RDC : depuis sa cellule, Constant Mutamba défie Tshisekedi mais rejette la rébellion armée


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Affaire FRIVAO : Constant Mutamba dans l’attente de l’arrêt
L’ancien ministre congolais de la Justice Constant Mutamba attend désormais le 7 septembre 2026 pour connaître la décision de la Cour de cassation dans l’affaire FRIVAO.

Condamné à dix ans de travaux forcés, l’ancien ministre congolais de la Justice Constant Mutamba dénonce, depuis la prison de Makala, les dérives autoritaires qu’il impute au pouvoir de Félix Tshisekedi. Mais il refuse également toute conquête du pouvoir par les armes, dans un contexte marqué par le rapprochement de Joseph Kabila avec la rébellion et les appels de l’opposition à un dialogue national inclusif.

La prison n’a visiblement pas réduit Constant Mutamba au silence. L’ancien garde des Sceaux, autrefois membre du gouvernement de Félix Tshisekedi, se montre particulièrement sévère envers ses anciens alliés. Dans une nouvelle correspondance adressée au peuple congolais, il reproche aux autorités de Kinshasa d’entretenir les divisions politiques au moment où le pays aurait davantage besoin de rassemblement. « Au lieu de rassembler les Congolais, nous assistons plutôt à l’approfondissement des divisions politiques, à l’emprisonnement de certains leaders de l’opposition, à l’instrumentalisation de la justice à des fins de règlements des comptes », déplore-t-il.

De l’avis de Constant Mutamba, la recherche d’une solution à la crise congolaise ne saurait se limiter aux initiatives du pouvoir. Il juge dangereuse toute démarche qui consisterait à écarter certains protagonistes du débat national sous prétexte de divergences politiques.

La justice congolaise dans le viseur

L’ancien ministre connaît lui-même les rigueurs de l’appareil judiciaire qu’il dirigeait encore récemment. Condamné en septembre 2025 à trois ans de travaux forcés dans un dossier de détournement de fonds destinés à la construction d’une prison à Kisangani, il a écopé, le 18 septembre 2026, d’une nouvelle condamnation à dix ans de travaux forcés dans l’affaire FRIVAO, liée aux indemnisations des victimes des activités militaires ougandaises en RDC.

Mais ses démêlés judiciaires ne l’empêchent pas de poursuivre ses interventions politiques. Il accuse aujourd’hui les institutions d’être utilisées pour affaiblir les adversaires du régime, une accusation dont le caractère politique ne suffit toutefois pas à remettre en cause les décisions de justice prononcées contre lui. « Aucune ambition politique ne justifie non plus l’instrumentalisation des institutions pour réduire les adversaires au silence. On ne défend pas la démocratie en la faisant reculer », insiste-t-il.

Contre Tshisekedi, mais aussi contre la rébellion armée

La critique du pouvoir ne signifie pourtant pas que Constant Mutamba se range derrière les mouvements rebelles. Dans sa lettre, l’ancien ministre condamne également l’agression dont la RDC se dit victime et met en cause l’AFC-M23, soutenu par le Rwanda. Il dénonce le recours aux armes comme moyen de résoudre les différends politiques et s’interroge sur la libération, dans le cadre des négociations de Doha, de responsables rebelles précédemment poursuivis par la justice congolaise.
Cette position prend une dimension particulière au moment où l’ancien président Joseph Kabila cherche à fédérer les oppositions au sein du Front de résistance nationale (FRN). Sans le viser directement, Mutamba défend une ligne qui refuse simultanément la répression politique à Kinshasa et la lutte armée contre les institutions. Une manière de préserver son indépendance politique, tout en cherchant à retrouver une place dans le débat national.

Un appel qui rejoint les exigences de l’opposition

Constant Mutamba a effectué sa sortie au lendemain du conclave de Rome, où cinq dirigeants de la Coalition Article 64 (C64) – Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Jean-Marc Kabund, Delly Sesanga et Augustin Matata Ponyo – ont réclamé un dialogue véritablement inclusif. La coalition envisage de rencontrer séparément Félix Tshisekedi et Joseph Kabila afin de rechercher une issue politique à la crise.

Le Président congolais avait pourtant annoncé, le 27 août, un dialogue national précédé de consultations provinciales. Mais les conditions de participation, particulièrement celles concernant les groupes armés, continuent de diviser les acteurs politiques.

Constant Mutamba estime que les calculs partisans risquent de compromettre les chances d’une réconciliation durable. Il appelle les dirigeants à faire passer l’intérêt national avant leurs ambitions personnelles. Depuis sa cellule, il entend désormais peser sur ce débat, même si son influence réelle sur les négociations reste à mesurer.

Serge Ouitona
Serge Ouitona, historien, journaliste et spécialiste des questions socio-politiques et économiques en Afrique subsaharienne.
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