des pillages systématiques.
Ces violences auraient particulièrement touché les femmes et les jeunes filles, souvent vulnérables dans un contexte de déplacements forcés et d’effondrement des structures de protection. Le rapport souligne également que de nombreuses victimes restent encore aujourd’hui sans prise en charge médicale ou psychologique adéquate, aggravant les conséquences sociales et sanitaires de ces crimes.
Plus de 300 000 déplacés et des femmes à la tête de ménages
Au-delà des violences sexuelles, l’occupation d’Uvira par l’AFC/M23 a provoqué une crise humanitaire d’ampleur. Selon les autorités congolaises, plus de 300 000 personnes ont été contraintes de fuir leurs habitations durant cette période. Ces déplacements massifs ont profondément bouleversé l’organisation sociale dans la région. Le gouvernement indique que de nombreuses femmes se sont retrouvées à la tête de familles déplacées, assumant seules la responsabilité : de leurs enfants, de proches âgés, parfois de membres blessés ou traumatisés.
Dans les camps de déplacés ou les zones d’accueil, ces familles vivent dans des conditions particulièrement précaires, marquées par :
- le manque de nourriture,
- l’insuffisance d’abris,
- l’accès limité aux soins de santé,
- l’insécurité persistante.
12 000 enfants privés d’école
Le conflit a également fortement affecté l’éducation. Selon le rapport, plus de 12 000 enfants ont été exposés à la déscolarisation. Plusieurs facteurs expliquent cette situation :
- la fermeture d’établissements scolaires,
- les déplacements massifs de populations,
- l’insécurité persistante dans certaines zones.
Les autorités congolaises alertent sur les risques à long terme de cette interruption scolaire, notamment :
- l’augmentation du travail des enfants,
- le recrutement dans les groupes armés,
- les mariages précoces,
- l’aggravation de la pauvreté.
Découverte de fosses communes après le retrait des rebelles
Après le retrait de l’AFC/M23 le 17 janvier 2026, les autorités congolaises affirment avoir découvert plusieurs fosses communes dans la région.
Selon le rapport :
- 115 corps ont été retrouvés dans trois fosses communes à Mayi Moto,
- 31 corps ont été découverts dans une fosse à Kilomani,
- d’autres sites ont été identifiés à Kala et Rutembo.
Ces découvertes renforcent les soupçons d’exécutions sommaires durant l’occupation rebelle. Le gouvernement indique que ces éléments font actuellement l’objet d’investigations pour établir les responsabilités.
Vers d’éventuelles poursuites judiciaires
Les rebelles de l’AFC/M23 avaient pris le contrôle d’Uvira le 10 décembre 2025, après des affrontements avec les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et des milices locales. Le 17 janvier 2026, le mouvement rebelle avait annoncé son retrait, évoquant une mesure unilatérale de confiance destinée à soutenir le processus de paix engagé à Doha. Toutefois, pour les autorités congolaises, le bilan humain et humanitaire de cette occupation reste extrêmement lourd.
Le gouvernement congolais affirme que ce rapport vise à documenter les violations présumées des droits humains en vue de possibles procédures judiciaires. Kinshasa indique vouloir utiliser ces éléments pour engager des poursuites nationales, saisir des juridictions internationales, renforcer les mécanismes de protection des civils. Ce rapport met en lumière l’ampleur des souffrances vécues par les populations civiles, en particulier les femmes et les enfants, dans une région où l’insécurité s’est installée depuis plusieurs années.




