
Près de huit mois après avoir sanctionné l’armée rwandaise, les États-Unis visent son ministère de tutelle et Zigama, une institution financière accusée d’avoir financé l’effort militaire de Kigali et facilité le trafic d’or congolais. Une nouvelle pression sur Paul Kagame, alors que les accords de paix restent largement inappliqués.
Le département américain du Trésor a annoncé, mercredi 28 octobre, des sanctions contre le ministère rwandais de la Défense et Zigama Credit and Savings Society, une institution financière au service des forces de sécurité du pays. L’Office of Foreign Assets Control (OFAC) les accuse d’avoir soutenu la rébellion du Mouvement du 23 mars (M23) et sa branche politique, l’Alliance fleuve Congo (AFC).
Leurs avoirs relevant de la juridiction américaine sont gelés. Les transactions impliquant ces entités sont largement interdites aux personnes américaines, tandis que certaines opérations exposent également les établissements étrangers à des sanctions.
« Le Rwanda doit cesser son soutien au M23 et retirer ses troupes de l’est de la RDC », a déclaré le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, invoquant les accords de Washington signés le 4 décembre 2025 par Félix Tshisekedi et Paul Kagame.
Une armée déjà sanctionnée en mars
Le ministère rwandais de la Défense supervise les Forces de défense rwandaises (RDF), déjà sanctionnées le 2 mars avec quatre hauts gradés. Selon Washington, plusieurs milliers de soldats rwandais opèrent au Nord-Kivu et au Sud-Kivu aux côtés du M23, auquel ils fournissent équipements, logistique et formation.
Le Trésor accuse également les RDF d’avoir déployé des missiles sol-air et des dispositifs de brouillage menaçant l’aviation civile.
Le M23 contrôle Goma et Bukavu depuis début 2025, ainsi que plusieurs zones minières stratégiques, dont Rubaya, important bassin de production de coltan.
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Zigama, des achats d’armes au trafic d’or
La mise en cause de Zigama constitue le volet le plus sensible des nouvelles sanctions. Cette institution financière, étroitement liée aux forces de sécurité rwandaises, aurait facilité des paiements à des fournisseurs en Chine et dans d’autres pays pour l’achat d’armes, de munitions et d’équipements militaires. Elle aurait également effectué, pour le M23 et l’AFC, des transactions représentant plusieurs dizaines de millions de dollars.
Une agence de Zigama aurait aussi permis l’acheminement vers Kigali d’or extrait de territoires congolais contrôlés par les rebelles. Washington souligne que les exportations minières rwandaises dépassent les capacités de production nationales.
Kigali renvoie la balle à Kinshasa
La porte-parole du gouvernement rwandais, Yolande Makolo, renvoie Kinshasa à ses engagements concernant la neutralisation des FDLR, groupe armé lié historiquement aux auteurs du génocide de 1994. Kigali assure rester disposé à appliquer les accords de Washington si la RDC respecte également ses obligations.
Kinshasa salue au contraire les sanctions et réclame le retrait des troupes rwandaises.
Cette décision intervient après l’annonce, le 12 octobre, du Front pour la refondation de la nation (FRN), présenté comme le successeur de l’AFC et associé à l’ancien président Joseph Kabila.
Les précédentes sanctions n’avaient guère modifié le rapport de force militaire. En s’attaquant désormais aux circuits financiers de l’armée rwandaise, Washington cherche à accroître le coût économique du soutien au M23. La cible n’est pas anodine car c’est par Zigama que transitent les soldes des militaires, des policiers et des agents du renseignement rwandais.







