RDC : la C64 refuse le troisième mandat et la rébellion, et tend la main à Tshisekedi et Kabila


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Les ténors de la C64
Les ténors de la C64

L’opposition congolaise veut peser sur la recherche d’une issue à la crise politique et sécuritaire. Réunis à Rome les 26 et 27 octobre 2026, cinq de ses principaux dirigeants ont rejeté toute remise en cause de l’ordre constitutionnel et toute prise du pouvoir par les armes. Ils proposent désormais de rencontrer séparément Félix Tshisekedi et Joseph Kabila pour préparer un dialogue national inclusif.

L’opposition congolaise entend sortir du face-à-face qui oppose Kinshasa aux mouvements rebelles. Au terme de deux jours de concertations à Rome, la Coalition Article 64 (C64) a dévoilé, ce mardi 27 octobre, une feuille de route qui place le respect de la Constitution et le dialogue politique au cœur de sa démarche. Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Jean-Marc Kabund, Augustin Matata Ponyo et Delly Sesanga y défendent une sortie de crise par le dialogue, sans révision constitutionnelle ni recours aux armes

Pour y parvenir, les cinq opposants souhaitent rencontrer séparément le président Félix Tshisekedi et son prédécesseur. Mais proposer de rencontrer Joseph Kabila revient à dialoguer avec le président d’un mouvement armé, au moment même où la coalition condamne toute conquête du pouvoir par la force. Fayulu réclamait déjà en août la participation de Kabila et de Nangaa au dialogue. La démarche est donc cohérente avec sa ligne.

Une mise à distance prudente de Joseph Kabila

La déclaration de Rome était attendue sur un point particulièrement sensible : la création, le 12 octobre, du Front pour la refondation de la nation (FRN), mouvement politico-militaire dirigé par Joseph Kabila. Depuis cette annonce, la C64 s’était retrouvée dans une position délicate, car comment condamner la rébellion sans donner l’impression de soutenir Félix Tshisekedi ? Cependant Matata Ponyo a contesté sur RFI le 23 octobre l’idée d’une coalition embarrassée.

L’embarras est aussi lié au fait que le FRN invoque, lui aussi, l’article 64 de la Constitution, celui-là même dont la coalition tire son nom.

Les cinq dirigeants ont finalement choisi de condamner toute conquête du pouvoir par les armes, sans citer explicitement Kabila dans ce passage de leur déclaration. Cette formulation permet de marquer une distance politique tout en préservant les possibilités de discussion. Elle pourrait néanmoins laisser insatisfaits ceux qui attendaient une condamnation plus directe du nouveau mouvement rebelle.

Le spectre d’un troisième mandat

Sur la question constitutionnelle, la C64 se montre beaucoup moins diplomatique. Elle rejette toute manœuvre susceptible de permettre à Félix Tshisekedi de se maintenir au pouvoir au-delà de son deuxième mandat. L’adoption par l’Assemblée nationale, le 23 octobre, de la loi encadrant l’organisation du référendum a renforcé les inquiétudes de l’opposition. Celle-ci redoute que cet instrument juridique n’ouvre la voie à une remise en cause des limitations des mandats présidentiels.

Les signataires de la déclaration rappellent leur attachement à l’article 220 de la Constitution et exigent le respect du calendrier électoral de 2028.

Le dialogue à l’épreuve des tensions politiques

Au-delà de ces prises de position, la coalition souhaite relancer la facilitation conduite par l’Angola et le Togo, en coordination avec la médiation des Églises catholique et protestante. Elle demande également que les négociations de Doha et de Washington produisent des avancées concrètes sur le terrain, particulièrement concernant le cessez-le-feu, la protection des civils et le retrait des forces étrangères.

Prince Epenge, président de l’ADD et porte-parole de Lamuka, n’a pas pu rejoindre Rome : empêché d’embarquer à N’Djili le 25 octobre, il a été placé sous mandat d’arrêt provisoire le 27, poursuivi pour propagation de faux bruits. Le passeport de Martin Fayulu avait lui aussi été retenu, avant de lui être rendu.

Serge Ouitona
Serge Ouitona, historien, journaliste et spécialiste des questions socio-politiques et économiques en Afrique subsaharienne.
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