RDC : à Moscou, Tshisekedi sollicite Poutine pour obtenir le retrait des forces rwandaises


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Vladimir Poutine et Félix Tshisekedi au Kremlin, ce 30 octobre 2026
Vladimir Poutine et Félix Tshisekedi au Kremlin, ce 30 octobre 2026

Le séjour de Félix-Antoine Tshisekedi à Moscou, à l’occasion du troisième sommet Russie-Afrique organisé les 28 et 29 octobre 2026, s’est prolongé vendredi par deux événements majeurs : la remise d’une distinction universitaire hautement symbolique et une rencontre avec Vladimir Poutine consacrée notamment à la crise sécuritaire dans l’est de la République démocratique du Congo.

Ce vendredi, le Président congolais a reçu le titre de Docteur Honoris Causa de l’Université russe de l’Amitié des Peuples (RUDN), avant de s’entretenir avec son homologue, Vladimir Poutine, au Kremlin. Kinshasa cherche à consolider un partenariat susceptible de contribuer à ses efforts de paix et de développement.

Lumumba, une mémoire au cœur de la cérémonie

La distinction prend une résonance particulière dans cette université historiquement associée à Patrice Emery Lumumba, figure de l’indépendance congolaise. Pour Félix Tshisekedi, recevoir ce titre dans un établissement portant le nom du premier Premier ministre de la RDC renvoie à une mémoire nationale, mais aussi à un héritage partagé avec les peuples engagés dans les luttes pour la liberté et la dignité.

Le chef de l’État congolais a insisté sur le rôle de l’université dans la formation de citoyens capables d’examiner les faits, de confronter les idées et d’exercer leur jugement. Il a également plaidé pour des échanges académiques plus soutenus entre Kinshasa et Moscou.

La coopération éducative a pris une dimension concrète avec l’annonce de dix bourses d’études accordées au programme « Excellentia », désormais pris en charge par l’État congolais. Le recteur de la RUDN a, pour sa part, salué la gratuité de l’enseignement en RDC. L’université a déjà formé quelque 300 cadres congolais et accueille actuellement 77 étudiants originaires du pays.

Félix Tshisekedi a dédié cette distinction à la jeunesse congolaise, l’invitant à cultiver la rigueur, à vérifier les informations et à s’ouvrir aux opinions différentes. Aux étudiants congolais établis en Russie, il a demandé de maintenir un lien actif avec leur pays.

Poutine sollicité pour soutenir les efforts de paix

Au Kremlin, la rencontre avec Vladimir Poutine a donné une dimension plus directement politique à la visite. Félix Tshisekedi a plaidé pour un accompagnement de Moscou dans la recherche d’une paix durable dans l’Est de la RDC. La Russie, membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, est appelée à peser davantage dans les efforts diplomatiques en faveur de la RDC.

La situation sécuritaire dans l’est du pays demeure préoccupante. Malgré l’accord de paix signé en juin 2025 entre Kinshasa et Kigali sous médiation américaine, puis entériné par les deux chefs d’État à Washington en décembre, les combats se poursuivent dans l’est de la RDC. Le Président congolais a également sollicité le soutien russe au renouvellement du mandat de la MONUSCO. De même, il a réaffirmé la volonté de Kinshasa de diversifier ses partenariats sans alignement imposé.

Le président congolais a notamment insisté sur l’application de la résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations unies, qui exige le retrait des forces rwandaises de l’est de la RDC et la cessation des hostilités. Déplorant l’absence de résultats concrets malgré les processus diplomatiques engagés à Washington et à Doha, il a demandé à Moscou d’user de son influence pour contribuer à la mise en œuvre de cette résolution.

Vladimir Poutine, pour sa part, a présenté la RDC comme l’un des partenaires africains les plus prometteurs de la Russie, en raison de son potentiel commercial et de ses perspectives d’investissement. Trois accords bilatéraux ont été annoncés, notamment pour formaliser une commission intergouvernementale et renforcer les échanges dans l’éducation et la santé. Les secteurs de l’agriculture, de l’énergie et du numérique figurent également parmi les priorités évoquées.

La distinction universitaire reçue à Moscou prend ainsi place dans une démarche plus large : faire de la coopération avec la Russie un levier de développement, tout en mobilisant son influence diplomatique face à l’insécurité persistante dans l’est congolais.

Serge Ouitona
Serge Ouitona, historien, journaliste et spécialiste des questions socio-politiques et économiques en Afrique subsaharienne.
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