Ouganda : l’affaire à 58 millions de dollars qui rattrape un ancien proche de Muhoozi


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Général Muhoozi Kainerugaba
Le général Muhoozi Kainerugaba

La justice ougandaise vient de franchir une étape cruciale dans une affaire aux ramifications internationales. Michael Katungi Mpeirwe, ancien officier de l’armée ougandaise et ex-responsable au sein de la Patriotic League of Uganda (PLU), proche du chef des forces de défense, le général Muhoozi Kainerugaba, a été placé en détention en attendant une éventuelle remise aux autorités américaines. La décision de la justice ouvre la voie à son extradition vers les États-Unis, où il doit répondre de graves accusations liées au trafic de drogue et d’armes.

Le tribunal de Buganda Road, à Kampala, a rendu sa décision ce vendredi 28 août 2026 dans l’affaire concernant Michael Katungi Mpeirwe. La magistrate Ritah Kidasa Neumbe a rejeté les principales objections soulevées par la défense et estimé que les conditions légales permettant de poursuivre la procédure d’extradition étaient réunies. Michael Katungi Mpeirwe doit donc rester en prison dans l’attente de la décision du ministre ougandais de la Justice concernant sa remise aux États-Unis.

Une affaire qui remonte à un vaste projet d’armement

À l’origine de cette procédure, un acte d’accusation américain rendu public en juillet 2025. Les procureurs américains accusent l’ancien officier ougandais et trois ressortissants bulgare, kényan et tanzanien d’avoir participé, depuis au moins 2022, à un projet visant à fournir des armes de guerre à des cartels mexicains, principalement le Cartel de Jalisco Nueva Generación (CJNG). Selon l’accusation, le réseau aurait cherché à fournir des centaines d’armes et équipements militaires, allant des fusils d’assaut et mitrailleuses aux lance-roquettes, mines antipersonnel, équipements de vision nocturne et systèmes antiaériens.

Les enquêteurs américains évaluent à environ 53,7 millions d’euros, soit près de 58 millions de dollars, la valeur de l’arsenal que les suspects auraient envisagé de fournir au cartel. Une première expédition test de 50 fusils AK-47, avec leurs chargeurs et munitions, aurait déjà été organisée de Bulgarie. Les autorités américaines affirment également que les conspirateurs auraient utilisé des documents d’utilisateur final destinés à masquer la véritable destination des armes.

Michael Katungi Mpeirwe nie les accusations

La procédure américaine n’équivaut évidemment pas à une condamnation. Michael Katungi Mpeirwe bénéficie toujours de la présomption d’innocence et conteste les poursuites engagées contre lui. Dans une déclaration rapportée récemment par la presse ougandaise, il affirmait ne pas avoir reçu de notification officielle concernant les accusations américaines et disait prendre ces allégations au sérieux tout en réclamant le respect de la procédure judiciaire. Sa défense a également soulevé plusieurs arguments devant la justice ougandaise, notamment sur la validité de la procédure et sur une éventuelle immunité diplomatique. La magistrate a finalement considéré que cette immunité ne pouvait pas être invoquée dans cette affaire.

L’affaire retient aussi l’attention en raison du parcours de l’intéressé. Ancien officier des Uganda People’s Defence Forces (UPDF), il avait occupé des fonctions au sein de la Patriotic League of Uganda, organisation politique dirigée par Muhoozi Kainerugaba, l’exubérant fils du Président ougandais, Yoweri Museveni. Il avait notamment été membre du comité central et responsable des affaires extérieures du mouvement avant d’en être écarté après la révélation de l’acte d’accusation américain. La proximité passée de l’homme avec Muhoozi Kainerugaba donne donc à cette procédure une dimension politique particulière, même si les accusations portées contre Michael Katungi Mpeirwe relèvent avant tout du pénal et du droit international.

L’affaire est d’autant plus embarrassante politiquement que Katungi n’était pas un simple militant de la PLU. Muhoozi Kainerugaba l’avait nommé responsable des affaires extérieures de son mouvement et il siégeait à son comité central. Le fils de Yoweri Museveni l’avait finalement évincé en août 2025, quelques jours après la révélation publique de l’acte d’accusation américain.

L’extradition n’est pas encore définitive

Pour l’instant, Michael Katungi Mpeirwe n’a pas encore été extradé. La justice ougandaise a autorisé la poursuite du processus et ordonné son maintien en détention. Le dernier mot revient désormais au ministre de la Justice. La loi ougandaise prévoit notamment qu’une personne placée en détention en vue de son extradition dispose d’un délai avant toute remise et peut contester cette mesure devant la justice.

Le dossier est donc loin d’être totalement clos à Kampala. Cependant, le tribunal a estimé que les conditions juridiques permettant son placement en vue d’une extradition étaient réunies. Sa remise effective aux États-Unis dépend désormais de la décision du ministre de la Justice et des éventuels recours engagés par sa défense. À Alexandria, en Virginie, l’ancien militaire pourrait alors devoir s’expliquer sur les griefs retenus contre lui par la justice américaine.

Serge Ouitona
Serge Ouitona, historien, journaliste et spécialiste des questions socio-politiques et économiques en Afrique subsaharienne.
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