Accord de paix RDC-Rwanda : la MONUSCO rapatrie 34 ex-combattants FDLR et membres de leurs familles vers le Rwanda


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Ce mardi 27 janvier 2026, la MONUSCO a procédé au rapatriement volontaire de 34 ressortissants rwandais, parmi lesquels 15 ex-combattants des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) et 19 membres de leurs familles. Ce rapatriement entre dans le cadre de la mise en œuvre de l’accord de paix signé entre la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda en juillet 2025.

Organisée par la section Désarmement, démobilisation, réintégration et stabilisation (DDRS) de la MONUSCO, l’opération de ce jour constitue la troisième vague de rapatriements depuis le début de l’année. Elle porte à 60 le nombre total de personnes retournées au Rwanda dans ce mois de janvier 2026, dont 33 anciens combattants et 27 membres de leurs familles, illustrant une intensification des redditions volontaires dans l’Est congolais.

Une traversée symbolique de la frontière Goma-Gisenyi

Les rapatriés ont franchi la frontière dite de la Grande Barrière, principal point de passage entre Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu, et Gisenyi, au Rwanda. À leur arrivée, ils ont été immédiatement pris en charge par les autorités rwandaises, qui ont engagé un processus de réinsertion sociale, présenté comme un élément clé pour garantir un retour durable à la vie civile et prévenir toute récidive armée.

Selon la MONUSCO, ces rapatriements s’effectuent sur une base volontaire, après un travail de sensibilisation auprès des combattants et de leurs proches, mené dans les zones périphériques de Goma et dans plusieurs territoires affectés par la présence persistante des FDLR. La mission onusienne affirme observer, depuis plusieurs mois, une augmentation significative des redditions parmi les Hutu rwandais affiliés aux FDLR, un groupe armé historiquement implanté dans l’est de la RDC depuis le génocide de 1994 au Rwanda. Près de 300 ex-combattants auraient ainsi été sécurisés et rapatriés depuis l’année précédente grâce aux mécanismes mis en place par la DDRS, en coordination avec les autorités congolaises et rwandaises.

Cette tendance est présentée par la MONUSCO comme le résultat d’une approche combinant la pression militaire, les incitations au désarmement et la garantie d’un accompagnement à la réintégration sociale dans le pays d’origine.

L’accord de Washington comme cadre stratégique

Ces opérations s’inscrivent directement dans le cadre de l’accord de paix de Washington, signé en juin 2025 entre Kinshasa et Kigali sous médiation américaine. Cet accord vise entre autres la neutralisation des FDLR, régulièrement cités par le Rwanda comme une menace sécuritaire majeure, et au cœur des tensions récurrentes entre les deux pays.

Le texte prévoit une stratégie à double volet : d’une part, la sensibilisation des combattants et de leurs familles afin de favoriser les retours volontaires ; d’autre part, des opérations militaires ciblées contre les irréductibles, menées par les Forces armées de la RDC (FARDC), avec un appui politique et logistique régional.

Malgré ces avancées, la situation sécuritaire demeure extrêmement tendue dans plusieurs territoires du Nord-Kivu. Des affrontements opposent régulièrement les FARDC, les rebelles de l’AFC/M23 et les groupes armés locaux dits Wazalendo, notamment dans les zones de Masisi, Rutshuru et Walikale, où des éléments FDLR continuent de circuler et d’opérer.

Face à cette instabilité persistante, la MONUSCO affirme avoir renforcé sa mobilisation non armée en soutien au gouvernement congolais. Parmi les initiatives récentes figure le lancement d’une radio communautaire à Munigi, localité située à proximité de Goma. Cette station diffuse des messages en plusieurs langues, appelant les combattants et leurs familles à déposer les armes et à se rendre volontairement, dans l’objectif de réduire l’influence des groupes armés et de favoriser la stabilisation locale.

Un signal encourageant, mais encore fragile

Pour les Nations unies, ce nouveau rapatriement constitue un signal encourageant quant à la volonté des parties prenantes d’avancer vers une paix durable dans l’est de la RDC. En réduisant progressivement la présence des FDLR et en facilitant la réintégration de leurs anciens membres, la MONUSCO espère contribuer à l’assainissement du paysage sécuritaire régional.

Toutefois, de nombreux observateurs soulignent que ces progrès restent fragiles tant que les causes profondes du conflit – rivalités armées, gouvernance locale défaillante, exploitation illégale des ressources et tensions régionales – ne seront pas pleinement visées et extirpées. Le rapatriement des ex-combattants FDLR apparaît ainsi comme une étape importante, mais non suffisante, sur le long chemin de la pacification de l’Est congolais.

Serge Ouitona
Serge Ouitona, historien, journaliste et spécialiste des questions socio-politiques et économiques en Afrique subsaharienne.
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