Au Forum parlementaire de la SADC, Cathy Sakombi défend le rôle des femmes en politique


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Cathy Sakombi à la tribune du Forum parlementaire de la SADC
Cathy Sakombi à la tribune du Forum parlementaire de la SADC

Élue de Budjala dans le Sud-Ubangi, et vice-présidente de la Commission Genre, Famille et Égalité des chances à l’Assemblée nationale congolaise, Cathy Sakombi Moleka a plaidé ce 19 mai au Forum parlementaire de la Communauté de Développement d’Afrique Australe (en anglais, SADC) tenu à Johannesburg (Afrique du Sud) pour une solidarité transpartisane en faveur de l’autonomisation politique des femmes. Elle a notamment dénoncé les violences politiques, médiatiques et numériques dont les femmes sont victimes, tout en saluant la résilience de la Première ministre de la République démocratique du Congo, Judith Suminwa Tuluka, récemment ciblée par des attaques sexistes.

Intervenant lors de la 59e Assemblée plénière du Forum parlementaire de la Communauté de Développement de l’Afrique Australe (en anglais, SADC), la députée congolaise Cathy Sakombi Moleka a défendu une approche plus offensive en faveur de la participation politique des femmes. La séance était consacrée à la solidarité parlementaire transpartisane, aux caucus de femmes comme plateformes de plaidoyer collectif, au partage d’expériences nationales et régionales, le tout débouchant sur la formulation de recommandations.

D’entrée de jeu, l’élue congolaise a lancé le ton : « Cette session porte sur une question centrale pour l’avenir démocratique de notre région : établir une solidarité parlementaire transpartisane en vue de l’autonomisation politique des femmes dans l’espace SADC ». Pour Cathy Sakombi, le débat ne peut plus se limiter à la simple présence des femmes dans les institutions. L’enjeu est désormais celui du pouvoir réel, de l’influence et de la capacité à peser sur la décision publique.

« Comment faire en sorte que les femmes ne soient pas seulement présentes dans les institutions, mais qu’elles puissent réellement influencer les décisions publiques, impacter les politiques nationales, prendre une part active au contrôle de l’action gouvernementale et participer à la construction de nos démocraties ? », a-t-elle interrogé. Une interrogation d’autant plus légitime que l’engagement des femmes a souvent une autre tonalité que celui de leurs homologues masculins…

“Quand une femme s’engage, elle porte souvent toute une communauté”

Dans une intervention à forte tonalité humaine, la vice-présidente a rappelé que l’engagement politique féminin dépasse souvent l’ambition individuelle. Une femme qui entre dans l’arène publique porte avec elle une histoire sociale, familiale et communautaire.
« Lorsqu’une femme s’engage en politique, elle ne porte pas seulement son ambition personnelle. Elle porte souvent les attentes d’une génération, d’une communauté, d’une famille et d’un territoire », a-t-elle souligné. Une expérience particulière qui enrichit la manière de gouverner, notamment sur les questions d’éducation, de santé, de paix, de protection sociale, de justice, d’économie réelle, de sécurité humaine et de cohésion nationale.

Un apport spécifique qui reste encore trop souvent sous-estimé dans les partis politiques, où les femmes sont fortement sollicitées pendant les campagnes électorales, sans toujours bénéficier d’un accès équitable aux investitures, aux financements et aux espaces de décision. « Les femmes mobilisent, accompagnent et soutiennent les campagnes, mais elles restent encore trop souvent insuffisamment investies, financées et protégées lorsqu’elles deviennent candidates ou responsables politiques ».

Sexisme, harcèlement et violences numériques

Cathy Sakombi Moleka a alors insisté sur les violences faites aux femmes en politique. Selon elle, ces violences ne sont pas seulement physiques. Elles sont aussi verbales, médiatiques, numériques, psychologiques et institutionnelles. « Aucune femme ne devrait renoncer à l’engagement public par crainte de l’humiliation, du harcèlement, de l’exclusion interne, des attaques sexistes », a-t-elle martelé.

Ce plaidoyer intervient dans un contexte où les violences contre les responsables politiques, notamment les femmes, prennent une ampleur préoccupante. Une enquête de l’UIP indique que 71 % des parlementaires interrogés déclarent avoir subi des violences, particulièrement en ligne, les femmes étant plus souvent ciblées par des abus à caractère sexualisé.

Effet de cette violence? L’Union interparlementaire indique qu’au 1er janvier 2026, les femmes occupaient seulement 27,5 % des sièges parlementaires dans le monde, une progression de seulement 0,3 point par rapport à 2025. L’UIP relève aussi que la part des femmes présidentes de Parlement est tombée à 19,9 %. A ce titre, les quotas restent déterminants : les chambres appliquant des quotas législatifs ou volontaires ont élu ou nommé en moyenne 30,9 % de femmes en 2025, contre 23,3 % pour celles qui n’en disposent pas.

En RDC : des avancées, mais une parité encore inachevée

Cathy Sakombi à la tribune du Forum parlementaire de la SADC

Évoquant plus particulièrement la République démocratique du Congo, elle a rappelé que la Constitution consacre la représentation équitable de la femme dans la vie publique et que la loi sur les droits de la femme et la parité pose déjà un cadre important. Mais, a-t-elle aussitôt prévenu, « la parité ne se décrète pas seulement dans les textes. Elle se construit par la volonté politique, par l’engagement des femmes elles-mêmes, par des mécanismes internes dans les partis, par des budgets adaptés et par des pratiques institutionnelles cohérentes ».

La députée a cité plusieurs avancées enregistrées en RDC sous la présidence de Félix-Antoine Tshisekedi, notamment la promotion de la masculinité positive, la nomination de Judith Suminwa Tuluka comme première femme Première ministre de l’histoire du pays, la présence de 17 femmes sur 53 membres du Gouvernement Suminwa II, soit 32 %, ainsi que trois femmes sur sept au Bureau de l’Assemblée nationale. Mais ces progrès ne sont pas une fin en soi. « Ces avancées montrent une dynamique encourageante. Mais elles rappellent aussi que le combat n’est pas terminé », a-t-elle nuancé.

Soutien à Judith Suminwa face aux attaques sexistes

Dans ce contexte, l’élue de Budjala a aussi tenu à saluer la résilience de Judith Suminwa Tuluka. Première femme à diriger le gouvernement congolais, elle incarne une étape historique pour la RDC, mais elle révèle aussi la violence symbolique que subissent les femmes dès qu’elles atteignent des fonctions de premier plan. Ces dernières semaines, avec ses collègues du réseau des femmes parlementaires, l’élue du Sud Ubangi était déjà montée au créneau pour défendre la Première ministre face à des attaques sexistes et personnelles. Pour elle, critiquer l’action publique d’une femme d’État relève du débat démocratique ; l’attaquer dans sa dignité, son intimité ou sa condition de femme relève d’une dérive inacceptable : « Défendre une femme attaquée parce qu’elle est femme, ce n’est pas défendre un camp politique. C’est défendre la dignité de toutes les femmes qui veulent servir leur pays ».

Judith Suminwa, qui a récemment porté à l’ONU le plaidoyer des femmes victimes des conflits dans l’Est de la RDC, avait elle-même rappelé que les violences faites aux femmes « ne doivent être ni invisibilisées ni banalisées ».

Les caucus de femmes appelés à devenir des plateformes d’influence

La réponse doit être institutionnelle. Les caucus de femmes parlementaires ne doivent plus être des espaces symboliques ou protocolaires. Ils doivent devenir des instruments de pression, de plaidoyer et de suivi. « Un caucus transpartisan peut porter des textes de loi, contrôler les budgets sensibles au genre, interpeller les gouvernements et défendre les femmes engagées en politique au-delà des appartenances partisanes », a-t-elle affirmé.

Elle a donc formulé quatre recommandations : renforcer ou institutionnaliser les caucus nationaux de femmes parlementaires ; travailler avec les whips (c’est à dire les élus qui assurent la discipline de vote au sein des groupes parlementaires), les bureaux des assemblées et les directions des partis ; faire de la lutte contre la violence politique faite aux femmes une priorité régionale ; et créer un mécanisme permanent d’échange entre caucus de femmes parlementaires de la SADC. À l’échelle régionale, les chiffres montrent en effet des trajectoires très contrastées. Selon le classement de l’UIP d’avril 2026, l’Afrique du Sud compte 45,2% de femmes à l’Assemblée nationale, l’Angola 41,4%, la Namibie 42,3%, le Mozambique 38%, la Tanzanie 37,6%, tandis que la RDC reste à 12,8% à l’Assemblée nationale.

“Passer de la représentation à l’influence”

En conclusion, Cathy Sakombi Moleka a appelé les parlementaires de la région à franchir un cap : « L’autonomisation politique des femmes ne se mesure pas seulement au nombre de femmes élues. Elle se mesure à leur capacité de présider des commissions, d’influencer les lois, d’orienter les budgets, de contrôler l’action gouvernementale et de peser sur les choix stratégiques de nos États ». Avant de conclure par une formule qui résume son plaidoyer : « Nous devons passer de la représentation à l’influence. »

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