
Alors que les élections législatives marocaines se déroule ce 23 septembre, Fatima-Zahra El Mansouri apparaît comme l’un des visages les plus exposés du Parti authenticité et modernité (PAM), deuxième force sortante de la Chambre des représentants avec 87 sièges. Ministre, maire de Marrakech et coordinatrice nationale de la direction collégiale de son parti, elle est elle-même candidate dans la circonscription de Médina-Sidi Youssef Ben Ali, où elle a déjà été élue en 2016 et en 2021. Un scrutin local qui s’inscrit, pour elle, dans une bataille beaucoup plus nationale.
À 50 ans, Fatima-Zahra El Mansouri n’est plus une nouvelle venue dans la politique marocaine. Née à Marrakech le 3 janvier 1976, avocate de formation et diplômée de droit de l’université de Montpellier, elle a construit sa carrière au sein du PAM, créé en 2008. Dès l’année suivante, elle réalise une percée remarquée en devenant maire de Marrakech, la première femme à diriger la ville et la deuxième femme élue à la tête d’une grande commune marocaine, après Asmaa Chaâbi à Essaouira.
Marrakech, son principal ancrage politique
C’est dans la ville ocre que s’est construite l’essentiel de sa carrière. Maire de juin 2009 à septembre 2015, elle retrouve la présidence du conseil communal en septembre 2021, à l’issue des élections locales du 8 septembre. Entre-temps, elle s’est imposée dans les instances nationales du PAM, dont elle préside le Conseil national depuis 2016.
Son retour à la mairie coïncide avec sa nomination, le 7 octobre 2021, comme ministre de l’Aménagement du territoire national, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la ville dans le gouvernement d’Aziz Akhannouch, fonction qu’elle occupe toujours. Elle cumule ainsi une expérience locale et gouvernementale assez rare parmi les principales figures de la campagne actuelle.
Cette double implantation est aujourd’hui au centre de sa campagne. À Marrakech, El Mansouri met en avant les projets d’infrastructures, d’aménagement et de rénovation urbaine engagés par la municipalité. Ses adversaires peuvent, à l’inverse, confronter ce bilan aux attentes quotidiennes des habitants et, plus largement, au bilan de la coalition gouvernementale RNI-PAM-Istiqlal au pouvoir depuis 2021.
Du rôle de ministre à celui de cheffe de parti
Le changement d’échelle intervient en février 2024. Après le départ d’Abdellatif Ouahbi de la tête du PAM, le parti opte pour une direction collégiale que Fatima-Zahra El Mansouri coordonne, aux côtés de Mohamed Mehdi Bensaïd et Fatima Saadi.
La campagne de 2026 l’a installée dans ce rôle de premier plan. De Marrakech à Tanger, Berkane, Dakhla ou Benguérir, elle multiplie les meetings pour défendre le programme du PAM, présenté le 1er septembre à Rabat sous le mot d’ordre « Pour changer de cap ». Ce programme s’organise autour de cinq pactes et vingt engagements, pour un coût additionnel chiffré à 350 milliards de dirhams sur la période 2027-2031, dont 150 milliards consacrés au seul pouvoir d’achat. Le parti fixe également un objectif d’au moins un million d’emplois nets durant la prochaine législature.
El Mansouri insiste sur l’idée d’un programme conçu comme un contrat de cinq ans plutôt qu’une série de promesses électorales. Pouvoir d’achat, emploi des jeunes, logement et services publics reviennent régulièrement dans ses interventions de campagne.
Jusqu’où peut aller Fatima-Zahra El Mansouri ?
Sa visibilité alimente une autre question dans la presse marocaine : pourrait-elle devenir la première femme à diriger le gouvernement marocain ? L’hypothèse circule ouvertement, mais elle ne repose sur aucune candidature institutionnelle déclarée. Le 9 septembre, Mehdi Bensaïd, membre lui aussi de la direction collégiale du PAM, a refusé de la désigner comme la candidate automatique du parti à la Primature en cas de victoire, citant également le nom de Fouzi Lekjaa, ministre délégué au Budget et président de la Fédération royale marocaine de football, récemment rallié au parti. Selon Bensaïd, El Mansouri avait elle-même déjà écarté toute coalition du PAM avec le RNI si ce dernier arrivait en tête du scrutin.
Sa campagne n’est pas non plus exempte de turbulences. À l’été 2025, elle a fait l’objet d’une série de fuites numériques attribuées au collectif Jabaroot, qui l’accusait de conflits d’intérêts dans des opérations foncières familiales à Marrakech, des accusations qu’elle a contestées.
Le cadre constitutionnel reste, en tout état de cause, précis : l’article 47 de la Constitution prévoit que le Roi nomme le chef du gouvernement au sein du parti arrivé en tête des élections à la Chambre des représentants. Le nom du prochain chef de l’exécutif dépend donc d’abord du verdict électoral du 23 septembre.
Pour Fatima-Zahra El Mansouri, l’enjeu immédiat est de conserver son siège à Marrakech et de mesurer, à l’échelle nationale, le poids électoral d’un parti qui a passé cinq ans dans la majorité gouvernementale. Le résultat du 23 septembre dira si son bilan local et gouvernemental convainc au-delà de son fief marrakchi.





