Le FRN de Joseph Kabila, trente ans après l’AFDL de Laurent-Désiré Kabila


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L'ancien Président, Joseph Kabila, à Goma
L'ancien Président, Joseph Kabila, à Goma

Le Front pour la refondation de la nation (FRN), annoncé à Goma le 12 octobre 2026 sous la direction de l’ancien président Joseph Kabila, est plus qu’une simple fusion du Mouvement du 23 mars (M23) et de l’Alliance Fleuve Congo (AFC). Il prolonge une longue histoire de recompositions politico-militaires et d’interventions régionales dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC).

Pour comprendre ses origines, il faut remonter à l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo-Zaïre (AFDL), créée en octobre 1996 sous la direction de Laurent-Désiré Kabila. Soutenue notamment par le Rwanda et l’Ouganda, cette coalition a renversé le régime de Mobutu Sese Seko en mai 1997 [1].

Trente ans plus tard, presque jour pour jour, son fils, Joseph Kabila, prend la tête d’une nouvelle coalition politico-militaire dont les principales composantes sont issues de l’ancienne alliance AFC/M23. Le FRN marque-t-il pour autant une rupture avec ce passé ?

I. L’AFDL : l’acte fondateur

Le 17 mai 1997, les troupes de l’AFDL entrent dans Kinshasa et Laurent-Désiré Kabila accède à la présidence. Le Zaïre reprend alors le nom de République démocratique du Congo [1].

Cette victoire ne résout cependant pas les problèmes structurels du pays. Les relations entre le nouveau pouvoir et certains de ses anciens alliés se détériorent progressivement, notamment autour de la souveraineté nationale, de la présence militaire étrangère et de la sécurité régionale [2].

En 1998, une nouvelle guerre éclate. Le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD) émerge parmi les mouvements rebelles soutenus par des acteurs régionaux.

Le changement de régime obtenu par l’AFDL n’a donc mis fin ni aux rivalités régionales ni à la succession des rébellions.

II. La succession des rébellions : du RCD au M23

Malgré les accords de paix et la réunification institutionnelle du pays au début des années 2000, les tensions sécuritaires persistent dans l’Est. C’est dans ce contexte qu’émerge le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), dirigé par Laurent Nkunda, qui invoque notamment des préoccupations sécuritaires et politiques. Le soutien du Rwanda au mouvement est documenté dans le rapport S/2008/773 du Conseil de sécurité des Nations unies, daté du 12 décembre 2008 [3].

L’accord du 23 mars 2009 prévoit notamment l’intégration des combattants du CNDP dans les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC). Les contestations liées à son application contribuent à la mutinerie de 2012, à l’origine du Mouvement du 23 mars (M23).

Militairement défait en 2013, le M23 reprend les hostilités à partir de 2021 et étend progressivement ses opérations au Nord-Kivu, puis au Sud-Kivu. Plusieurs rapports des Nations unies documentent le soutien militaire renouvelé du Rwanda, notamment le rapport S/2025/446 du 3 juillet 2025 [4].

Les revendications du mouvement et les justifications avancées ont évolué au cours du conflit, dont les causes demeurent complexes. Ni les défaites militaires ni les accords d’intégration des combattants dans l’armée n’ont empêché l’apparition de nouvelles rébellions.

III. L’AFC : de la rébellion à la coalition politique

Le 15 décembre 2023, à Nairobi, Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), annonce la création de l’Alliance Fleuve Congo (AFC), aux côtés de responsables du M23.

L’AFC entend élargir le cadre politique de la rébellion en rassemblant différentes composantes autour d’un projet opposé au pouvoir de Kinshasa, tandis que le M23 en demeure la principale force militaire.

Les prises de Goma, en janvier 2025, puis de Bukavu, en février, par l’AFC/M23 renforcent son poids militaire et politique, tout en aggravant la crise humanitaire et en compliquant les négociations de paix. Le rapport S/2025/446 examine notamment l’expansion territoriale de la coalition et les activités économiques liées au contrôle de certaines zones [4].

Avec l’AFC, la rébellion se dote d’une structure politique plus large, qui porte la contestation du pouvoir central au-delà du terrain militaire.

C’est dans le prolongement de cette évolution que s’inscrit le FRN, présenté comme une nouvelle organisation destinée à restructurer la coalition et à lui donner une direction politique renouvelée [5]. Mais ce changement de cadre et de leadership suffit-il à modifier la nature du mouvement ?

IV. Le FRN de Joseph Kabila : héritier de l’AFDL ?

Le 12 octobre 2026, Joseph Kabila est annoncé à la tête du Front pour la refondation de la nation (FRN). Corneille Nangaa et Bertrand Bisimwa sont présentés comme vice-présidents, tandis que Sultani Makenga devient chef d’état-major général de l’Armée révolutionnaire congolaise (ARC), avec rang de vice-président [5, 8].

Selon la déclaration politique signée à Goma le 12 octobre, à l’issue de réunions tenues les 10 et 11 octobre, puis publiée le 13 octobre 2026, le FRN succède formellement à l’AFC, dont il annonce la fin de l’existence. Le mouvement affirme vouloir mettre fin au pouvoir de Félix Tshisekedi « par tous les moyens y compris la force » [5]. La place exacte du M23 dans la nouvelle architecture organisationnelle mérite néanmoins d’être précisée.

L’arrivée de Joseph Kabila à la tête du FRN donne à cette recomposition une dimension historique particulière. Fils de Laurent-Désiré Kabila, arrivé au pouvoir grâce à l’AFDL, il dirige désormais une coalition liée à l’ancienne alliance AFC/M23. Or, le M23 est associé à de graves violations des droits humains, tandis que le soutien militaire du Rwanda à ce mouvement est documenté dans plusieurs rapports des Nations unies [4]. L’ancien chef de l’État a lui-même été condamné à mort par contumace en 2025 par la justice militaire congolaise, notamment pour trahison et crimes de guerre, une procédure qu’il qualifie de politique, et il est visé depuis cette année par des sanctions américaines.

Le parallèle avec l’AFDL ne prouve aucune filiation institutionnelle. Mais on retrouve, à trente ans d’écart, le même schéma : une coalition armée adossée à des soutiens régionaux, qui conteste le pouvoir central et cherche à se muer en projet politique.

Quel destin pour le FRN ?

De l’AFDL au M23, en passant par le RCD, le CNDP et l’AFC, aucune de ces coalitions armées n’a réglé les causes profondes des conflits dans l’est de la RDC. Les perspectives du FRN dépendent de trois enjeux.

Le premier concerne sa crédibilité politique. Le mouvement de Joseph Kabila peut-il prétendre contribuer à la stabilisation du pays alors qu’il s’inscrit dans une dynamique de rébellion associée à de graves accusations de violations des droits humains ? Il lui faudra aussi rompre avec les pratiques antérieures et répondre des responsabilités, y compris juridiques, liées au conflit.

Vient ensuite l’avenir des processus de paix. L’accord de Washington, signé le 27 juin 2025 entre la RDC et le Rwanda, et le processus de Doha, qui a notamment abouti à un accord-cadre signé le 15 novembre 2025 entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23, constituent deux démarches distinctes mais complémentaires dans la recherche d’une solution politique [6, 7]. Que deviennent ces engagements maintenant que l’AFC, signataire de l’accord-cadre de Doha, a cédé la place au FRN ? De nouveaux pourparlers sont pourtant attendus au Qatar en novembre.

Reste la question économique. Les immenses richesses du sous-sol de l’Est congolais, notamment l’or, le coltan et la cassitérite, attisent les convoitises et alimentent des intérêts qui dépassent largement les frontières de la RDC. Le rapport S/2025/446 documente notamment, dans ses paragraphes 112 à 115, les mécanismes de contrôle et de taxation des activités minières dans la région de Rubaya, les circuits de contrebande et le pillage de minerais à Goma et à Bukavu [4].

L’exploitation et la commercialisation de ces minerais contribuent aussi à financer les groupes armés et à prolonger l’instabilité.

Le FRN de l’ancien président Joseph Kabila, désormais engagé dans la rébellion, pourrait-il ramener la paix dans une région meurtrie par trente années de conflits ?

Rien n’est moins sûr !

Références et sources

[1] Immigration and Refugee Board of Canada, Research Directorate. Zaïre / République démocratique du Congo : chronologie des événements janvier-juillet 1997, 1er août 1997. https://www.refworld.org/reference/countryrep/irbc/1997/97103

[2] Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme. Rapport du Projet Mapping concernant les violations les plus graves des droits de l’homme et du droit international humanitaire commises entre mars 1993 et juin 2003 sur le territoire de la République démocratique du Congo, août 2010.

[3] Conseil de sécurité des Nations unies, Groupe d’experts sur la RDC. Rapport final, document S/2008/773, 12 décembre 2008.

[4] Conseil de sécurité des Nations unies, Groupe d’experts sur la RDC. Lettre datée du 3 juillet 2025 adressée au Président du Conseil de sécurité, document S/2025/446. Voir notamment les paragraphes 112 à 115.

[5] Front pour la refondation de la nation (FRN). Déclaration politique, Goma, 12 octobre 2026. Publiée par Réveil FM International le 13 octobre 2026.

[6] République démocratique du Congo et République du Rwanda. Accord de paix, 27 juin 2025.

[7] Gouvernement de la RDC et AFC/M23. Accord-cadre de Doha pour un accord de paix global, 15 novembre 2025.

Faustin Kabanza
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Faustin Kabanza est penseur et chroniqueur engagé, particulièrement attentif aux questions sociopolitiques, intellectuelles et humaines liées à l’Afrique, notamment à l’Afrique centrale. Linguiste et éducateur spécialisé de formation, il s’intéresse à la transmission du savoir et aux dynamiques culturelles et sociales du continent
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