
À Kinshasa, la mémoire nationale s’invite au cœur du débat parlementaire. Une proposition de résolution déposée par le député André Mbata pourrait marquer un tournant dans la manière dont la République démocratique du Congo honore ses grandes figures historiques.
A ce jour, la RDC ne reconnaît que deux héros nationaux : Patrice Emery Lumumba et Laurent-Désiré Kabila. Mais de nouveaux personnages pourraient allonger cette liste. C’est en tout cas le vœu du député André Mbata qui propose d’élever au rang de héros nationaux trois personnalités emblématiques de la RDC : Étienne Tshisekedi wa Mulumba, figure majeure de l’opposition politique moderne ; Kimpa Vita, prophétesse du royaume Kongo aux XVIIe et XVIIIe siècles ; et Simon Kimbangu, symbole de la résistance religieuse à la colonisation et fondateur du mouvement à l’origine de l’Église kimbanguiste.
Une initiative pour réparer l’histoire
Derrière sa démarche, André Mbata invoque une volonté claire : réhabiliter et valoriser la mémoire collective congolaise. Pendant des décennies, le statut de héros national est resté limité à deux figures majeures : Patrice Emery Lumumba, héros de l’indépendance proclamé en 1966 par son tombeur, Mobutu Sese Seko, et Laurent-Désiré Kabila, élevé à ce rang en 2001 après son assassinat.
Selon le député, ce cadre restreint ne reflète pas la richesse historique du pays ni la diversité des luttes qui ont façonné son identité. « De nombreux autres Congolais ont mérité et mériteront encore ce statut exceptionnel », souligne-t-il en filigrane. Sa proposition s’appuie sur la récente loi de décembre 2025 portant création de l’Ordre national des Héros nationaux. Ce texte offre désormais un cadre juridique clair permettant d’élargir cette reconnaissance, en prévoyant que toute élévation au rang de héros national doit passer par une résolution adoptée aux deux tiers par le Parlement, avant d’être entérinée par le chef de l’État.
Trois figures, trois héritages
Le choix des personnalités proposées n’est pas anodin. Il reflète une volonté d’équilibre entre différentes dimensions de l’histoire congolaise. Étienne Tshisekedi incarne la lutte démocratique contemporaine. Opposant historique et cofondateur de l’UDPS, il reste une figure centrale dans la construction du pluralisme politique.
Kimpa Vita, quant à elle, renvoie à une mémoire plus ancienne, celle du royaume Kongo dont elle a lutté pour la réunification, et des résistances spirituelles face aux influences extérieures entre la fin du XVIIe siècle et le début du XVIIIe siècle. Enfin, Simon Kimbangu symbolise une autre forme de résistance, religieuse et culturelle, face à la domination coloniale belge, dont l’héritage perdure à travers l’Église kimbanguiste, aujourd’hui influente en RDC.
Tout comme le choix des personnalités, le calendrier défini par l’élu de Dimbelenge (Kasaï Central) pour déposer son projet est assez parlant. Et il se justifies. En effet, dans sa correspondance au président de l’Assemblée nationale, André Mbata plaide pour un traitement en urgence de sa proposition. L’objectif est clair : permettre au président de la République de procéder à cette reconnaissance à l’occasion du 30 juin 2026, date marquant le 66e anniversaire de l’indépendance du pays.




