
À Kinshasa, le ton est monté d’un cran dans le débat politique autour de la crise sécuritaire à l’est de la RDC. Lors d’une conférence de presse tenue ce samedi 21 mars au siège de son parti Envol, l’opposant Delly Sesanga a vivement critiqué ce qu’il considère comme une instrumentalisation politique du conflit par le pouvoir en place.
Face aux journalistes, l’ancien député national a mis en cause la stratégie du Président Félix Tshisekedi, accusé de s’appuyer sur l’insécurité persistante dans l’est pour justifier un éventuel maintien au pouvoir au-delà de l’échéance constitutionnelle de 2028.
Bilan sécuritaire en RDC : Delly Sesanga dénonce les promesses non tenues de Félix Tshisekedi
Au cœur de l’argumentaire de Delly Sesanga : les engagements initiaux du chef de l’État congolais. Selon lui, Félix Tshisekedi avait lui-même conditionné l’évaluation de son action à la restauration de la paix dans l’est du pays. Or, sept ans après son arrivée au pouvoir, le constat dressé par l’opposant est sévère. Il évoque une situation sécuritaire en nette dégradation, marquée par des millions de déplacés internes et la perte de contrôle de plusieurs territoires stratégiques. La chute de Bunagana, il y a quatre ans, reste pour lui un symbole fort de cet affaiblissement de l’autorité de l’État. « Le mandat arrive à son terme, mais la paix promise n’est pas au rendez-vous », a-t-il insisté, remettant en cause la cohérence entre les promesses présidentielles et la réalité sur le terrain.
L’insécurité à l’Est, un ‘alibi’ pour un troisième mandat en 2028 ?
Au-delà du bilan sécuritaire, Delly Sesanga développe une critique plus politique : celle d’une guerre devenue, selon lui, un instrument de légitimation du pouvoir. Il s’alarme notamment d’un discours, qu’il attribue à certains partisans du régime, présentant le Président comme investi d’une « mission » quasi providentielle pour mettre fin au conflit, y compris au-delà de son mandat constitutionnel. Une lecture qu’il rejette fermement. Pour l’opposant, aucune mission, aussi noble soit-elle, ne saurait se substituer aux règles fondamentales de l’État de droit. « La guerre ne peut servir d’alibi pour suspendre les exigences démocratiques », a-t-il martelé. La position fustigée par Delly Sesanga n’est pas nouvelle en Afrique comme ailleurs où les crises sécuritaires ont parfois servi de justification à des prolongations de mandats ou à des restrictions des libertés politiques, un précédent que le leader du parti Envol tient à prévenir dans le cas congolais.
Agression rwandaise et souveraineté : la ligne de crête de l’opposant Sesanga
La prise de position de Delly Sesanga se veut toutefois nuancée. L’opposant a clairement condamné ce qu’il qualifie d’agression étrangère contre la RDC, pointant notamment le rôle du Rwanda dans la déstabilisation de l’est congolais. Il a appelé au retrait de toutes les forces étrangères et des mercenaires présents sur le territoire national, tout en invitant les Congolais à se mobiliser pour la défense de l’intégrité territoriale. Mais, dans le même temps, il insiste sur la nécessité de dissocier patriotisme et soutien au gouvernement. « Refuser et condamner l’agression extérieure ne signifie pas cautionner les dérives internes », a-t-il déclaré, résumant une ligne politique qui tente de concilier souveraineté nationale et exigence démocratique.
Par cette sortie médiatique, Delly Sesanga remet au centre du débat une question sensible : celle de la gestion politique de la guerre dans l’est de la RDC et de ses implications institutionnelles. En filigrane, c’est aussi la question de la crédibilité des institutions et du respect des échéances constitutionnelles qui est posée. Pour l’opposant, la défense de l’intégrité territoriale et la reddition des comptes ne sont pas des objectifs contradictoires, mais bien « deux exigences complémentaires d’un État de droit ».
En définitive, une chose est sûre : en dénonçant une possible instrumentalisation du conflit, Delly Sessanga ne se contente pas de critiquer le pouvoir. Il ouvre un front politique sur la manière même de penser le lien entre sécurité, démocratie et légitimité en RDC.




