
Après les révélations sur le coût des déplacements présidentiels, Africa Intelligence rapporte de nouveaux versements publics à des proches de Félix Tshisekedi. Ces informations, distinctes de l’enquête judiciaire ouverte en Belgique, relancent la question du contrôle de l’argent dépensé autour du chef de l’État.
La controverse s’élargit autour des finances de la présidence congolaise. Le 21 octobre, Africa Intelligence avançait un montant d’au moins 122,3 millions de dollars comptabilisés en 2025 pour les missions et déplacements du chef de l’État.
Le 26 octobre, le même média rapporte que le Trésor a versé plusieurs millions de dollars à sa mère, Marthe Kasalu Jibikila, au titre des indemnités de sortie de son défunt époux, l’ancien Premier ministre Étienne Tshisekedi, ainsi que des financements publics à des fondations liées à la famille. Les éléments librement accessibles ne permettent pas de vérifier le détail des montants, et les décisions autorisant ces paiements comme leurs justificatifs n’y figurent pas. En l’état, rien n’établit un détournement.
Il reste à savoir sur quelle base ces indemnités ont été calculées mais aussi qui en a validé le règlement. Pour les fondations, il faudrait connaître les missions qui ont justifié l’aide publique et les contrôles auxquels elle était soumise.
Des frais de voyage contestés, sans comptabilité alternative
L’autre volet concerne les déplacements présidentiels. Africa Intelligence affirme s’appuyer sur des documents de la Banque centrale du Congo (BCC) pour son évaluation des dépenses de 2025. La BCC a réagi le 21 octobre. Dans son communiqué, elle affirme n’avoir produit ni publié de rapport officiel contenant les données évoquées et récuse leur attribution à son institution en l’absence d’une source officielle identifiable. Elle demande au média de préciser l’origine de ses informations.
Cette réponse conteste la provenance et la validation institutionnelle des chiffres. Elle ne fournit toutefois aucun montant alternatif des dépenses présidentielles et ne détaille pas les décaissements concernés. Une vérification comptable indépendante reste nécessaire pour trancher le désaccord.
Pour apprécier ces frais, il faudrait pouvoir distinguer les transports, l’hébergement, la sécurité, les indemnités de mission et les prestations facturées, et connaître les bénéficiaires effectifs des paiements. L’ampleur du total justifie à elle seule un contrôle approfondi des décaissements.
En Belgique, une enquête différente
Ces publications interviennent après les perquisitions réalisées le 14 octobre à Bruxelles et dans sa périphérie. Le parquet fédéral belge a confirmé ces opérations dans une instruction pour blanchiment, ouverte après des plaintes déposées en juillet 2025. Les accusations rapportées concernent notamment l’exploitation des ressources minières du Haut-Katanga et du Lualaba.
Plusieurs proches du président, dont son épouse Denise Nyakeru Tshisekedi, sont cités dans la procédure. La première dame a rejeté les accusations et annoncé sa volonté de collaborer avec la justice belge.
Publier les pièces pour sortir du soupçon
Ces affaires distinctes renvoient pourtant à une même exigence politique de pouvoir vérifier que l’exercice du pouvoir reste séparé des intérêts de l’entourage présidentiel. Cela vaut pour les indemnités versées à la famille comme pour les subventions aux fondations ou le financement des missions officielles.
La réponse attendue tient dans des décisions d’attribution, des crédits mobilisés, des bénéficiaires nommés, des factures et audits. Leur publication permettrait de distinguer les dépenses régulières d’éventuelles irrégularités, et de répondre sur pièces aux accusations.




