RDC–SADC : d’une solidarité historique à une véritable communauté de destin


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L’Honorable Cathy SAKOMBI MOLEKA
L’Honorable Cathy SAKOMBI MOLEKA

Tribune de l’Honorable Cathy SAKOMBI MOLEKA, Députée nationale – Membre du Forum parlementaire de la SADC, Commission Égalité des genres, Promotion de la femme et Développement de la jeunesse

Il existe des appartenances internationales que l’on évoque principalement lors des sommets et d’autres qui prennent tout leur sens dans les épreuves et les grands choix d’avenir. Pour la République Démocratique du Congo, l’appartenance à la Communauté de développement de l’Afrique australe, la SADC, relève de cette seconde catégorie.

Depuis près de trois décennies, cette organisation accompagne une partie importante de notre histoire contemporaine : sécurité collective, médiation, maintien de la paix, coopération économique, infrastructures régionales et, désormais, construction progressive d’un véritable espace parlementaire commun. La RDC doit donc regarder la SADC non comme une organisation extérieure à laquelle elle aurait simplement adhéré, mais comme l’un de ses espaces stratégiques naturels de solidarité, de projection et de coopération africaine.

Une adhésion historique, une vocation régionale

La République Démocratique du Congo a rejoint la SADC en 1998, devenant son treizième État membre. Son adhésion avait été acceptée lors du Sommet de 1997, avant d’être formalisée en 1998. L’instrument d’accession avait été signé par le Président Laurent-Désiré Kabila.

Cette adhésion exprimait déjà une réalité géopolitique profonde. Notre pays appartient à plusieurs espaces à la fois : Afrique centrale par son histoire et le bassin du Congo, région des Grands Lacs par sa façade orientale, Afrique australe par ses frontières, ses échanges et ses interdépendances avec l’Angola, la Zambie, la Tanzanie et les autres économies de la région.

La RDC est un État-charnière.

Cette position doit devenir une force. Elle lui permet de relier plusieurs ensembles africains et lui donne une responsabilité particulière dans la construction de la stabilité, des échanges et des grandes infrastructures continentales.

La SADC elle-même est née d’une histoire de solidarité régionale. Elle poursuit aujourd’hui des objectifs de développement, de croissance économique, de paix et de sécurité, tout en cherchant à améliorer les conditions de vie des populations de ses seize États membres.

Cette philosophie repose sur une conviction toujours actuelle : aucun État africain ne peut durablement assurer seul sa sécurité, son développement et sa souveraineté économique.

Une solidarité éprouvée dans les moments difficiles

Pour la RDC, cette solidarité n’est pas théorique. Elle s’est manifestée au cours des différentes crises que notre pays a traversées, notamment à travers la médiation politique, l’appui diplomatique et plusieurs engagements sécuritaires des États de la région.

Plus récemment, la Mission de la SADC en République Démocratique du Congo, la SAMIDRC, a vu des soldats sud-africains, tanzaniens et malawites intervenir dans l’Est du pays. Certains ont perdu la vie sur le territoire congolais. Cette mémoire mérite le respect de notre Nation.

Même lorsque la SADC a décidé en 2025 de mettre fin à cette mission militaire, elle a maintenu son engagement en faveur des efforts diplomatiques destinés à restaurer durablement la paix.

Cette expérience nous rappelle une évidence : la sécurité du Congo et celle de l’Afrique australe sont liées. Une crise durable en RDC affecte les échanges, les investissements, les déplacements de populations et les équilibres régionaux. À l’inverse, une RDC stable, souveraine et prospère constitue un facteur majeur de stabilité pour une large partie du continent.

Notre relation avec la SADC ne doit cependant pas être pensée uniquement à travers les crises sécuritaires. La solidarité militaire est importante ; la construction économique et politique du temps de paix l’est tout autant.

Le rôle du Président Félix Tshisekedi

La RDC n’a pas seulement bénéficié de la solidarité régionale. Elle a aussi exercé des responsabilités importantes au sein de l’organisation.

Sous le leadership de Son Excellence Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, Président de la République, notre pays a assuré la présidence tournante de la SADC de 2022 à 2023. Le Chef de l’État avait pris la tête de l’organisation lors du 42ᵉ Sommet tenu à Kinshasa le 17 août 2022.

Cette présidence congolaise avait notamment placé l’accent sur l’industrialisation, l’agro-transformation, la valorisation locale des minerais et le développement des chaînes de valeur régionales. Cette orientation reste particulièrement pertinente pour notre pays.

La RDC ne doit pas seulement solliciter la solidarité de ses partenaires lorsqu’elle traverse une crise. Elle doit participer à la définition de l’agenda régional et peser dans les choix économiques, sécuritaires et institutionnels de l’Afrique australe.

Notre territoire, notre population, notre potentiel hydroélectrique, nos ressources minières stratégiques et nos terres agricoles nous donnent les moyens de cette ambition.

Transformer notre géographie en puissance économique

Notre position géographique peut devenir un avantage économique considérable, à condition de ne plus regarder les corridors régionaux comme de simples voies d’évacuation des matières premières.

Nos minerais doivent nourrir davantage de chaînes de transformation africaines. Notre potentiel énergétique doit soutenir l’industrialisation congolaise et régionale. Notre agriculture doit accéder à des marchés plus vastes. Nos PME doivent pouvoir travailler avec celles des pays voisins. Nos infrastructures routières et ferroviaires doivent réduire les coûts qui pénalisent actuellement notre économie.

L’objectif peut se résumer simplement : connecter pour produire, transporter pour transformer et commercer pour créer des emplois.

La coopération économique régionale n’a de sens pour la RDC que si elle se traduit par davantage de valeur ajoutée nationale, de transformation locale, de compétitivité et d’opportunités pour notre jeunesse.

Notre marché intérieur constitue déjà une force. Relié efficacement à ceux de l’Angola notamment avec le projet du corridor de Lobito, de la Zambie, de la Tanzanie, de l’Afrique du Sud et de l’ensemble de l’Afrique australe, il peut devenir un puissant levier de développement.

Mais cette ouverture doit être organisée. Elle doit protéger nos intérêts stratégiques, renforcer nos capacités productives et permettre aux entreprises congolaises de devenir des acteurs des chaînes de valeur régionales plutôt que de simples spectateurs de leur développement.

Du Forum parlementaire au Parlement de la SADC

Cette coopération économique et sécuritaire doit également disposer d’une dimension démocratique. C’est tout le sens du Forum parlementaire de la SADC, créé en 1997 comme plateforme réunissant les parlements nationaux de la région. Il représente aujourd’hui plus de 3 500 parlementaires.

J’ai l’honneur d’y représenter la République Démocratique du Congo et de siéger au sein de la Commission Égalité des genres, Promotion de la femme et Développement de la jeunesse. Le Forum confirme d’ailleurs officiellement la présence de la RDC et de notre représentation au sein de cette commission.

Cette expérience renforce une conviction : la coopération régionale ne peut rester exclusivement une affaire de gouvernements, de diplomates et de sommets de chefs d’État. Elle doit aussi devenir une affaire de peuples et de parlementaires.

Une avancée historique a été réalisée dans cette direction

Le 17 août 2022, lors du Sommet de Kinshasa, les chefs d’État et de gouvernement ont adopté l’amendement au Traité destiné à transformer le Forum parlementaire en Parlement de la SADC.

Puis, le 11 juillet 2024, la République Démocratique du Congo est devenue le douzième État membre à signer cet accord, au nom du Président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo. Cette douzième signature a permis l’entrée en vigueur de l’amendement et l’établissement juridique du Parlement de la SADC comme institution de la Communauté.

C’est une contribution institutionnelle importante de notre pays.

Le futur Parlement régional ne se substituera pas aux parlements nationaux. Ses pouvoirs, sa composition et ses procédures doivent encore être définis dans un protocole spécifique avant son opérationnalisation complète.

Sa vocation n’en est pas moins fondamentale : créer un espace permanent dans lequel les représentants des peuples pourront débattre des sujets qui dépassent désormais les frontières nationales.

Commerce, ressources naturelles, énergie, infrastructures, migrations, sécurité alimentaire, santé, changement climatique, droits humains, paix et sécurité sont déjà des sujets régionaux. Il est donc logique que les parlementaires puissent également les traiter ensemble.

Femmes et jeunesse : donner un visage humain à la coopération régionale

La SADC ne pourra cependant devenir une véritable communauté des peuples si les femmes et les jeunes restent insuffisamment associés aux décisions.

La Commission dans laquelle je siège traite précisément de l’égalité des genres, de la promotion et de l’autonomisation des femmes, du développement de la jeunesse et des questions relatives aux enfants.

Ces enjeux ne sont pas secondaires. Les femmes doivent participer pleinement aux décisions concernant la paix, l’économie, les ressources naturelles, le commerce et la gouvernance. Les jeunes doivent pouvoir regarder la SADC et y voir des possibilités concrètes : étudier, entreprendre, innover, créer des entreprises, accéder aux marchés et bâtir leur avenir.

Une communauté régionale ne peut durablement reposer uniquement sur des traités. Elle doit produire des résultats perceptibles dans la vie des citoyens.

Le futur Parlement de la SADC devra ainsi rapprocher davantage les institutions régionales des populations et faire remonter leurs préoccupations vers les centres de décision.

De l’adhésion à l’influence

Près de trois décennies après notre entrée dans la SADC, la RDC doit désormais franchir une nouvelle étape. La question ne peut plus seulement être : qu’est-ce que la SADC peut faire pour nous ? Nous devons également nous demander : que voulons-nous être au sein de la SADC ?

Notre ambition ne peut se limiter à participer aux sommets. Notre pays dispose de la taille, du potentiel et de la position géographique nécessaires pour participer à la définition de l’avenir régional.

La RDC peut être un pont entre l’Afrique centrale, les Grands Lacs et l’Afrique australe. Cette pluralité d’appartenances ne doit pas être vécue comme une dispersion. Elle peut devenir un puissant instrument diplomatique et économique au service de notre pays.

La SADC nous a accompagnés dans plusieurs moments difficiles de notre histoire. Il nous appartient désormais de contribuer davantage à construire son avenir.

Passer de l’appartenance à l’influence, de la solidarité à la responsabilité partagée, et de la coopération entre États à une véritable communauté de destin : telle doit être notre ambition.

Car le panafricanisme ne consiste pas seulement à proclamer l’unité de l’Afrique. Il consiste à construire, institution après institution, infrastructure après infrastructure et génération après génération, les solidarités concrètes qui rendent cette unité utile à nos peuples et durable dans le temps.

La République Démocratique du Congo doit y prendre toute sa place

Tribune de l’Honorable Cathy SAKOMBI MOLEKA
Députée nationale
Membre du Forum parlementaire de la SADC
Commission Égalité des genres, Promotion de la femme et Développement de la jeunesse

L’Honorable Cathy SAKOMBI MOLEKA
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