
À moins de deux semaines de la clôture du 4e Recensement général de la population et de l’habitat, couplé au Recensement général de l’agriculture et de l’élevage, des agents recenseurs de Douala III ont engagé un mouvement de protestation. Ils dénoncent le non-paiement de leurs primes et indemnités, alors qu’ils assurent poursuivre leur mission dans des conditions difficiles.
Le malaise grandit autour du 4e Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH), couplé au Recensement général de l’agriculture et de l’élevage (RGAE), au Cameroun. Depuis vendredi 15 mai 2026, des agents recenseurs mobilisés dans l’arrondissement de Douala III protestent pour réclamer le paiement de leurs primes et indemnités.
Un sit-in devant la sous-préfecture de Douala III
Le mouvement a pris la forme d’un sit-in devant la sous-préfecture de Douala III. Selon Actu Cameroun, les agents ont menacé de paralyser le travail en reprenant le mot d’ordre « pas d’argent, pas de travail ». Le média confirme que leur revendication porte sur les indemnités qu’ils estiment leur être dues dans le cadre de cette opération nationale.
Selon plusieurs agents rencontrés, le malaise porte d’abord sur les engagements financiers non honorés. Ils affirment avoir commencé la collecte sans avoir perçu les sommes attendues au titre de la formation, du travail de terrain et des frais engagés pour les déplacements. Cette situation, disent-ils, rend leur mission de plus en plus difficile à poursuivre.
« Nous avons été formés, puis envoyés sur le terrain depuis le 24 avril 2026. Mais jusqu’ici, les promesses qui nous ont été faites ne sont pas tenues », déplore Françoise Z., agent recenseur. Pour elle, la situation pose aussi une question de confiance : « Comment demander aux agents de travailler correctement si eux-mêmes se sentent abandonnés ? »
Des conditions de terrain de plus en plus difficiles
Au-delà du paiement des indemnités, les agents dénoncent leurs conditions de travail. Plusieurs évoquent de longues distances à parcourir à pied, des journées qui se terminent tard, des difficultés de transport, mais aussi des agressions verbales ou physiques dans certains quartiers. La faim, la soif et l’absence de prise en charge suffisante sont également citées parmi les motifs de colère.
« L’heure n’est plus aux promesses. Nous voulons du concret. Tant que nos conditions de travail ne sont pas améliorées et que nos primes ne sont pas réglées, il sera difficile de continuer la collecte normalement », ajoute Françoise Z.
Cette contestation intervient alors que l’opération nationale est entrée dans sa dernière ligne droite. Le recensement a débuté le 24 avril 2026 et doit s’achever le 29 mai. Il couvre l’ensemble du territoire camerounais et vise à actualiser les données sur la population, l’habitat, l’agriculture et l’élevage. Mais il faut rappeler que le budget du recensement avait été largement revu à la baisse fin 2025.
Une opération stratégique fragilisée par la colère des agents
Le 4e RGPH, couplé au RGAE, est présenté comme une opération majeure pour la planification du développement du Cameroun. Les données collectées doivent permettre d’élaborer des politiques publiques plus adaptées, de mieux répartir les ressources et d’orienter les investissements dans les infrastructures, l’agriculture, l’habitat, la santé ou l’éducation.
L’enjeu est d’autant plus important que le précédent recensement général remonte à 2005. Vingt et un ans plus tard, le Cameroun cherche à se doter d’une photographie plus fiable de sa population et de ses réalités sociales, économiques et agropastorales.
L’opération est financée à hauteur de 13,28 milliards de francs CFA, dont 7 milliards apportés par la Banque mondiale, le reste étant pris en charge par l’État camerounais. Ce financement renforce l’incompréhension des agents qui affirment ne pas avoir reçu ce qui leur revient.
« Cette opération est importante pour le pays, personne ne le conteste. Mais pourquoi nous faire broyer du noir alors que nous avons accepté de servir ? Serons-nous encore prêts demain à nous engager pour une autre opération si les engagements ne sont pas respectés ? », s’interroge Patrice T., également agent recenseur.
Pour les grévistes, leur mouvement ne vise pas à saboter le recensement, mais à rappeler que sa réussite dépend d’abord de ceux qui le réalisent sur le terrain. À Douala III, leur message est clair : sans règlement rapide des primes et indemnités, la collecte pourrait perdre en efficacité, au moment même où le Cameroun attend des données fiables pour préparer ses politiques publiques des prochaines années.



