RDC : Joseph Kabila, de l’opposition politique à la tête d’un front politico-militaire


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RDC : Joseph Kabila, de l’opposition politique à la tête d’un front politico-militaire
Joseph Kabila - Ancien président de la RDC

L’ancien président congolais Joseph Kabila a pris la tête du Front pour la Refondation de la Nation (FRN), une nouvelle plateforme politico-militaire dont la création a été annoncée à Goma. Aux côtés de Corneille Nangaa, de Bertrand Bisimwa et de Sultani Makenga, il se retrouve au cœur d’une nouvelle recomposition des forces opposées à Félix Tshisekedi.

Selon les informations diffusées au sujet de la création du FRN à Goma, Joseph Kabila en assure la présidence. Corneille Nangaa, dirigeant de l’Alliance Fleuve Congo (AFC), Bertrand Bisimwa, figure historique du M23, et Freddy Kaniki figurent parmi les vice-présidents. Sultani Makenga, chef militaire du M23, est présenté comme le chef d’état-major de la nouvelle structure. La déclaration de lancement a été lue par Claude Ibalanky.

Les responsables attribuent au mouvement l’objectif de mettre fin à ce qu’ils qualifient de « tyrannie » de Félix Tshisekedi. Le nouveau mouvement absorbe la coalition AFC/M23, qui combat les forces gouvernementales dans l’est de la République démocratique du Congo.

Joseph Kabila et les autres responsables du FRN
Joseph Kabila et les autres responsables du FRN

Le 9 octobre, Kabila avait lancé un réquisitoire contre Tshisekedi

L’annonce du FRN intervient après une nouvelle offensive politique de Joseph Kabila. Le vendredi 9 octobre 2026, l’ancien président a publié une adresse intitulée « Le pays est en péril : ne pas agir, c’est être complice ». Il y accuse le pouvoir de Félix Tshisekedi d’avoir aggravé la crise politique et sécuritaire du pays.

Kabila affirme que ses propositions formulées en mai 2025, regroupées dans un « pacte citoyen » en douze points, n’ont pas été prises en compte. Parmi ses priorités figurent la fin de ce qu’il appelle la tyrannie, l’arrêt de la guerre, le rétablissement de l’autorité de l’État, la restauration des libertés fondamentales et l’organisation d’un dialogue national inclusif.

Il reproche également aux autorités de Kinshasa de rejeter les initiatives de médiation et de poursuivre une guerre dont il conteste les perspectives de succès. L’ancien chef de l’État a annoncé qu’il présenterait prochainement sa vision des mesures à prendre pour sortir le pays de la crise.

Cette prise de parole a relancé les tensions entre l’ancien président et le camp présidentiel. Patrick Muyaya, porte-parole du gouvernement, et d’autres responsables proches de Félix Tshisekedi ont renouvelé leurs accusations contre Kabila au sujet de ses liens présumés avec la rébellion. L’ancien président, de son côté, présente sa démarche comme une réponse à la dégradation de la situation nationale et à l’absence de dialogue véritable.

Une condamnation à mort qui pèse sur son retour politique

Le 30 septembre 2025, la Haute Cour militaire de Kinshasa a condamné Joseph Kabila à mort par contumace pour plusieurs chefs d’accusation, notamment trahison, crimes de guerre et participation à une insurrection liée au M23.

Au cours du procès, l’accusation avait invoqué des témoignages faisant état de contacts entre Kabila et Corneille Nangaa. L’ancien président n’a pas comparu devant la juridiction. Son camp a dénoncé une décision politiquement motivée.

Kabila a dirigé la RDC de 2001 à 2019. Après son départ du pouvoir, ses relations avec Félix Tshisekedi se sont détériorées, notamment à mesure que leur ancienne coopération politique s’est effritée. En 2025, l’ancien président avait déjà participé à une initiative d’opposition lancée à Nairobi sous le nom de « Sauvons la RDC« . L’annonce du FRN qui absorbe l’AFC/M23 est une nouvelle étape dans cette confrontation.

Le dialogue national face à une recomposition des forces

La création du FRN intervient alors que les autorités congolaises défendent elles aussi un processus de dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État. Mais les acteurs politiques ne s’accordent ni sur le format de ce dialogue, ni sur les conditions de participation des différentes forces, ni sur les garanties nécessaires à un compromis.

Joseph Kabila réclame une concertation qu’il juge réellement inclusive. Le pouvoir, de son côté, l’accuse de contribuer à la déstabilisation du pays par ses liens présumés avec la rébellion. Cette opposition de récits rend la recherche d’un compromis difficile, alors que les combats continuent dans l’est du territoire et que les populations civiles subissent les conséquences du conflit.

Casimir Vodjo Kpenou
LIRE LA BIO
Vodjo Kpenou Casimir est un journaliste béninois basé à Cotonou, titulaire d'une licence en journalisme de l'Institut Universitaire Panafricain de Porto-Novo (2019). Il a forgé son expérience dans des rédactions web africaines. Engagé dans la lutte contre la désinformation, il est membre actif de l'African Fact-Checking Alliance et contributeur au réseau Wikipédia pour l'Afrique francophone.
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