
En RDC, la mouvance et l’opposition n’entendent pas se faire de cadeau au sujet du débat sur la révision de la Constitution. L’action menée, mardi, par l’opposition à travers la création de la coalition « Article 64 pour la défense de l’ordre constitutionnel » (C64), a appelé la réaction immédiate du camp présidentiel à travers l’UDPS, ce mercredi.
La guerre est désormais ouverte en RDC sur la question de la révision de la Constitution. Pour faire pièce à la C64 lancée tout juste hier, le parti présidentiel, UDPS, a annoncé, ce jour, la mise en place de la C4 (la « Coalition des Congolais pour le Changement de la Constitution »). Cette nouvelle structure consacre une nouvelle étape dans l’escalade politique autour du débat sur la révision constitutionnelle, devenu l’un des sujets les plus explosifs du paysage politique congolais à deux ans des prochaines échéances électorales.
Une réponse directe à la coalition de l’opposition
La C4 passe pour la réponse directe de la majorité présidentielle à l’opposition. La veille, plusieurs figures de l’opposition, parmi lesquelles Martin Fayulu, Jean-Marc Kabund et Delly Sesanga, avaient lancé la coalition C64. Le nom de cette plateforme fait référence à l’article 64 de la Constitution congolaise, qui stipule que tout citoyen a le devoir de faire échec à toute prise ou exercice du pouvoir contraire à la Constitution. Pour ses initiateurs, cette coalition vise à empêcher toute tentative de modification constitutionnelle susceptible, selon eux, de fragiliser l’ordre démocratique.
Face à cette offensive politique, l’UDPS a choisi de répondre rapidement, donnant l’impression d’une véritable guerre des coalitions autour de l’avenir institutionnel du pays. Ceci dans un scénario qui a un côté un peu ridicule au regard des problèmes sérieux que traverse le pays, et qui devrait susciter un front commun, une union sacrée non pas à la manière de la majorité, mais de manière sincère pour sortir le pays des troubles. Une guerre politicienne qui semble loin des attentes des populations congolaises.
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Le symbole des « quatre Congo »
Dans la communication du parti présidentiel, le choix du sigle « C4 » n’est pas anodin. Selon Augustin Kabuya, le chiffre 4 symbolise les quatre grandes zones linguistiques de la RDC : lingala, swahili, kikongo et tshiluba. Une manière pour l’UDPS de présenter sa démarche comme un projet national et inclusif, destiné à dépasser les clivages régionaux et politiques. La coalition se veut ouverte aux partis politiques alliés, aux organisations de la société civile, aux confessions religieuses et aux mouvements associatifs. Son objectif affiché : mener une vaste campagne de sensibilisation en faveur d’une révision de la Constitution.
Dans l’entourage présidentiel, plusieurs responsables estiment que la Constitution actuelle montre des limites dans son fonctionnement et qu’elle ne répond plus totalement aux réalités institutionnelles et sécuritaires du pays.
L’héritage d’Étienne Tshisekedi invoqué
Pour légitimer politiquement cette initiative, l’UDPS s’appuie ces derniers temps et de plus en plus sur la mémoire de son fondateur, Étienne Tshisekedi wa Mulumba. Selon Augustin Kabuya, l’opposant historique considérait déjà la Constitution actuelle comme un texte « rédigé par les belligérants » au sortir des accords politiques ayant mis fin aux guerres du Congo. Le parti présidentiel affirme ainsi vouloir accomplir une forme de « testament politique » laissé par Étienne Tshisekedi, en engageant une refondation institutionnelle du pays.
Mais cet argument peine à convaincre l’opposition, qui soupçonne derrière cette initiative une stratégie visant à ouvrir la voie à un éventuel troisième mandat du Président Félix Tshisekedi. Ceci d’autant plus que récemment, le chef de l’État congolais a levé le voile sur ses intentions concernant le troisième mandat : il y est totalement ouvert et déclare laisser le choix au peuple. « Je n’ai pas sollicité de troisième mandat, mais je vous le dis : si le peuple souhaite que j’ai un troisième mandat, j’accepterai », avait déclaré le dirigeant face à la presse, il y a quelques jours. Rien ne saurait être plus clair sur les intentions véritables de Félix Tshisekedi qui, visiblement, a pris goût au pouvoir.
Une polarisation politique de plus en plus forte
Au-delà de tout, la création quasi simultanée des coalitions C64 et C4 illustre la radicalisation progressive du débat politique congolais. Deux visions s’affrontent désormais ouvertement. D’un côté, l’opposition tente de mobiliser autour de la défense de la Constitution actuelle, présentée comme un rempart contre toute dérive autoritaire. De l’autre, le camp présidentiel prépare méthodiquement l’opinion à l’idée d’un changement institutionnel qu’il juge nécessaire pour stabiliser le pays et améliorer sa gouvernance.
Dans les états-majors politiques de Kinshasa, beaucoup considèrent déjà que cette confrontation dominera les prochains mois de la vie politique congolaise. Les rassemblements publics, les campagnes de sensibilisation et les prises de parole médiatiques devraient se multiplier dans tout le pays. Surtout que dans le pays, les débats sur la révision de la Constitution ont souvent provoqué de fortes tensions politiques et sociales. Sous l’ancien Président, Joseph Kabila, les soupçons de modification constitutionnelle pour se maintenir au pouvoir avaient déjà déclenché d’importantes manifestations et une crise politique majeure. Et l’UDPS faisait à l’époque partie du camp de ceux qui se battaient bec et ongles contre toute révision de la loi fondamentale. Aujourd’hui, ce parti politique se retrouve d’un autre côté, et voit désormais les choses sous un autre angle.



