
Présenté le 23 octobre au Parlement, le premier projet de loi de finances du gouvernement de Fatima Ezzahra El Mansouri exonère d’impôt sur le revenu les salaires nets inférieurs à 10 000 dirhams. Les jeunes partis vers Ceuta cet été n’en verront pas la couleur car sans revenu déclaré, ils ne paient pas l’IR. Ils acquittent en revanche la TVA, qui rapportera près de deux fois plus à l’État en 2027.
Une exonération calibrée pour les salariés déclarés
Devant les deux chambres réunies, Fouzi Lekjaa a mis en avant le fait que 87 % des salariés n’acquitteront plus l’impôt sur le revenu à partir de janvier 2027. Nommé le 16 octobre ministre de l’Économie, des Finances et de la Performance publique, l’ancien ministre délégué au Budget porte une réforme étalée jusqu’en 2031. Le revenu net annuel exonéré passe de 40 000 à 60 000 dirhams, et le barème doit à terme se réduire à trois taux, de 10 % à 30 %. Le seuil de 10 000 dirhams nets mensuels avancé par le ministre est un ordre de grandeur destiné à rendre la réforme lisible, souligne Médias24, le détail dépendant du barème transitoire. Le gain attendu tourne autour de 500 dirhams par mois pour la majorité des bénéficiaires, pour un coût budgétaire de 5,5 milliards de dirhams l’an prochain.
La mesure s’inscrit dans une enveloppe de 62 milliards de dirhams consacrée aux priorités sociales. Les crédits de la santé augmentent de 7 %, à 45,5 milliards, ceux de l’éducation de 4,6 %, à 121 milliards. Le montant minimal de l’aide sociale directe passe de 500 à 600 dirhams par mois et la pension minimale est relevée à 1 700 dirhams.
Ceux qui ont franchi la frontière n’ont pas de fiche de paie
Fin juillet, environ 80 000 personnes, en grande majorité de jeunes Marocains, sont entrées dans l’enclave espagnole. La plupart sont depuis rentrées. Interrogé par l’agence avant les législatives du 23 septembre, le politologue Mohamed Masbah, directeur du Moroccan Institute for Policy Analysis, y voyait une forme nouvelle de protestation sociale, par laquelle beaucoup de citoyens ont signifié leur sortie physique de la vie politique marocaine.
Cette population recoupe mal celle des contribuables. Le Haut-Commissariat au Plan dénombre 2,9 millions de Marocains de 15 à 29 ans qui ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation (les « NEET », selon les données de 2023 publiées en avril 2026). Plus de 72 % sont des femmes et environ trois sur quatre n’ont aucune qualification certifiée. Chez les 15-24 ans, le chômage a atteint 37,2 % en 2025 ; c’est la seule tranche d’âge où il a progressé cette année-là. Toutes générations confondues, seules 18,1 % des femmes participaient au marché du travail au deuxième trimestre 2026.
Exonérés de l’IR, pas de la TVA
Dire que ces jeunes échappent à l’impôt serait pourtant inexact. Faute de salaire déclaré, ils ne paient pas l’IR, mais chaque achat soumis à la TVA les met à contribution. Le projet de loi de finances attend 137,5 milliards de dirhams de cette taxe en 2027, contre 71,5 milliards pour l’impôt sur le revenu. Plusieurs produits de base en sont exonérés. Une étude du centre de recherche canadien CIRANO, fondée sur l’enquête panel des ménages de l’ONDH, concluait toutefois en 2023 que la TVA marocaine reste régressive dans sa forme actuelle : elle pèse proportionnellement davantage sur les ménages modestes, quand l’IR est progressif.
L’allègement phare du budget porte ainsi sur un prélèvement que les jeunes sans emploi n’acquittent pas. Les dispositions susceptibles de les toucher se trouvent ailleurs dans le texte : la réforme annoncée des circuits de distribution des produits de première nécessité, des exonérations sur certaines importations alimentaires essentielles et un impôt sur les sociétés porté à 40 % pour les importateurs et distributeurs d’hydrocarbures dont le bénéfice net atteint 100 millions de dirhams. Le texte vise les profits de ces entreprises, pas le prix à la pompe, et son effet sur les étiquettes reste à démontrer.
6 milliards pour la jeunesse, 200 000 places par an
Pour la jeunesse, le gouvernement met en avant un programme national intégré 2027-2031, doté d’environ 6 milliards de dirhams dès l’an prochain. Il prévoit de former chaque année 100 000 jeunes selon les besoins exprimés par les entreprises, d’offrir une première expérience professionnelle à 100 000 autres et d’accompagner 12 000 entreprises. Les orientations validées en Conseil des ministres le 17 octobre reconnaissaient que les programmes sectoriels dispersés des années précédentes avaient montré leurs limites.
Rapportées aux 2,9 millions de NEET recensés, ces 200 000 places annuelles en représentent environ 7 %, à condition qu’elles leur soient effectivement destinées. Le Fonds de promotion de l’emploi des jeunes dispose par ailleurs de près de 2 milliards de dirhams. L’enveloppe jeunesse et le coût de la baisse de l’IR sont du même ordre de grandeur, mais l’exonération s’appliquera mécaniquement sur les bulletins de salaire dès janvier, alors que le programme suppose d’ouvrir des places de formation et d’aller chercher des jeunes souvent éloignés de tout guichet.
Une jeunesse absente des rôles fiscaux et des listes électorales
Le calendrier politique éclaire ces arbitrages. Les 18-24 ans représentent environ 12 % de la population mais seulement 3 % des inscrits sur les listes électorales, selon les chiffres officiels cités par Reuters avant le scrutin. Le PAM de la nouvelle cheffe du gouvernement promettait pendant la campagne environ un million d’emplois sur la législature, un engagement partagé par le RNI. Sa coalition avec l’Istiqlal, l’USFP et le PPS dispose de 207 sièges à la Chambre des représentants.
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La marge budgétaire reste étroite. Rabat maintient son objectif d’un déficit limité à 3 % du PIB, alors que l’estimation de croissance pour 2026, fixée à 5,3 % en juillet, a été ramenée à 4,7 %. Le gouvernement annonce dans le même temps 400 milliards de dirhams d’investissement public en 2027, en partie liés aux chantiers du Mondial 2030. L’examen parlementaire qui s’ouvre dira si l’opposition parvient à déplacer une partie de l’effort vers ceux que l’exonération ne concerne pas.




