
Neuf mois après leur première réunion de suivi à Washington, la RDC et les États-Unis ont fait le point, jeudi 5 novembre 2026 à Paris, sur l’application de leur partenariat stratégique. À cette occasion, les deux parties ont réaffirmé leur volonté d’accélérer leur partenariat dans divers domaines.
Signé le 4 décembre 2025 à Washington, l’Accord de partenariat stratégique (APS) porte sur les minerais critiques, les infrastructures, l’énergie et le développement économique. Un mémorandum de coopération sécuritaire a été signé le même jour. L’accord prévoit entre autres la mise en place d’une Réserve d’actifs stratégiques (Strategic Asset Reserve), destinée à identifier des actifs miniers et d’autres ressources susceptibles d’intéresser des investisseurs américains.
À Paris, les deux délégations ont examiné les avancées enregistrées depuis la première réunion du comité, tenue le 5 février 2026. Elles ont discuté des modalités de désignation des actifs éligibles à cette réserve, des conditions de mobilisation des investisseurs américains et de l’examen des projets stratégiques présentés par la RDC.
Selon le compte rendu publié par le département d’État américain, les discussions ont également porté sur l’intérêt du secteur privé américain pour la Réserve d’actifs stratégiques qui regroupe des projets de minerais critiques, d’or et de zones d’exploration non encore attribuées.
Les minerais et les infrastructures au cœur des discussions
La RDC dispose d’importantes réserves de minerais critiques, notamment de cobalt et de cuivre, recherchés pour les industries technologiques, les batteries et les équipements liés à la transition énergétique. Selon un rapport relayé par Semafor, des entreprises chinoises contrôlent 72 % des mines de cuivre et de cobalt du pays, ce qui éclaire l’enjeu géopolitique de l’accord.
Les deux gouvernements souhaitent développer des chaînes d’approvisionnement plus sûres et diversifiées. Mais Kinshasa insiste sur la nécessité de ne pas limiter cette coopération à l’extraction et à l’exportation des matières premières. La transformation locale, le raffinage, le transfert de technologies et la création d’emplois figurent parmi les retombées attendues des investissements.
Lobito, une concession signée en août
Le corridor de Lobito, qui relie les zones minières de la RDC et de la Zambie au port angolais de Lobito, a également été au cœur des discussions. Les deux partenaires ont salué la signature de l’accord de concession de la section congolaise, conclu le 26 août 2026 avec Mota-Engil Africa.
Cette concession de 30 ans porte sur la ligne ferroviaire entre Dilolo, à la frontière angolaise, et Sakania, près de la frontière zambienne, soit environ 1 000 km.
Grand Inga, un comité de gouvernance lancé le 26 octobre
Le projet hydroélectrique Grand Inga a également été abordé. Un comité de coordination et de gouvernance dédié s’était réuni pour la première fois à Paris le 26 octobre 2026, dans les locaux de la Banque mondiale, sous la coprésidence du vice-Premier ministre Daniel Mukoko Samba et de Jeremy Wiggins, du Trésor américain.
Les travaux portent sur les préparatifs techniques, financiers, institutionnels et réglementaires nécessaires à son développement, par phases. Ce projet exploiterait le potentiel hydroélectrique du fleuve Congo. « Les deux parties ont reconnu que Grand Inga pourrait constituer une plateforme structurante pour la production d’électricité fiable, l’industrialisation, la transformation des minerais, l’agro-industrie, l’intégration énergétique régionale et, plus largement, le développement économique », indique le communiqué conjoint.
Le site aurait un potentiel estimé à 42 000 MW, selon un communiqué diffusé par la RDC, alors qu’Inga 1 et 2 produisent environ 1 800 MW.
La paix dans l’Est, condition du partenariat
Au-delà des enjeux économiques, les deux gouvernements ont réaffirmé que la stabilité et le respect de l’intégrité territoriale congolaise sont indispensables à la réalisation des objectifs de leur partenariat. Ils ont également insisté sur la mise en œuvre intégrale et vérifiable des Accords de paix de Washington, ainsi que sur la protection des populations civiles et le retour volontaire des personnes déplacées dans des conditions sûres.
Sur le terrain, l’exécution de l’Accord de paix signé le 27 juin 2025 entre la RDC et le Rwanda s’établissait à 33,3 % fin octobre, contre 35 % fin juillet, selon le Baromètre des accords de paix en Afrique. Le M23, soutenu par le Rwanda, contrôle toujours Goma et Bukavu.
Un partenariat qui suscite aussi des réserves
Le partenariat entre Kinshasa et Washington fait l’objet de critiques. Dans son analyse de l’accord, la Commission Justice et Paix de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) relève un déséquilibre des engagements.
Selon la CENCO, la RDC assumerait une trentaine d’engagements fermes et précis, alors que ceux des États-Unis seraient nettement moins nombreux. Elle note aussi que l’accord est un accord-cadre, ce qui rend difficile d’identifier la contrepartie concrète côté américain.
Deux coalitions de la société civile, Le Congo n’est pas à vendre et la Coalition africaine sur les minerais verts, saluent les clauses de valorisation et de transformation locale des minerais, mais s’inquiètent du rapport de force inégal entre les deux pays, du manque de transparence et de consultation pendant la négociation, ainsi que du régime préférentiel et des avantages fiscaux accordés aux sociétés américaines.







