
Kinshasa passe de la parole aux actes. En application de l’accord de Washington, les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) ont officiellement lancé, ce dimanche 29 mars 2026 depuis Kisangani, une opération d’envergure visant le désarmement des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR). Une initiative qui s’inscrit dans les engagements sécuritaires pris entre Kinshasa et Kigali pour tenter de stabiliser l’est du pays.
Une nouvelle phase s’ouvre à partir de ce dimanche dans la crise à l’est de la RDC. En effet, ce pays a décidé de passer à l’action en lançant la lutte contre les FDLR (ce groupe est composé de rebelles hutu rwandais), conformément aux recommandations de l’accord de Washington signé en décembre dernier.
Une opération lancée depuis Kisangani
C’est au camp Général Bauma, à Kisangani, que le général Jacques Ychaligonza, commandant adjoint de l’état-major général des FARDC, a donné le coup d’envoi officiel de l’opération. À peine arrivé à l’aéroport de Bangboka, le haut gradé s’est immédiatement rendu au centre d’entraînement militaire pour présider une parade marquant le lancement de la traque des combattants FDLR.
Face aux troupes mobilisées, le général Ychaligonza a adopté un ton ferme, tout en privilégiant une approche progressive. « De gré ou de force, ils doivent nous rendre les armes. Nous n’avons pas besoin de l’effusion du sang… ils doivent se rendre pour regagner leur patrie, le Rwanda. Ce n’est pas ici au Congo », a-t-il déclaré. Ce message illustre la stratégie adoptée par l’armée congolaise : encourager la reddition volontaire avant toute opération militaire plus coercitive.
Une opération en plusieurs phases
Selon le commandement militaire, l’offensive est structurée en plusieurs étapes. La première phase, consacrée à la sensibilisation des combattants FDLR, aurait déjà été menée avec succès. Cette phase consistait à encourager les éléments armés à déposer volontairement les armes en échange de garanties sécuritaires et d’un processus de rapatriement organisé vers le Rwanda.
Les combattants qui se rendront seront regroupés à Kisangani, dans un site de cantonnement déjà aménagé à cet effet. L’objectif est d’assurer leur désarmement, leur identification et leur préparation au rapatriement. Le général Ychaligonza a insisté sur les garanties de sécurité offertes aux combattants qui accepteront de se rendre. « C’est garanti. C’est une opération qui est suivie par tout le monde, même la communauté internationale. C’est une opération qui est suivie jusqu’à ce que nous les rapatriions chez eux », a-t-il assuré.
Sur le plan opérationnel, les FARDC ont déjà mobilisé trois bataillons pour mener cette mission. Ces unités, actuellement basées à Kisangani, devraient être déployées dans un avenir proche dans les zones où la présence des FDLR est encore signalée. La mobilisation de ces forces traduit la volonté des autorités congolaises de passer rapidement à l’action, après la phase de sensibilisation.
L’accord de Washington comme cadre stratégique
Cette opération s’inscrit directement dans la mise en œuvre de l’accord de Washington signé entre la RDC et le Rwanda. Cet accord vise notamment à résoudre la question des groupes armés étrangers opérant dans l’est de la RDC, dont les FDLR constituent l’un des principaux acteurs. Depuis plusieurs années, Kigali accuse Kinshasa de tolérer la présence des FDLR sur son territoire, tandis que la RDC accuse le Rwanda de soutenir des groupes rebelles, notamment le M23. L’accord de Washington devait précisément répondre à ces accusations croisées en établissant des engagements sécuritaires réciproques. Le lancement de la traque des FDLR apparaît ainsi comme un geste concret de Kinshasa pour démontrer sa volonté de respecter les engagements pris.
Le commandement militaire congolais insiste également sur le fait que l’opération bénéficie d’un suivi international. Cette dimension vise à rassurer à la fois les combattants concernés et les partenaires régionaux. La communauté internationale, notamment les partenaires impliqués dans les négociations ayant conduit à l’accord de Washington, devrait suivre de près l’évolution de cette opération. Ce suivi international constitue également un élément de crédibilité pour Kinshasa, dans un contexte où la question des groupes armés reste au cœur des tensions régionales.
Renforcement du dispositif sécuritaire à Kisangani
Au-delà du lancement de l’opération, le général Ychaligonza a également présidé une réunion de commandement à la troisième zone de défense. Lors de cette rencontre, des instructions données aux commandants des grandes unités vise à renforcer la sécurité dans cette région stratégique. La journée s’est achevée par une réunion avec les officiers de la garnison de Kisangani, consacrée aux défis sécuritaires dans la zone. Ces différentes réunions traduisent une volonté de coordination renforcée entre les différentes unités militaires avant le déploiement des troupes.
Au total, le lancement de cette opération constitue une étape importante dans la mise en œuvre de l’accord de Washington. Son succès pourrait contribuer à apaiser les tensions entre Kinshasa et Kigali. Mais les défis restent nombreux. Les FDLR sont présents depuis plusieurs décennies dans l’est de la RDC et disposent de réseaux locaux complexes. Leur désarmement et leur rapatriement constituent donc un processus délicat. L’opération lancée à Kisangani apparaît ainsi comme un test majeur pour la crédibilité de l’accord de Washington. Mais aussi sur la capacité des FARDC à restaurer l’autorité de l’État dans les zones affectées par les groupes armés.




