RDC : à Goma, Kabila et le FRN mettent la MONUSCO face à leurs exigences


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James Swan et Joseph Kabila
James Swan et Joseph Kabila

Nouvellement désigné président du Front pour la refondation de la nation, Joseph Kabila a reçu à Goma, ce mardi, le responsable de la MONUSCO, James Swan. L’ancien Président congolais était, pour la circonstance, accompagné de ses lieutenants du FRN.

Joseph Kabila a reçu James Swan à Goma. Nouvellement désigné président du Front pour la refondation de la nation (FRN), Joseph Kabila a reçu ce mardi à Goma le chef de la MONUSCO, James Swan. Le mouvement se dit toujours engagé dans le processus de Doha, mais réclame le non-renouvellement du mandat de la mission, s’oppose à son redéploiement au Sud-Kivu et met en garde contre un changement de Constitution.

Une délégation onusienne de haut niveau

Arrivé à Goma la veille, James Swan était accompagné du général de brigade Givenz Kishombe Sichali, du conseiller principal Walter Lotze et de Marilyn Ngum Fru, cheffe de bureau du représentant spécial adjoint chargé des opérations et de la protection. Joseph Kabila était entouré de ses vice-présidents, Corneille Nangaa et Bertrand Bisimwa, ainsi que du colonel John Imani Nzenze et de l’ancien sénateur Moïse Nyarugabo.

La MONUSCO avait inscrit la visite dans ses consultations sur la protection des civils, l’accès humanitaire et le suivi du cessez-le-feu, dans la continuité de ses contacts avec l’AFC/M23. Après la réunion, Bertrand Bisimwa a expliqué que la délégation souhaitait mieux connaître le FRN. Aucun communiqué conjoint détaillé n’a été publié. Le compte rendu de Bertrand Bisimwa insiste davantage sur le poids politique du FRN que sur les tâches de la mission.

Le Front se présente comme le continuateur de l’AFC/M23. « Nous avons hérité de l’actif et du passif », a affirmé le vice-président du mouvement politico-militaire, qui assure que les engagements de Doha restent valables. Il a qualifié le FRN d’« agenda national » et de réaction à la « tyrannie » qu’aurait instaurée Félix Tshisekedi. Son statut à Doha reste à clarifier car Kinshasa refuse toute discussion avec un mouvement qu’il considère comme la vitrine politique de la rébellion.

La MONUSCO dans le viseur

Sur la question du renouvellement du mandat de la mission, le FRN est catégorique : il souhaite qu’il ne soit pas reconduit et que le retrait des Casques bleus se poursuive. Son vice-président a qualifié le bilan de la MONUSCO d’« échec total », tout en admettant qu’elle puisse fournir un appui logistique au mécanisme de vérification du cessez-le-feu prévu dans les arrangements de Doha.

Renouvelé en décembre 2025 par la résolution 2808, le mandat actuel expire le 20 décembre 2026. Il prévoit un appui aux mécanismes de vérification du cessez-le-feu dans les Kivu. La zone habituelle de la MONUSCO reste limitée au Nord-Kivu et à l’Ituri, après son retrait initial du Sud-Kivu ; mais des missions de vérification sont possibles dans cette dernière province si les conditions le permettent. Un redéploiement plus large n’est pas acté.

Le FRN refuse que cet appui justifie un retour des Casques bleus au Sud-Kivu. Bertrand Bisimwa juge les zones sous son contrôle stabilisées, malgré la poursuite des affrontements dans l’est du pays.

Doha sous la pression du débat constitutionnel

Le FRN demande aussi à l’ONU de dissuader Félix Tshisekedi de modifier la Constitution. Selon Bertrand Bisimwa, la Déclaration de principes, l’accord-cadre et les protocoles de Doha reposent sur le texte actuel. S’il change, « tout le processus de paix de Doha va tout simplement s’effondrer », a-t-il averti.

Cette mise en garde suit l’adoption, le 31 octobre, de la loi sur l’organisation du référendum par le Sénat, en seconde lecture. Le texte a recueilli 78 voix sur 78 votants, les sénateurs de l’opposition ayant refusé de participer à la séance. Il doit être transmis au Président pour promulgation. L’opposition redoute qu’il ouvre la voie à une révision constitutionnelle. Le 30 octobre, le Groupe de contact international pour les Grands Lacs a appelé au respect de la Constitution et rejeté explicitement le recours à la violence pour atteindre des objectifs politiques, en visant le FRN.

Dans son compte rendu, Bertrand Bisimwa a enfin accusé les forces gouvernementales et leurs alliés d’offensives à Mwenga, Shabunda, Walikale, Minembwe, Masisi et Kalehe. Il a dénoncé l’usage de drones et mis en cause les Wazalendo, l’armée burundaise et des mercenaires. À Minembwe, il affirme qu’un blocus prive les habitants de nourriture et de médicaments depuis près d’un mois, sans chiffrer les morts et les blessés annoncés. Le FRN demande que ces accusations soient transmises au Conseil de sécurité.

Serge Ouitona
Serge Ouitona, historien, journaliste et spécialiste des questions socio-politiques et économiques en Afrique subsaharienne.
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