Maroc : face aux milliardaires, Fatima Ezzahra El Mansouri peut-elle bousculer le système ?


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De la mairie de Marrakech à la Primature : l’ascension de Fatima Ezzahra El Mansouri
Fatima Ezzahra El Mansouri

Première femme nommée cheffe du gouvernement au Maroc, Fatima Ezzahra El Mansouri succède à Aziz Akhannouch, grandr fortune du pays selon Forbes. Carburants, dessalement, marchés publics : la patronne du PAM a dénoncé les conflits d’intérêts pendant la campagne. Elle a pourtant siégé cinq ans dans le gouvernement du milliardaire.

Le symbole est fort. Mardi 29 septembre, au palais royal de Rabat, Mohammed VI a confié la tête du gouvernement à une femme, pour la première fois dans l’histoire du Royaume. Fatima Ezzahra El Mansouri remplace à ce poste Aziz Akhannouch, patron du groupe Akwa et du RNI, dont Forbes évalue la fortune à 1,6 milliard de dollars en 2026. Seuls deux autres Marocains figurent dans ce classement : le banquier Othman Benjelloun (Bank of Africa, 1,7 milliard) et le promoteur Anas Sefrioui (Addoha, 1,3 milliard).

La nomination fait suite à la victoire du Parti authenticité et modernité (PAM) aux législatives du 23 septembre, où il a remporté 97 sièges. Le Roi s’est conformé à l’article 47 de la Constitution, qui impose de choisir le chef du gouvernement au sein du parti arrivé en tête. De la mairie de Marrakech à la Primature, l’ascension de cette avocate de 50 ans pose une question quenla GEN Z 212 a mis sur la place publique : la nouvelle cheffe du gouvernement a-t-elle les moyens, et la volonté, de s’attaquer aux positions dominantes qui structurent l’économie marocaine ?

Une femme du sérail, ministre du gouvernement Akhannouch

El Mansouri n’arrive pas en outsider car depuis 2021, elle était ministre de l’Aménagement du territoire national, de l’Urbanisme et de l’Habitat dans le gouvernement Akhannouch, le PAM étant alors l’un des piliers de la coalition avec le RNI et l’Istiqlal. Elle cumulait cette fonction avec la mairie de Marrakech et coordonne depuis 2024 la direction collégiale de son parti, au sein duquel elle évolue depuis plus de quinze ans.

Ce parcours lui donne une connaissance intime de l’appareil d’État et des réseaux qui comptent. Il la rend aussi comptable du bilan d’un exécutif dont elle entend désormais corriger les excès.

Carburants, dessalement : les dossiers qui fâchent

Pendant la campagne des législatives, El Mansouri a choisi un terrain sensible. Le 26 août, lors d’un meeting à Youssoufia, elle a lancé : « Quand on parle de conflits d’intérêts, nos responsables ne font pas l’autruche. » La pique visait sans le nommer Aziz Akhannouch, mis en cause à plusieurs reprises pour le mélange entre ses fonctions et les intérêts de son groupe.

Deux dossiers ont nourri ces critiques. En novembre 2023, le Conseil de la concurrence a conclu une transaction de 1,84 milliard de dirhams avec les distributeurs de carburants, dont Afriquia, filiale du groupe Akwa, pour entente sur les prix. Le même mois, un consortium associant Afriquia Gaz, Green of Africa et l’espagnol Acciona a remporté le marché de la future station de dessalement de Casablanca, un contrat attribué alors que le patron du groupe dirigeait le gouvernement.

Reste à transformer ces attaques en règles déontologique, alors que le PAM a gouverné cinq ans aux côtés du RNI sans faire de ce sujet une priorité.

Une croissance qui profite à peu

L’enjeu dépasse le cas d’un homme et c’est en réalité tout un systeme qui doit etre questionné. L’économie marocaine progresse : l’OCDE table sur une croissance de 5 % en 2026, portée par le rebond agricole et l’investissement public. Elle crée pourtant trop peu d’emplois. Selon les résultats annuels 2025 du Haut-Commissariat au Plan, le pays a gagné 193 000 emplois nets l’an dernier, mais le chômage atteint 37,2 % chez les 15-24 ans, 20,5 % chez les femmes et 19,1 % chez les diplômés.

La Banque mondiale, qui soulignait dès 2024 « la faible capacité de création d’emplois » de l’économie marocaine, a relevé dans plusieurs travaux que des entreprises politiquement connectées bénéficient d’avantages qui freinent l’arrivée de nouveaux concurrents. L’OCDE pointe de son côté une forte concentration dans plusieurs secteurs, dont le BTP, le sucre, les cliniques privées et les télécommunications, et recommande de renforcer les moyens du Conseil de la concurrence.

Les fruits de cette croissance irriguent mal les PME et les salaires, en particulier dans les régions restées à l’écart des grands projets sans parler d’une jeunesse qui reste a l’écart.

Jusqu’où peut-elle aller ?

Les leviers d’une cheffe du gouvernement existent avec le renforcement du Conseil de la concurrence, la transparence des marchés publics, la fiscalité, l’accès des PME au crédit ou la loi sur les conflits d’intérêts. Le FMI a lui-même appelé le Maroc à durcir sa législation sur les conflits d’intérêts, l’enrichissement illicite et les déclarations de patrimoine, ainsi qu’à mieux protéger les lanceurs d’alerte.

Son bilan au ministère de l’Habitat montre une méthode tournée vers les ménages plutôt que vers les promoteurs, ce qui est déjà un bon signe. Le programme d’aide directe au logement qu’elle a porté comptait plus de 105 000 bénéficiaires au 2 juin 2026, dont 52 % de moins de 40 ans. Cette aide sociale laisse toutefois intactes les rentes des grands groupes.

Sa marge de manœuvre reste surtout bornée par l’architecture du pouvoir. La Constitution de 2011 confère au chef du gouvernement d’importants pouvoirs exécutifs, mais c’est le Roi qui préside le Conseil des ministres, où sont délibérées les orientations stratégiques de l’État, les grandes lignes du budget et les nominations à la tête des entreprises publiques stratégiques. Le premier groupe privé du pays, Al Mada, présent dans la banque, les mines et la distribution, est par ailleurs contrôlé par la famille royale.

Le projet de loi de finances 2027, que son gouvernement doit présenter au Parlement dans les prochaines semaines, offrira un premier test ou on verra jusqu’où la cheffe du gouvernement est prête à aller face à ceux dont elle a partagé le pouvoir pendant cinq ans.

Zainab Musa
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Zainab Musa est une journaliste collaborant avec afrik.com, spécialisée dans l'actualité politique, économique et sociale du Maghreb et de l'Afrique de l'Ouest. À travers ses enquêtes approfondies et ses analyses percutantes, elle met en lumière des sujets sensibles tels que la corruption, les tensions géopolitiques, les enjeux environnementaux et les défis de la transition énergétique. Ses articles traitent également des évolutions sociétales et culturelles, notamment à travers des reportages sur les figures influentes du Maroc et de l’Algérie. Son approche rigoureuse et son regard critique font d’elle une voix incontournable du journalisme africain francophone.
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