RDC : cinq figures historiques bientôt consacrées Héros nationaux


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Palais du Peuple à Kinshasa
Palais du Peuple à Kinshasa

La République démocratique du Congo s’apprête à élargir le cercle de ses figures officiellement consacrées au rang de Héros nationaux. L’Assemblée nationale a adopté, ce vendredi 6 novembre 2026, une résolution en faveur de l’élévation à titre posthume de cinq personnalités qui ont marqué l’histoire politique du pays. Il s’agit de la prophétesse Kimpa Vita, du prophète Simon Kimbangu, du Dr Étienne Tshisekedi wa Mulumba et des archevêques Christophe Munzihirwa Mwene Ngabo et Emmanuel Kataliko.

La résolution vise à inscrire durablement leurs parcours dans la mémoire collective congolaise et à reconnaître leurs engagements qui ont contribué, à différentes époques, à façonner l’identité nationale. Elle trouve son origine dans une initiative du député national André Mbata, qui avait initialement proposé, en avril 2026, de consacrer Kimpa Vita, Simon Kimbangu et Étienne Tshisekedi. Les deux hommes qui ont été successivement archevêques de Bukavu, ont été ajoutées au cours du processus parlementaire.

Trois siècles de résistances

Les cinq personnalités proposées incarnent des formes différentes de résistance et d’engagement. Entre la fin du XVIIe et le début du XVIIIe siècle, Kimpa Vita, également connue sous le nom de Dona Béatrice, a conduit un mouvement religieux et politique en faveur de la restauration du royaume Kongo, alors fragilisé par les rivalités internes et la domination portugaise. Accusée d’hérésie, elle fut brûlée vive le 2 juillet 1706, après son arrestation sur ordre du roi Pedro IV. Simon Kimbangu, catéchiste baptiste devenu prophète dont le mouvement, l’Église kimbanguiste, a profondément marqué l’histoire religieuse congolaise, demeure associé à la résistance spirituelle face au système colonial. Condamné à la prison à perpétuité en 1921, il y mourut après trente années de détention.

Étienne Tshisekedi, cofondateur de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), a, quant à lui, marqué plusieurs décennies de lutte politique contre le régime de Mobutu. Les archevêques Christophe Munzihirwa et Emmanuel Kataliko sont notamment restés dans les mémoires pour leurs prises de position en faveur de la justice, de la paix et de la défense des populations dans l’Est du pays. Le premier fut assassiné à Bukavu le 29 octobre 1996, tandis que le second fut empêché par le RCD de regagner son siège de Bukavu et relégué à Butembo de février à septembre 2000, sous la pression du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD), en raison de ses dénonciations des violences dans la région. Il mourrut dans la nuit du 3 au 4 octobre de la même année à Rome des suites d’une crise cardiaque.

Une reconnaissance encore soumise à la procédure

L’adoption de la résolution par l’Assemblée nationale ne clôt pas le processus. La loi n° 25/057 du 23 décembre 2025 prévoit que l’élévation au rang de Héros national doit recueillir l’approbation des deux chambres à la majorité des deux tiers, avant la décision du président de la République, grand chancelier de l’Ordre.

Étienne Tshisekedi avait déjà été admis, en 2019, dans l’ancien ordre national « Héros nationaux Kabila-Lumumba », au grade de Grand Cordon. La démarche actuelle s’inscrit dans le nouveau cadre juridique institué en 2025. Le texte doit désormais être transmis au Sénat, qui devra à son tour l’adopter à la majorité des deux tiers de ses membres. Aucune date d’examen n’a encore été annoncée, mais la session ordinaire de septembre, qui s’achève le 15 décembre, laisse aux sénateurs quelques semaines pour se prononcer avant la fin de l’année. En cas de vote conforme, il reviendra au président Félix Tshisekedi, grand chancelier de l’Ordre, de procéder à l’élévation, y compris celle de son propre père.

Serge Ouitona
Serge Ouitona, historien, journaliste et spécialiste des questions socio-politiques et économiques en Afrique subsaharienne.
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