Sanctions des Etats-Unis à l’encontre de Kabila : l’UDPS applaudit et réclame davantage


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Augustin Kabuya
Augustin Kabuya

Ce lundi, des centaines de manifestants ont convergé vers le boulevard Lumumba, répondant à l’appel du parti au pouvoir en RDC, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), pour soutenir les sanctions américaines contre l’ancien Président Joseph Kabila.

En RDC, les sanctions prises par les Etats-Unis contre l’ancien Président, Joseph Kabila, continuent de susciter des vagues. Après les soutiens par la parole, les militants et responsables de l’UDPS ont, eux, choisi de battre le macadam pour montrer qu’ils sont alignés sur la décision américaine, allant jusqu’à demander le lancement d’un mandat d’arrêt contre l’ancien dirigeant. Une situation un peu paradoxale sachant que Joseph Kabila a déjà été condmané à mort en RDC.

Trump porté en triomphe, Kabila agoni

L’initiative est de l’UDPS, le propre parti du Président Félix Tshisekedi. Mais à l’arrivée, d’autres formations politiques acquises à la cause du régime de Kinshasa se sont jointes à la manifestation, grossissant les rangs des marcheurs. Sur place, il y avait même des fidèles d’une église évangélique. Pour une démonstration de force, c’en était une. Affiches avec le logo de l’UDPS, portraits de Donald Trump, tout était en place pour montrer qu’on était en harmonie avec la décision du gouvernement américain dont le Président est devenu un héros aux yeux des manifestants.

En face d’un Donald Trump auréolé, il y avait Joseph Kabila rejeté, qui n’avait droit qu’à des slogans hostiles  : « Kabila maîtrisé, Kabila neutralisé, Kabila bientôt aux arrêts », pouvait-on entendre dans la foule. Cette rhétorique très offensive manifeste la tension politique persistante autour de l’ancien chef de l’Etat congolais accusé par Washington et par les autorités congolaises de soutenir la rébellion du M23 dans l’est du pays.

Un ballon nouveau d’essai pour la tentative de troisième mandat ?

Il convient de rappeler que la démonstration de force de ce jour ne procède pas du hasard. Il se situe dans un contexte géopolitique précis et sensible. La RDC a récemment conclu un accord minier stratégique avec les États-Unis, en échange d’un appui renforcé dans le domaine sécuritaire. Un partenariat qui, s’il est présenté par le pouvoir comme un levier de stabilisation, suscite des critiques au sein de l’opposition.

À un peu plus de deux ans de la fin du mandat de Félix Tshisekedi, certains observateurs de la scène politique congolaise voient dans cet accord un rapprochement opportuniste avec Washington, alimentant les soupçons d’un projet de troisième mandat agité par des proches du Président dans la foulée d’une révision éventuelle de la Constitution du pays. Dans quel but ? Peut être pour prendre le pouls de la population et de la classe politique congolaise avant de passer à l’acte. Ce lundi 4 mai, quelques voix ont, en effet, esquissé des appels à une révision constitutionnelle. Appels tempérés par les organisateurs certes, mais le message est tout de même passé.

L’appel de Kabuya aux Etats-Unis

À l’arrivée du cortège devant le Palais du Peuple, le secrétaire général de l’UDPS, Augustin Kabuya, a pris la parole devant une foule acquise à la cause. Il commence par justifier pourquoi la marche : « Nous avons convoqué cette grande marche pacifique pour montrer au monde que les Congolais sont derrière le Président Félix Tshisekedi ». Avant de lancer un appel en direction du Président américain, Donald Trump : « Nous demandons au Président américain d’ordonner l’arrestation de Joseph Kabila ». Cette déclaration traduit la volonté du pouvoir congolais de pousser la pression internationale contre l’ancien Président. Mais il n’y avait pas que Joseph Kabila dans le viseur des manifestants. Certains parmi eux ont également appelé les Etats-Unis à prendre des sanctions contre le Président rwandais, Paul Kagame, sponsor reconnu du M23.

Dans la foulée, une délégation conduite par Augustin Kabuya doit se rendre à l’ambassade des États-Unis à Kinshasa pour y déposer un mémorandum de remerciement à l’administration américaine. Le contenu précis de ce document non public s’inscrit dans une stratégie de rapprochement assumée avec Washington.

Serge Ouitona
Serge Ouitona, historien, journaliste et spécialiste des questions socio-politiques et économiques en Afrique subsaharienne.
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